The Island |
Réalisateur remarqué de Eastern Plays, Kamen Kalev, manque le coche pour son second film.
Daneel, trentenaire, étouffe dans sa vie étriquée de cadre. Sa femme, Sophie, décide d'organiser pour eux un voyage-surprise en Bulgarie. D'abord réticent, Daneel finit par accepter et guide même Sophie jusqu'à une « demie-île » perdue au beau milieu de la Mer Noire. Sur place, l'atmosphère, les révélations sont pesantes, elles réveillent les tensions du couple...
Daneel ( Thure Lindhardt) est censé incarner « l'homme moderne » dans The Island : orphelin self made man, ténébreux, cérébral, impulsif et introverti, autoritaire et insatisfait de son monotone quotidien où il doit subir les leçons de son beau-père, il est résigné de naissance à changer ses désirs plutôt qu'à changer le monde. Il rêve en secret à de grands espaces, sauvages, inconnus. Sophie ( Laetitia Casta), quant à elle, serait donc la femme moderne par excellence ? Naturellement dévouée, toute à ses émotions et ses tentatives infructueuses de dialogue avec son mari, gentille fille, de bonne famille, elle est sensible et arrangeante. Elle vit le fantasme de son couple avec le minimum de répartie dévolue à son sexe. Encore a-t-il fallu que Laetitia Casta insiste auprès de Kamen Kalev pour que son personnage soit moins passif...
Ce que révèlera la confrontation à l'île de ce couple archétypal, son paysage et ses habitants, prolétaires au rire bien entendu gras et à la sagesse ancestrale, c'est l'absurdité de la façade qu'ils offrent aux autres comme Daneel le fera remarquer à Sophie.
A notre tour de faire quelques remarques. Excellence moderne ou médiocrité rétrograde ? The Island n'est pas la satire du conformisme petit-bourgeois – auquel cas ces personnages stéréotypés, cette situation, auraient été justifiés – au contraire, elle en est presque la réécriture contemporaine. Daneel souhaite échapper à l'existence qui lui est promise : être un cadre performant, un mari aimant, un père responsable flanqué de sa jolie rousse. Mais les seules options pour lui, puisqu'il n'entre jamais en rébellion, sont minces : grand acteur jouant l'idiot, donneur de leçon christique sur le consumérisme ou encore sportif...
Pour un thème comme la quête de soi en dehors de son statut social, le film est désespérant d'apolitisme puisqu'il réduit son sujet aux seuls dénominateurs des origines, de la paternité et de la nationalité. Les voies d'un ésotérisme hétéroclite, le parti pris d'un traitement métaphorique, l'abstraction de différents lieux insulaires, de certaines séquences voulues fantastiques, tout ces éléments contribuent au décrochage du spectateur devant un niveau puéril et creux de réflexion sur la vie.
Célébrer la vie, s'y ouvrir, s'affranchir du regard d'autrui... Propos bien mince dont résulte un scénario mal construit, manquant de cohérence et d'unité qui superpose des éléments si hétérogènes qu'ils confinent la deuxième partie de The Island au ridicule. On découvre alors que l'intrigue est prétexte à un discours et surtout prétexte à un discours creux. Dans le genre, on conseillera plutôt de revoir les classiques d' Antonioni : L'avventura pour les problématiques d'un couple bourgeois aux prises avec une disparition et une île mystérieuse ; Profession Reporter pour l'envie d'échapper aux impératifs sociaux. A l'inverse de Kamen Kalev, Antonioni sait que le discours doit se fondre dans le cinéma et non l'inverse.
Par Léo Pinguet
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