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Deux films Burt de décoffrage

Vedette de première plan de 1972, année de Délivrance jusqu'au début des années 90 où Un flic ½ marque sa sortie de la cour des grands, Burt Reynolds (septuagénaire aujourd’hui) laisse derrière lui une soixantaine de films, dont beaucoup de gros succès populaires ( L’Equipée du Cannonball entre autres) ainsi qu’une poignée de films qui lui ressemblent davantage, tel Sharky’s Machine.

 

L'Equipée du Cannonball

L'Équipée du CannonballAyant connu son plus gros succès avec le cocktail action et comédie de Cours après moi shérif, Burt Reynolds accepte d’autant mieux d’intégrer l’écurie de L’Equipée du Cannonball que c’est le même réalisateur, l’ancien cascadeur Hal Needham, qui l’y dirige.

 

Ecurie ? Un terme particulièrement adapté à la distribution du film, un picorage de stars pour le moins hétéroclite. Burt Reynolds d’abord, dans le rôle d'un pilote goguenard, flanqué d’un partenaire lourdingue (l’effectivement lourdingue Dom DeLuise) qui se transforme occasionnellement en super héros d’opérette. Le suit de peu Roger Moore dans le rôle de… Roger Moore, comédien narcissique occupé à temps plein à parler de lui-même. En troisième position : le tandem Dean Martin/ Sammy Davis Jr. en faux prêtres, le premier ne dessoulant pas pendant la durée du film. Le reflet de l'état de son interprète sur le plateau.

Egalement sur la ligne de départ : Farrah Fawcett en militante écologique, parfaite idiote pour laquelle Verlaine serait un nom de femme. Participation plus incongrue : les Chinois Jackie Chan et Michael Hui, conducteurs d’un bolide high-tech. Pas si étonnant que ça, le producteur, Golden Harvest, étant originaire de Hong Kong et tentant par la même une percée sur le marché américain.

 

Augmenté de la présence de Jack Elam (un illustre méchant de western) dans la blouse d’un médecin shooté à mort et de Peter Fonda qui cligne de l’œil à Easy Rider en incarnant un biker, le casting ratisse large. Peu probable cependant que le recrutement de stars se soit fait sur la base d’un scénario solide, celui-ci se limitant au simple concept de la course, ouverte à tous, et qui consiste à rallier les côtes ouest et est des Etats-Unis en un temps record, au mépris des limitations de vitesse. Y participe même un sheik arabe, source de gags aussi primaires que les autres, la finesse n’étant pas la caractéristique première d’un spectacle surtout prétexte à des décolletés profonds et à des cascades, carambolages et accélérations dans un style très cartoon. Découpage, montage et réalisation manquant sérieusement de nerf, les parties de stock-cars ne portent pas plus loin que les exhibitions de foire.

 

Paresseux, L’Equipée du Cannonball se laisse néanmoins voir sans effort, soutenu par des stars qui, une à une, justifient leur somptueux cachet par un amusant numéro d’autodérision, la palme à ce jeu-là revenant, à égalité, à Roger Moore et Burt Reynolds.

Ni l’un ni l’autre ne témoigne dans les suppléments du DVD, ceux-ci brillant par leur absence.

 

Actuellement disponible en DVD chez Seven 7/Metropolitan Filmexport.

 

 

Sharky’s Machine (L’Anti-gang)

L'Anti-gangLe troisième de la quinzaine de films ou téléfilms réalisés par Burt Reynolds. L’un des meilleurs aussi, polar où l’acteur cinéaste interprète le sergent Tom Sharky, un émule de L’Inspecteur Harry rétrogradé dans une miteuse brigade des mœurs pour avoir laissé derrière lui le cadavre d’un chauffeur de bus en interpelant un trafiquant de drogue. Et, auprès d’une bande de flics anticonformistes ou passablement azimutés, Sharky de mettre sous surveillance une prostituée de luxe dont un homme politique sur le point d’être élu sénateur compte parmi les clients. Une professionnelle de l’amour menacée par un tueur impavide et ceux qui voudraient l’empêcher de témoigner au cas où…

 

Affligé d’un titre français idiot (De L’Anti-gang, il n’en est jamais question !), Sharky’s Machine se réfère au Laura d’ Otto Preminger, classique du film noir dont il tente de distiller, parfois avec bonheur, les mêmes volutes mélancoliques dans les rapports du héros avec la call-girl, dans la nostalgie de l’enfance que celle-ci soulève en lui. Non aussi sans une pointe de Fenêtre sur cour lorsque les flics braquent quotidiennement jumelles et téléobjectifs sur leur « cliente », le film n’en demeure pas moins un polar robuste, violent où, au-delà d’une pointe de dérision et d’un certain masochisme (des malfrats chinois l’amputent de deux phalanges !), Burt Reynolds exprime ouvertement son affection pour les déclassés, les esprits libres et autres anticonformistes, le terrifiant tueur névrosé incarné par Henry Silva trouvant même, in fine, grâce à ses yeux.

 

Bon film, Sharky’s Machine s’étale en DVD sur un master assez moyen, du niveau de celui d’une bonne VHS. Amusant et décalé le seul bonus du menu des suppléments : un expert français en armements y étale ses pétoires, démonstrations de tirs à l’appui. Pas vraiment une prolongation de programme adaptée au film.

 

Disponible en DVD chez Aquarelle/Aventi à partir du 4 novembre.


Par Marc Toullec (27/10/2009 à 17h54)
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