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Adrienn Pal

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Adrienn Pal : un film touchant, trop touchant Adrienn Pal - 2,0/5 (2,00)

Adrienn PalRécompensé au festival de Cannes dans la catégorie Un certain Regard par le prix FIPRESCI (Fédération internationale de la presse cinématographique), Adrienn Pal dépeint le parcours initiatique d'une apathique qui revient à la vie.

 

Piroska, une infirmière obèse et dépressive, travaille aux soins palliatifs. Elle décide un jour de partir à la recherche de son amie d'enfance – Adrieen Pal – qu'elle a perdu de vue. Voyage qui lui fera recroiser ses anciens camarades de primaire aux destins hétérogènes. Soyons crus d'abord. On ressort d' Adrienn Pal avec l'impression d'avoir vu un épisode de l' Inspecteur Derrick de plus de 2h. Pourquoi ? Parce que la structure du récit est tout ce qu'il y a de plus conventionnel sauf que l'exposition dure 35 minutes. Parce que le rythme ne fait que masquer un scénario de court-métrage ou de moyen-métrage qui aurait mérité d'être développé.

 

Adrienn Pal - Éva Gábor (I) Agnes Kocsis tenait pourtant un sujet intéressant sur la relativité mémoire : que reste-t-il de vrai et de réel d'une époque dont tout le monde se souvient différemment ? Comment l'interprétation de chacun reflète le point singulier qu'il a atteint dans son existence ? Elle tenait également un personnage principal atypique, remarquablement interprété par une non professionnelle, des décors rétro qui donnent au film une ambiance hors du temps...

 

Adrienn PalQuand Le Lauréat par exemple de Mike Nichols ou un film de Gus Van Sant se contentent d'environ 400 plans, la majorité des films, d'action en particulier, imposent un rythme en sur-régime – 1500 plans en moyenne. Un montage de séquences plus longues offre donc par contraste un espace, un temps, de réflexion ou d'émotion inédit au spectateur au sein même du film. Peut-être qu'à la sortie le préjugé voudra que de tels films soient jugés plus difficile d'accès, moins grand public et classés «art et essai», il n'est pas lieu ici de critiquer cette catégorisation. Il est en revanche lieu de pointer les films qui s'en contentent et s'en servent pour masquer leur stérilité : c'est le cas, entre beaucoup d'autres, pour Adrienn Pal.

 

Prenons quelques exemples révélateurs. Dans un film d'action l'archétype de la scène fonctionnelle qui prend le spectateur pour un simple d'esprit est celle où l'on voit une voiture démarrer pour que l'on comprenne bien qu'au plan suivant le personnage s'est déplacé vers un point B. Quel est le problème avec Adrienn Pal ? C'est que le film, en souhaitant délaisser l'action au profit du déroulement intérieur des émotions, ne fait qu'emprunter le même vocabulaire, les mêmes conventions cinématographiques en pensant créer son style personnel.

 

Adrienn PalPlutôt qu'un plan en plus, certes inutile, mais qui donne du mouvement, Agnes Kocsis montrera directement l'arrivée du personnage à son point B et lui superposera en arrière plan un train qui part. Le plan se veut sommaire, photographique, mais l'économie ne fait ni l'émotion, ni l'ingéniosité. Quand l'action et la transition décrites sont devenues inutiles, un tel plan, vu et revu, ne fait que prouver la fatuité d'un cinéaste qui ne prend pas le spectateur pour un imbécile mais veut lui faire croire qu'il est un esthète. Ainsi de toute la mise en scène.

 

Adrienn PalVous vous souvenez aussi dans ces films américains du petit dialogue que le méchant sort au gentil au milieu du film et que ce dernier ressortira, narquois, en fin de film alors qu'il a repris le dessus : «Pour l'Angleterre James ? - Non pour moi». Dans Adrienn Pal, l'héroïne boulimique forme une nouvelle infirmière qui, à la fin, une fois Piroska rétablie, lui fait remarquer dans un scène laconique au possible : «Tu n'as pas rapporté de gâteaux cette fois ?». Tour de force des charlatans : d'un cliché guimauve, on vous faire croire à un instant de grâce.

 

Adrienn PalIl est bon ton de dénigrer le conformisme général du cinéma commercial, certes. Toujours est-il que le spectateur le discriminera à l'aune du plaisir qu'il lui apporte - plaisir innocent ou plaisir coupable qu'importe, le cliché y est assumé. Le conformisme d'un cinéma qui se désigne comme indépendant ou d'art et d'essai est beaucoup plus inquiétant car l'ennui qu'il suscite ne le discrimine pas, au contraire, cet ennui prétend corroborer sa qualité en empêchant qu'on s'attarde à une appréciation de goût et à une analyse. Plutôt que les récompenser, débusquer de tels films, ne jamais les laisser en paix devrait être une tâche qui ne devrait pas laisser apathique.

 

Par Léo Pinguet

 
 

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