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L'Homme qui rit

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L'Homme qui Rit : le public qui dépérit L'Homme qui rit - 1,0/5 (1,00)

L'Homme qui rit - Marc-André GrondinL'Homme qui Rit est une oeuvre marginale moins adaptée que le plus évident Les Misérables d'un Victor Hugo qui avait pour crédo esthétique un savant mélange de laid et de sublime. Jean-Pierre Améris dans son adaptation, lui, mêle du fade à l'ennui avec sûrement toutes les bonnes intentions du monde. Mais justement on ne fait pas non plus de bon cinéma avec de bons sentiments.

 

L'Homme qui ritUn film adapté d'un chef d'oeuvre de la littérature, à fortiori relativement méconnu, est toujours l'occasion de faire lire le livre. Dans le cas de L'Homme qui Rit, vous avez vu l'affiche, la bande-annonce, vous envisagiez la séance de demain soir... Passez plutôt à la libraire.Pourquoi ? Parce que tout ce que vous pourrez imaginer à la lecture dépassera, et de loin, la faiblesse de l'adaptation cinématographique empaquetée façon Tim Burton du pauvre. De nécessairement épurée pour le grand écran, la trame du roman est grossièrement simplifiée. Vertueusement pédagogique dans ses intentions, le film peine à atteindre le niveau d'un profil qui vous fournit le résumé le plus basique de l'oeuvre. Le discours à la chambre des Lords est d'une petitesse inouïe tandis que l'ensemble ne fait preuve d'aucun sens de l'équilibre, du rythme et de l'usage pourtant facile de l'ellipse qui eut rendu plus crédible le récit.

 

L'Homme qui rit - Marc-André Grondin, Christa Theret Marc-André Grondin grimé en Johnny Depp de pacotille n'est ni beau, ni laid, ni sublime. La cicatrice monstrueuse de Gwynplaine qui inspira à Bob Kane le faciès inoubliable du Joker est ici doucement dessinée au rouge à lèvres alors qu'il la faudrait grotesque et proche de la bosse de Quasimodo. Du coup, la persversion de l'amour de la duchesse Josiane (honnêtement campée par Emmanuelle Seigner) se trouve totalement sapée. Quant à Déa interprétée par Christa Théret, mal filmée, outre le physique – nez busqué, visage poupin voire porcin dans certains plans (alors que dans Voie Rapide cet été l'actrice était lumineuse comme on pourra la retrouver bientôt dans Renoir) –, les tirades du personnage ne conviennent pas du tout au débit nerveux de l'actrice. De toutes manières les personnages allégoriques ont du mal à passer au cinéma où l'allégorie doit toujours être seconde pour être appréciée. Ici la pire solution a été choisie : un jeu moitié théâtral ennuyeux et moitié discussion quotidienne vulgaire. Les personnages introduiront une homélie châtiée, un monologue fleuri par un « Ya » au lieu de « Il y a »... Faire moderne, faire grossier ?

 

L'Homme qui rit - Gérard Depardieu, Emmanuelle Seigner, Christa TheretFantastiques aléas du différé des tournages qui tombent parfois d'actualité à la sortie du film, dans L'Homme qui Rit Gérard Depardieu dans sa roulotte parmi les autres gens de spectacle nous joue un Ursus honorable sans trop faire d'effort mais ne sauvera pas le film de sa mort annoncée. Seule bonne nouvelle : la médiocrité des uns est toujours là pour montrer que le génie jadis contestable des autres est devenu évident. Certains critiques disaient notamment du roman de Victor Hugo qu'il était un « amphigouri (...) qui pourrait déshonorer intellectuellement la vieillesse d'un homme, qui n'a pas su se taire à temps ». Hugo accordait que son livre était écrit « en promesse et en désespoir de toute révolution », donc en décalage avec son temps. Peut-être moins avec le nôtre où résonne mieux la phrase de Gwynplaine devant le Parlement anglais : « Le paradis des riches est fait de l'enfer des pauvres ». Et pour le jeune critique qui peut hésiter au seuil de la cruauté, la résonance peut-être tout autant sociale qu'artistique de cette citation lui fait se demander s'il n'est pas des cas où la descente en flèche est d'utilité publique.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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