The Deep Blue Sea |
Terence Davies reprend la pièce de théâtre du dramaturge anglais Terrance Rattigan pour faire un portrait impitoyable de la femme des années 50. Il met en place un étau psychologique, grâce à une mise en scène rigoureuse à outrance. Un long-métrage maitrisé de bout en bout, des compositions des plans, à la musique jusqu'au jeu impeccable des acteurs.
Le personnage de Hester ne donne pas un accès direct au mal qui la ronge, la passion qui la dévore ne s'affiche pas aux yeux de tous, mais se laisse appréhender doucement, lentement. A l'image de la passion volatile, instable qui existe entre les deux personnages, les premiers sentiments du spectateur le sont. Au commencement, le feu de l'amour que ressent Hester pour Freddie ne se laissent pas ressentir. Le réalisateur oublie les grands emportements pour forcer peu à peu nos petites résistances, nous traîner finalement dans les tréfonds de la passion des deux personnages et nous placer dans l'étau d'Hester pour ne plus nous en laisser sortir.
Terence Davies reprend la pièce de théâtre du dramaturge anglais Terrance Rattigan, pour faire un portrait hautement méthodique de la femme des années 50. Méthodique par sa mise en scène, sa construction absolument symétrique des plans, ses mouvements de caméra d'une rigueur impitoyable, qui dans un travelling construisent un tableau de la guerre, de la souffrance ou de l'ennui bourgeois. Cette rigueur outrancière tranche avec le chaos qui habite l'héroïne et la submerge jusqu'à lui provoquer le mal d'exister.
The Deep Blue Sea n'est pas l'histoire d'un amour ou d'une passion entre deux êtres, c'est celle d'une femme, Hester, ou plutôt de la femme d'après-guerre, qui ne peut plus se contenter du confort bourgeois. Le contexte de la guerre a changé la donne et placé le plaisir, celui de la chair, de la vie, au centre de l'existence humaine. Terence Davies fait le portrait d'une nouvelle femme qui possède la force de refuser par trois fois l'appel du confort pécunier, pour pouvoir enfin être capable de prendre soin d'elle-même et accepter la vie, seule.
Par Camille Esnault
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