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Un homme qui crie

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Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun Un homme qui crie - 3,0/5 (3,00)

Un homme qui crieTrois continents, trois hommes d'âges différents, trois films aux antipodes, un thème commun. Qu'on s'appelle Wang Xiaoshuai, Diego Luna ou Mahamat-Saleh Haroun, cette année on a décidé de tuer le père, à Cannes.

L'élégant Tchadien, le tout premier de sa nationalité à entrer dans la compétition officielle, signe un admirable conte planté au coeur de son pays à feu et à sang.

Adam, un ancien champion de natation, perd son poste de maître-nageur au profit de son fils Abdel. L'orgueil de l'un meurtri par l'ambition de l'autre entraîne le sacrifice filial, sans rédemption possible, sur fond de guerre séculaire.

 

Si, comme l'éminent Serge Daney, on va au cinéma pour prendre des nouvelles du monde, Un homme qui crie remplit parfaitement son cahier des charges en inscrivant le conflit tchadien dans le cadre intime d'une de ses familles, tous deux assez étrangers au cinéphile occidental. Une impression de forte sensualité se détache des images comme une marque de vie : le goût de la pastèque échangée d'une bouche à l'autre, la fournaise sous le costume d'employé, les caresses du père envers son fils... Le lent zoom sur le grain de peau qui tranche contre l'uniforme blanc.

Cette exaltation des sens épouse une mise en scène très sobre qui tranche avec l'horreur absolue de la trahison paternelle, qu'on accepte très naturellement, comme dans un conte enfantin où l'enfant se fait dévorer par le loup.

 

Des références à Jacques Tati et Charlie Chaplin (cruel ballet du père autour des barrières dont il a désormais la charge) achèvent d'inscrire l'ensemble dans une tonalité faussement naïve. Avec un talent de suggestion manifeste, Mahamat-Saleh Haroun préfère montrer ses guerres en diagonale. Celle qui oppose les enfants de son pays est perçue à travers les messages d'information à la radio, l'agitation populaire à l'approche des rebelles, l'effort de guerre exigeant son lot de sacrifices humains et financiers, ou l'absence du fils envoyé au front. L'autre guerre, celle qui sourd dans la famille, se joue dans les silences, les crispations, sans guère d'effusion de larmes. Seul le personnage de la petite amie du fils, qui parle peu et chante trop, déborde un poil vers le pathos.

 

Clos sur de magnifiques plans larges de la traversée du désert paternelle, le film pousse son allégorie biblique, marquée par l'utilisation de prénoms évocateurs (David, Adam, Abdel).

Un des personnages a d'ailleurs cette très belle phrase : «Notre malheur c'est que nous avons confié notre destin entre les mains de Dieu».

 

Par Estelle Chardac

 
 

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