Guilty of Romance |
Le dernier volet de la «saga de la haine» ( Love Exposure, Cold Fish) du poète et réalisateur mythique et controversé de Suicide Club nous entraîne pas à pas dans les sentiers de la prostitution.
Femme au foyer mariée à un célèbre romancier ( Kanji Tsuda), Izumi ( Megumi Kagurazaka), reste insatisfaite de son quotidien trop réglé et trop chaste. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue puis de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Elle rencontre ensuite son mentor dans la personne de Mitsuko ( Makoto Togashi) : prostituée la nuit, professeur à l'université le jour, elle lui enseignera à sauvegarder les apparences et à pousser plus loin l'avilissement. Quand le corps découpé d'une personne est retrouvé dans le quartier des «love hôtels» l'inspecteure Kazuko ( Miki Mizuno) est chargée de lever le voile sur les ressorts de cette affaire.
Pour ne pas trop en dévoiler, on pourrait dire que Guilty of Romance nous fait assister à la mise en mouvement et la réécriture du Paravent de figures infernales, conte de Ryûnosuke Akutagawa, (auteur également du plus célèbre Rashomon adapté au cinéma par Akira Kurosawa) où un peintre talentueux mais connu pour sa perversion doit représenter l'enfer et demande pour l'occasion un modèle vivant à immoler : ce sera sa propre fille, sa peinture sera son chef-d'œuvre et le motif de son suicide... Il faut y être préparé, c'est dans un tel univers que nous entraîne Guilty of Romance, un univers où la rigueur des codes sociaux (voir le personnage hilarant et glaçant de la mère de Kazuko) nourrit la débauche ordinaire qui vire bien vite à l'horreur.
«Si je devais oser une définition de la perversion, je dirais que c'est une protubérance de la société. C'est l'émotion humaine qui s'externalise et tente de saisir toute excitation», résume le réalisateur Sono Sion. Il a, pour l'occasion, interviewé des femmes adultères et des prostituées en vue de restituer leur point de vue féminin. Le résultat sera cruel, violent, morbide... De la catharsis grecque le cinéma japonais retient le jeu des masques, des travestissements, des personnages horrifiques et une dramatisation de la
perversion au-delà de la soumission au catéchisme moral de la société. Mais la catharsis de l'intrigue se double bien vite d'une catharsis esthétique de l'image tout droit héritée du romantisme baudelairien. L'image et la photographie de Guilty of Romance se dégustent comme se lit le poème Une Charogne : des morceaux putréfiés de corps assemblés à ceux d'un mannequin blanc virginal sont parcourus de vers et balayés par un clair-obscur de néons fluos. Se mêlent le gore, l'infâme, le hard-core, la laideur et la beauté : tout bonnement sublime, soyez prévenus !
Avec Guilty of Romance, Sono Sion rend ses lettres de noblesse au cinéma d'horreur, au scénario de série B ou Z par l'intermédiaire d'un faux thriller, peut-être au prix de quelques séquences un peu convenues, moins trash, plus attendues, pour passer auprès du grand public, mais finalement peu importe si le film permet à certains de s'initier en «douceur» à ce cinéma encore trop marginalisé.
Par Léo Pinguet
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