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Argo

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Argo : bienvenue à Hollywood Argo - 4,0/5 (4,00)

Argo Ben Affleck nous donne une leçon de cinéma, dans un film à la maîtrise incroyable. Argo nous rappelle aux bons souvenirs des thrillers des années 70, en même temps qu'il égratigne Hollywood et la politique américaine. Il démontre surtout pourquoi la cité aux étoiles domine le 7e art depuis ses débuts et pourquoi ce n'est pas prêt de s'arrêter.

 

Argo - Ben Affleck, Bryan Lee CranstonBen Affleck s'immisce dans la crise américano-iranienne qui s'est déroulée dans les années 79. Loin des artifices hollywoodiens, l'histoire est celle des 52 membres du personnel de l'ambassade américaine pris en otage par des activistes, lors de la révolution iranienne, causée par l'exil du Chah aux Etats-Unis. Plutôt non, c'est l'histoire, moins connue, moins exposée sur laquelle Argo se concentre, celle des 6 américains, qui ont réussi à s'échapper par une porte dérobée et que l'ambassade du Canada a accueilli secrètement, conscients que la mort les attend, si le peuple iranien les découvre. Affleck passe par la petite porte de l'histoire pour déployer sa machine infernale, une fois lancée, elle emportera tout sur son passage, sans pouvoir l'arrêter.

 

Argo - Ben Affleck, Tate Donovan, Rory Cochrane, Scoot McNairyBen Affleck réalisateur, nous rappelle à l'efficacité du cinéma américain. En déployant une armada de comédiens plus talentueux les uns que les autres, Bryan Cranston en tête, une narration maitrisée, qui d'une histoire complexe fait une intrigue claire comme de l'eau de roche, sans pour autant se laisser piéger par le trop didactique, une reconstitution parfaite des années 70, à travers une photographie au grain usé, un rythme qui ne ralenti jamais et surtout un suspense manié avec virtuosité. L'ancien acteur s'affirme en maître du genre, rempruntant les codes du thriller politique, mis en place avant lui par des cinéastes comme Sidney Lumet, Robert Altman ou encore John Frankenheimer. On pense même au lyrisme scorsesien au détour d'un montage parallèle, qui associe la lecture d'un scénario, à la situation critique des otages iraniens ou dans un plan séquence au début d'une soirée hollywoodienne.

 

Argo - Ben AffleckCe sont dans ces moments-là qu'Affleck tire ses cartes du jeu, lorsqu'il personnalise son propos en l'orientant vers une critique de l'ethnocentrisme américain, à travers plusieurs scènes criantes de ridicule, dans lesquels les exécutifs du pouvoir sont totalement hors de la réalité des difficultés iraniennes. Cette accusation trouve une écho flagrant dans les problèmes géopolitiques actuels, lors de scènes d'émeutes, d'iraniens contre américains, en Iran ou d'américains passant à tabac un homme typé iranien aux Etats-Unis. Le symbole est claire et précis, comme l'est le message : la haine n'appelle que la haine. Une autre satire se dessine, plus apparente et traitée par le prisme de la comédie, celle d'Hollywood, des rapaces et incompétents qui peuplent cet univers. En même temps que satire acerbe, la description apparaît également comme une véritable déclaration d'amour au 7e art. Le cinéaste y décrit sa force de conviction aussi bien en Amérique, que chez tous les peuples du monde, son poids dans les petits affaires du monde comme dans les grandes. Ce n'est que par lui que les personnages pourront trouver le salut.

 

Argo - Ben Affleck, Alan Arkin, John GoodmanLe seul reproche à faire à Affleck est ce patriotisme américain qui envahit par moment un peu trop l'écran et le propos. On lui pardonne, car il est néanmoins modéré par une critique du pouvoir américain développée en sous-texte et parce qu'à par ce défaut on ne voit rien d'autre. La réalisation navigue entre plusieurs genres et plusieurs tonalités d'une main de maître. On passe du thriller paranoïaque, à la comédie, en passant par le drame, sans qu'aucun de ces genres ne soit moins maîtrisé que l'autre. Lorsqu'on rit, on rit vraiment et intelligemment, lorsque l'émotion est là, elle est délicate et sincère, et lorsque le suspense nous prend, il ne nous lâche plus.

 

Par Camille Esnault

 
 

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