Une Seconde Femme |
Avec Une seconde femme, un réalisateur se confirme, épanoui par la puissance d'une scène, par la caresse intimiste qu'il fait non seulement à un peuple, mais surtout à la femme. Ce premier long-métrage transcende par l'immédiateté de son souvenir. Si le sujet est déjà vu, le traitement reste incisif et certifie la grandeur de quelques noms à retenir entre parenthèses.
Après Papa qui avait dès lors été primé pour le moyen-métrage, Umut Dag retrace une histoire de femmes, convaincu que leurs histoires sont bien souvent plus passionnantes, et décide de mener, au travers de son premier long-métrage, les hommes aux seconds rôles. Enfermés sous un certain huis clos, les protagonistes sont filmés de manière symbolique à l'image de la réclusion de leur esprit et leur libre-arbitre. Les quelques scènes d'extérieurs importent peu, si ce n'est la scène qui débute dehors pour se terminer non ostensiblement en privé, la scène qui charme, qui offusque, renverse et désarme. Les larmes montent et se dissimulent face à l'indicible des situations, certains plans établissent la solitude des personnages qui se manquent, malgré leur présence et leur proximité. On pense à ce plan, ou Ayse doit se donner à son nouveau mari, filmé de dos face à la caméra, sur l'assise qui leur faire offense et office de promesses. L'amertume gagne la tristesse, le regret prime sur le remord là les femmes tiennent le rôle des époux, témoins mais évaporés.
Les ellipses de la narration donne à Une Seconde Femme sa légitimité au sein d'un cinéma que l'on qualifie brutalement de froid, à la croisée du monde kurd et autrichien, les acteurs se révèlent, entre la délicatesse et l'impétuosité de l'agression physique et verbale. Le film fléchit et empiète la chaleur insoupçonnée en laissant les instants de glace prendre place là ou ils subjuguent par leur distinction. Begum Akkaya et Nihal G. Koldas deviennent les deux femmes d'un seul homme, apprennent à s'aimer alors que certains seconds rôles s'acharnent à les désunir, puis se détruisent, se heurtent pour finalement se caresser à l'ombre d'un reflet, caché derrière une porte. La souffrance se dérobe et se déguise, légèrement, doucement, en prenant le pas sur l'ivresse de la famille, de sang, puis de coeur.
Par Audrey Meunier
| Sujet | Auteur |
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