80 jours |
Jon Garano et Jose Mari Goenaga construisent un premier long-métrage dans lequel le risque engagé est à la hauteur de l'émotion. Un travail atypique et délicat, qui nous montre que finalement il n'est peut-être jamais trop tard pour accepter qui l'on est.
Les réalisateurs Jon Garano et Jose Mari Goenaga choisissent d'aborder le sujet difficile de l'homosexualité et de le placer dans le milieu conservateur du pays-basque, celui, qui plus est, des septuagénaires. Le monde de la tradition, c'est celui d'Axun, mariée, qui partage ses journées entre, aider son mari au potager et lui faire se repas. Maïté, professeur de piano célibataire, fait elle partie d'un monde plus moderne, mais dans lequel il est aussi impossible, à soixante-dix ans d'afficher son homosexualité haut et fort. Amies d'enfance, les deux femmes passeront 80 jours ensemble, 80 jours pour se redécouvrir, accepter ses sentiments et s'autoriser à les vivre.
Tout en pudeur et délicatesse, 80 jours développe l'éclosion de sentiments étouffés par les conventions sociales et les modèles pré-établis, qui ne laissent la place à aucun choix alternatif. Rien n'est montré explicitement, mais pourtant tout se ressent dans le non-dit, le dissimulé. 80 jours, comme ses personnages, acquière peu à peu le courage de ses émotions, jusqu'à une scène digne des plus grandes histoires d'amour, qui voit le sacrifice et le renoncement d'une des héroïnes. Le long-métrage montre au grand jour, le poids des normes sociétales sur les sentiments individuels, jusqu'à les anéantir totalement.
Premier long-métrage des réalisateurs, l'image est parfois hésitante, dans les cadres aléatoires et la qualité du grain laisse à désirer et fait penser quelques fois plus à une telenovela, qu'à une fiction cinématographique. La qualité l'emporte par le scénario pertinent et pudique, un jeu d'acteur qui l'est tout autant et de véritables moments d'émotions. La prise de risque du scénario, qui plus est totalement rédigé en Basque, fait assez atypique pour qu'il soit remarqué, nous fera vite oublier les petites imperfections consubstantielles à chaque premier long-métrage.
Par Camille Esnault
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