Se connecter | Créer un compte



Voie rapide

Ajouter à mes films favoris
 

Voie Rapide : un film émancipateur qui laisse ses concurrents loin derrière Voie rapide - 4,0/5 (4,00)

Voie rapideDifficilement catégorisable, Voie Rapide a rencontré d'énormes difficultés, essuyé autant de refus avant de parvenir à être produit et réalisé avec un budget serré. Dès lors ce qu'il nous propose, c'est une énigme à résoudre, une énigme qu'il contient mais qui le dépasse à la fois. Qu'est-ce qui fait l'irrégularité de ce film dans la production française ?

 

«J'aimerai bien qu'on aille à la mer cet été, la petite adorerait. On aurait qu'à emprunter la BM de Max et Anna, ça nous ferait moins cher en essence. – Je pars pas sans ma caisse moi tu rigoles ou quoi !?...» Ce simple dialogue, à lui tout seul, résume l'intrigue épurée de Voie Rapide.Voie rapide Alex, 25 ans, vit sa passion pour le tuning, avec tous ses rituels, tous ses codes et toute le fétichisme qui s'y rapporte. Comme un ado tout l'argent qu'il gagne en tant que magasinier dans une banlieue parisienne tranquille, il le dépense dans sa Honda Civic qu'il chérit comme une maîtresse aux dépends de sa petite amie, Rachel qui joue les mères-modèle de leur petite fille. Chronique sur un couple modeste d'aujourd'hui. Jusqu'au soir où Alex percute un adolescent sur la route...

 

D'une structure narrative conventionnelle, de péripéties, de dialogues, le film est Voie rapideavare et pourtant, détrompez-vous tout de suite. Voie Rapide n'est ni un vulgaire film de genre, un film bagnole, ni un vulgaire film social français sur la banlieue, ni une vulgaire histoire d'amour, mièvre et moralisante, ni encore un film d'auteur prétentieux, ni un film psychologisant. Virtuose, il slalome entre tous ces attendus, les effleure et les transforme, les mélange, leur rend vie, trouve son harmonie bien singulière pour nous offrir, en dépit de très légères maladresses bien vite oubliées, de vrais et grands moments de cinéma.

 

C'est peut-être que plutôt que les clichés, les raccourcis de la frime machiste et de la pitrerie, le choix du monde du tuning et son traitement offre un double aspect au film qui en fait tout l'intérêt. Le versant esthétique d'abord de la voiture, versant cinématographique, mais qui ne verse ni dans le spectaculaire ou l'artificialité de l'action, ni dans la gravité prétentieuse et assommante de la pure contemplation. Voie rapideUn versant social ensuite, puisque le film lève le voile sur un univers à part, une communauté, une génération mais également et tout simplement sur une classe sociale trop souvent absente, sinon dans la caricature, du cinéma français : le milieu populaire. Ainsi dans une scène de «run», point de gros carambolage, de vue aérienne, mais des plans abrupts, serrés sur ces deux voitures qui jouent à se faire peur, une tension construite par le montage mais également dramatiquement par le fait que l'on sait qu'Alex ne peut pas se payer le luxe d'accidenter son véhicule qui pourtant sert de faire-valoir à son ego d'habitude si réservé.

 

C'est l'alliance donc de ces deux approches qui est rafraîchissante. A la beauté esthétique d'abord on donne un ancrage social, une contextualisation qui la déchoit de sa gratuité petite-bourgeoise tout en lui conférant en retour un réalisme qui lui donne chair. A propos de cinéma, un théoricien, Jacques Rancière, l'évoque : au populaire, habitué à la pitance de la comédie grossière ou du film social, au populaire à qui l'on rend cette beauté, réservée habituellement à d'autres, on offre une véritable émancipation et un véritable brouillage politique des frontières esthétiques. Repartager ce bien c'est refaire de l'égalité sans porter un regard surplombant et condescendant.

 

C'est ce que fait Voie Rapide. Et pour cela il lui faut l'aide de grands, très grands acteurs. Le personnage d'Alex par exemple, très mental, pourrait poser problème. Voie rapideAyant des difficultés à s'exprimer, il devient quasiment muet après l'accident et pourtant Johan Libéreau sait faire passer simplement à l'aide de ses expressions, de son visage, une gamme très impressionnante de tourments intérieurs. Il réalise le souhait du réalisateur Christophe Sahr : faire primer l'image sur le dialogue. Ce n'est pas non plus son texte qui donnera tout son charme au personnage de Christa Théret, mais l'énergie avec lequel elle le débite, l'énergie avec lequel elle le fait vivre dans ce corps boule de nerfs. Magistral !

 

Par Léo Pinguet

 
 

Les commentaires des lecteurs

 
 
 

Zoom Avant

Zoom Avant  

Retrouvez Toutleciné.com sur...

twitter & Facebook