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Les Invisibles

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Les Invisibles : Vertige de l'Amour Les Invisibles - 4,0/5 (4,00)

Les InvisiblesDurant deux ans Sébastien Lifshitz est parti à la rencontre d'hommes et de femmes nés il y a plus de 70 ans dans diverses couches de la société française et qui partagent un point commun : leur homosexualité revendiquée. Invisibles mais sûrement pas taciturnes, magistralement mis en scène par un documentaire de vaste envergure.

 

Trop souvent les nécessités et les ambitions artistiques de la mise en scène ne sont pas prises en compte par les documentaristes de cinéma et de télévision qui, dans l'humain et son pittoresque, stagnent à la modestie artisane et conventionnelle de leur métier. Aussi mettons de côté les aspects dramatiques, drôlatiques et polémiques du film Les Invisibles. Ils sont évidents et d'autres se chargeront bien d'en parler. Quant à nous, nous n'avons certes pas du tout boudé notre plaisir de spectateur devant ces intervenants pour qui plaisir justement équivaut à rebellion vitale ou politique, mais si nous nous posons d'autres questions, c'est pour tenter d'établir plus positivement la qualité cinématographique du film qui, selon nous, a force d'argument mais, par l'anachronisme des destinées, outrepasse en même temps les cadres contemporains du débat sur l'homosexualité.

 

Sortis dernièrement Le Sommeil d'orInto the Abyss A Tale of Death A Tale of Life Le Sommeil d'or de Davy Chou, Into the Abyss de Werner Herzog et enfin Les Invisibles de Sébastien Lifshitz, trois documentaires où à dispositif quasi-égal, - une alternance entre l'entrelacement des histoires et des plans contemplatifs qui inscrivent les paroles et les corps dans leur décor -, on obtient des résultats hétérogènes. Pourquoi ? A quoi tient l'échec de Davy Chou ? A quoi tient la réussite de Herzog et tout particulièrement celle de Sébastien Lifshitz ?

 

Les InvisiblesElle tient d'abord à la sélection et à l'anonymat des intervenants. Sébastien Lifshitz ne nous livre que la partie visible de l'iceberg, ceux qui étaient capables de «se mettre en récit», une galerie de portraits, de visages et de voix tous plus colorés et vivaces les uns que les autres qui se racontent dans leur marginalité singulière et ne représentent pas un stéréotype comme Davy Chou faisait correspondre, les acteurs, réalisateurs et producteurs survivants du régime Khmer Rouge qu'il interrogeait, à leur fonction. Tandis que Davy Chou tombe dans le télévisuel où un sur-titre, une parole font autorité sur une image dont on pourrait se passer, Lifshitz comme Herzog font le chemin inverse. Ils catalysent la capacité évocatrice de la voix (non son ingérence désignatrice) et de l'image qui suggèrent autre chose. Le parti pris de personnages âgées permet également de déplacer la question de l'homosexualité de ses ornières et de ses clichés.

 

Les InvisiblesQuelle plus grande poésie et quel plus beau plan de cinéma suggéré par Bernard et Jacques, au tout début du film, qui racontent qu'ils se sont rencontrés «dans un rétroviseur» ? Et les images d'archives personnelles ou d'actualité qu'exhume Sébastien Lifshitz ni n'illustrent les propos, ni ne comblent les trous des récits où passe l'imagination du spectateur, elles ne sont jamais didactiques. Le résultat est tout simple, on s'ennuie devant les intervenants de Davy Chou, on est captivé, envoûté par ceux de Lifshitz comme c'était le cas pour ceux d' Herzog. Enfin dernier élément qui fait la qualité cinématographique du film Les Invisibles, le choix de son format d'image et sonore : un cinémascope digne de John Ford, une amplitude qui inscrit les personnages dans de véritables décors qui prennent la disproportion de leurs existences. La dimension fondamentale de ces portraits croisés, l'amour, s'affranchit alors non seulement des bornes habituelles de la morale et de la soi-disant normalité, mais également de celles qui voudraient la réduire à la simple petite sphère privée ou intime alors que dans Les Invisibles, l'amour est une aventure épique.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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