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Piazza Fontana

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Piazza Fontana : polar historique ambitieux et palpitant Piazza Fontana - 4,0/5 (4,00)

Piazza FontanaLe nouveau film du réalisateur de Nos Meilleures Années, revient sur l'évènement fondateur des «Années de Plomb» en Italie, l'attentat de la Piazza Fontana à Milan. Il renverse ainsi, en tentant de rétablir la vérité, l'image partiale et partielle qu'on a pu garder de cette époque, en pleine Guerre Froide, du ''terrorisme de gauche'' en Europe, qui se conclut en Italie par l'assassinat d'Aldo Moro par les Brigades Rouges. Comme un véritable polar, haletant et sombre, Tullio Giordana mène l'enquête.

 

Piazza FontanaPetit rappel historique : premier attentat d'une longue série, 12 décembre 1969, une bombe explose à la Banque Nationale d'Agriculture sur la Piazza Fontana de Milan, faisant 17 morts et 88 blessés. On soupçonne les milieux d'extrême gauche mais la banque en question est une banque de pauvres gens, pas un bastion du capitalisme. Puis tout s'embrouille, lors d'un interrogatoire, le membre fondateur d'un cercle anarchique, Giuseppe Pinelli ( Pierfrancesco Favino, après A.C.A.B. toujours aussi bon) militant non-violent, tombe par la fenêtre. Le commissaire Calabresi ( Valerio Mastandrea), absent au moment du drame, n'a d'autre choix que de se fier aux témoignages des policiers présents et se voit participer à l'élaboration d'une version officielle qui divisera l'opinion publique. En 1974, le poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini écrivait dans un article célèbre en Italie :Piazza Fontana «Je sais. Je sais les noms des responsables de ce qu'on appelle un ''coup d'Etat'' (...) Je sais tous ces noms et je sais tous ces faits (attentats aux institutions et massacres) dont ils sont coupables. Je sais. Mais je n'ai pas les preuves.» Le film Piazza Fontana prend le relai de cette parole. Et pourtant pas besoin de connaître l'Histoire pour apprécier Piazza Fontana.

 

Piazza FontanaEn effet, la force du film de Tullio Giordana est de savoir nous guider dans l'umbroglio d'une affaire où les complicités, les enjeux et les échelles se mélangent, se dédoublent et parfois même se contredisent. Dans le plus pur style du polar : lumières très sombres, couleurs tranchées proches de contrastes noir et blanc, rythme halletant plein de suspens, narration complexe de film noir, multiplication des pistes et des fausses pistes etc. ; le film parvient à captiver littéralement son spectateur. L'un des meilleurs thriller anglo-saxon comme La Taupe ne fait pas mieux. Le plaisir du spectateur n'est pas oublié mais il est également poussé plus loin. On pourrait croire à une pure fiction, si les intertitres du début et de la fin du film ne nous rappelaient pas la criante vérité dont ils sont issus. On comprend alors cette absence d'artificialité au sein d'une reconstruction par les moyens de l'imagination. Piazza FontanaCe qui était visé n'en était pas moins la vérité, une vérité encore tabou qui explique cette sourde angoisse qui s'est accrochée à nous durant la séance. Pianissimo d'abord, crescendo ensuite. La menace n'est pas rouge, elle est noire et prend les formes de la raison d'Etat et de la manipulation. Quand la fiction rejoint la réalité : magistral.

 

Retrouvez l'interview du réalisateur ici.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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