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Beautiful Valley

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Beautiful Valley : déclin d'une utopie Beautiful Valley - 3,0/5 (3,00)

Beautiful ValleyCertains s'ennuieront peut-être dans ce kibboutz en déclin de Beautiful Valley, dans la morne répétition d'un quotidien dont le sens est devenu désuet et presque absurde. D'autres y trouveront un étrange réconfort puisque le lieu ressemble encore à l'utopie qu'il tentait d'atteindre.

 

Pour une fois, la raréfaction des dialogues, le travail sur l'image et le son, très charnels, ne relèvent pas de la posture de trop de films indépendants. Ce qui est important, au-delà de l'histoire très minimale, c'est ce résidu de beauté qu'a su capter un lieu et que parvient à restituer la caméra de Hadar Friedlich. Rien d'original, rien d'innovant mais rien de pesant ni de prétentieux non plus. On se laisse bercer par la présence de la nature, la terre dont rêvaient les pionniers du kibboutz. Beautiful ValleyOn profite de la pluie, du piano de la voisine qui résonne jusque chez l'héroïne, Hannah. Vieille femme mutique et obstinée qui contemple la déliquescence de son existence. Les dissensions personnelles, existentielles, politiques, la difficulté du collectivisme et de la vie communauté ne sont pas masquées. Sont intégrées au film, au titre d'archives du kibboutz délaissées par la nouvelle génération, de véritables interviews tournées par la réalisatrice lors de la préparation du film. On y sent la pression du vivre-ensemble, de devoir laisser ses enfants dormir au dortoir collectif plutôt que près de leurs parents, l'ingérence des caractères forts comme celui d'Hannah dans les décisions communes etc.

 

Et pourtant, on parvient encore à saisir la beauté d'un rêve, dont la seule erreur aura été de croire qu'il pourrait se transmettre à la génération suivante par l'éducation alors qu'il requérait l'expérience déjà commune d'un désastre comme la seconde guerre mondiale et la Shoah. Un désastre qui rassemble plutôt qu'une crise économique qui divise, qui fait agir selon le soi-disant intérêt de tous plutôt que selon l'idéal collectif de chacun. Ce petit bout de paradis est d'autant plus beau qu'il est crépusculaire, que le personnage d'Hannah ne peut y jeter ses dernières forces que dissimulée aux autres qui veulent qu'elle prenne sa retraite alors que sa seule valeur, le seul accomplissement de sa vie fut le travail et le fruit du travail pour la communauté. Ce ne sont pas deux générations qui s'affrontent à travers le portrait croisé de femmes, mais plutôt trois jeunesses : une première, toujours présente même en pleine décrépitude, en pleine vieillesse, une jeunesse pleine de rêves et d'idéaux (Hannah) ; une seconde plus libérale et plus absente, un âge adulte l'a recouverte et obéit aux nécessités de la gestion qui contribue à détruire l'utopie de la première (la fille d'Hannah).Beautiful Valley Mais il y a aussi un troisième personnage, une jeune fille, peut-être le double de la réalisatrice elle-même née dans un kibboutz, elle doit partir à l'armée, sur elle pèsent les obligations de la société sans ses contreparties. Cette jeune fille un peu paumée qui viendra trouver du réconfort et non des leçons auprès de la vieille femme. Fille spirituelle et fille biologique s'affrontent ainsi sans se rencontrer. La seconde afflige par son obéissance au système et l'illusion qu'elle se donne de sauvegarder le kibboutz, la contradiction la pétrit d'angoisses et d'autorité. Elle est détestable, stéréotypée par son conformisme quand la jeune fille, toute démunie qu'elle paraît, offre au film les quelques points de suspension qui laissent ouvert l'espace d'une prochaine liberté.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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