The Exchange |
Eran Kolirin, réalisateur ovationné de La Visite de la Fanfare, revient avec The Exchange, un deuxième film sympathique mais manqué.
Oded ( Rotem Keinan) est un doctorant en Physique perdu dans ses habitudes et ses abstractions. Sa vie au jour le jour se résume à des mécanismes intégrés jusqu'à la partie de jambes en l'air qu'il s'offre chaque soir avec Tami ( Sharon Tal). Mais tout va changer le jour où, inopinément, Oded revient chez lui au beau milieu de la journée. La contemplation de son intérieur, abordé en dehors de sa fonctionnalité habituelle, le frappe par son inanité et le révèle à lui-même comme un étranger dans sa propre vie. Sa vision du monde va changer...
La solution pour parler d'un film qui n'en est pas vraiment un, qui ressemble plus à une expérience qu'à un film, c'est d'en parler à l'aide d'un autre film de facture plus conventionnelle. A sa manière, The Exchange, ce serait un peu le Fight Club de monsieur-tout-le-monde. Ce ne sont pas les allers-retours en avion qui ont entamé le déphasage d'Oded mais ses trajets en bus. Un imprévu, une rencontre tiendront lieu d'éléments déclencheurs et à l'instar d' Edward Norton, Oded découvre l'absurdité de son existence à travers sa déco Ikea, il émigre vers une nouvelle demeure moins confortable (l'abri souterrain de son immeuble), il est guidé par son Tyler Durden, Yoav, un voisin, qui peu à peu devient son mentor, pas pour la castagne mais pour crier et débiter des injures dans des endroits vides. Détail inversé, l'histoire d'amour avec Marla qui offre sa rédemption à Edward Norton, devient ici, avec Tami, une des sources de la dépression d'Oded.
Pas d'échappatoire donc dans l'enchevêtrement des liens sociaux, dans l'intrigue, mais dans le regard. Pas de scénario de long-métrage, à une peine une idée pour un court-métrage et une sensation comme leitmotiv : l'étrangeté à soi-même, à sa vie. Pourquoi pas. Mais d'un film volontairement décalé on n'attend pas qu'il nous présente comme une véritable et fraîche nouveauté ce que chacun expérimente tous les jours et surtout pas qu'il s'en contente. Qu'on se le dise, la sentence « voir le monde autrement » ne fait pas un film. C'est plus une fausse bonne idée qui vient quand on est en panne d'inspiration. En témoigne d'ailleurs le résultat souvent médiocre.
Ainsi de The Exchange : tout, de la candeur béate du propos, de la fausse subtilité du jeu d'acteur, de la mise en scène chloroformée, de la fin façon American Beauty et le sac plastique de supermarché qui virevolte au vent et nous révèle au passage la beauté du monde, tout contribue à faire sombrer le film dans les bons sentiments et la niaiserie d'un standard américain sans les attraits de son action (inexistante à part un lancé d'agrafeuse par la fenêtre). Morale de la fable que cherche à nous conter plus d'un film qui se veut d'art et d'essai : il y a des clichés qui s'assument, d'autres qui s'ignorent et témoignent d'un académisme autrement plus inquiétant.
Par Léo Pinguet
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