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Cinq films dans le noir

Une volée de cinq films noirs. Quatre productions RKO qui s’inscrivent dans la grande tradition du genre, l’un allant même jusqu’à en déterminer certaines caractéristiques, le dernier ( Le Coup de l’escalier) le poussant dans ses derniers retranchements, allant même au-delà du noir pour atteindre le blême…

 

Bodyguard

BodyguardPour en être venu aux mains avec son supérieur hiérarchique, un flic au tempérament explosif donne sa démission. Le contacte alors un homme qui lui propose, contre une coquette somme, de servir de garde du corps à la patronne, assez âgée, d’abattoirs industriels. Si le policier soupe-au-lait refuse d’abord la proposition, il n'en mord pas moins à l'hameçon et se débat bientôt au centre d’une sombre affaire où il se retrouve suspect n°1 du meurtre de son ancien supérieur. Aidé de sa petite amie, secrétaire au commissariat, il sort un autre squelette du placard. Celui d’un inspecteur des services sanitaires, « accidentellement » mort sur une scie sauteuse pour cause de myopie aggravée. La version officielle du moins…

 

Plutôt habile le script de Bodyguard et, dans son illustration, Richard Fleischer, alors à ses débuts, ne faillit pas, misant à bon escient sur la brutalité toujours latente de Lawrence Tierney, d’excellents seconds rôles et le décor – pourtant exigu – des abattoirs, lieu de tous les mystères d’un film nerveux et compact.

Actuellement disponible en DVD aux Editions Montparnasse/Collection RKO

 

 

Le Coup de l’escalier

Le Coup de l'escalierBien que produit après l’âge d’or du film noir, Le Coup de l’escalier en est un vrai, un authentique. Son chant du cygne en somme.. L’un des meilleurs représentants du genre, même s’il en rejette les règles esthétiques de studio pour prétendre à une certaine dimension documentaire. Particulièrement vrai dans le tableau d’un New York fantomatique, étrangement désert.

 

Là, un vieux flic congédié pour corruption réunit autour de lui un vétéran raciste de la Seconde Guerre mondiale auquel rien ne réussit ( Robert Ryan) et un musicien de cabaret ( Harry Belafonte) endetté auprès d’un caïd. Des recrues dilettantes dans la perspective du casse de la banque d’un patelin de l’Etat. Un braquage bien organisé, mais, évidemment, tout ne se déroule pas comme prévu, la haine entre deux des malfrats en rajoutant encore…

 

Scénario classique, proche de celui que raconte Quand la ville dort. Ce n’est pas tant le casse qui stimule Robert Wise, mais tout ce qui déroule avant. La personnalité de ses gangsters amateurs, les circonstances qui les amènent à s’y risquer, l'enchainement des faits… Une peinture psychologique méticuleuse, dénuée de tout manichéisme. Aucun héros dans le film, mais des losers, des cabossés de la vie qui, imperturbablement, courent à leur perte.

Attentif à ses trois protagonistes principaux et aux femmes elles-mêmes brisées qui les entourent, Robert Wise se montre également très exigeant sur le plan esthétique, jetant sur le noir et blanc comme un voile blafard que le numérique restitue soigneusement.

 

Des intentions plastiques du cinéaste, Danièle Grivel et Roland Lacourbe (auteur d’un excellent livre guide à son sujet) en parlent dans leur intervention commune des suppléments, de même que de son parcours, jusqu’au Coup de l’escalier, l’un des chefs-d’œuvre d’une carrière exceptionnelle.

Actuellement disponible en DVD chez Wild Side.

 

 

Desperate

DesperateAvec la bénédiction de sa femme qui se découvrira bientôt enceinte, le camionneur Steve Randall accepte une mission nocturne à 60 $. Malgré lui complice de truands qui chargent des fourrures depuis des entrepôts, il avertit la police d’un appel de phares. Résultat : un flic tué et le petit frère du caïd envoyé derrière les barreaux, puis condamné à mort. Lui-même soupçonné, constamment en fuite, Randall reste l’unique préoccupation du chef du gang qui entend bien venger son cadet…

 

Un bon petit film noir réalisé par Anthony Mann qui, peu après, deviendra l’un des grands du western. Jouant habilement des ballets de lumière dans l’obscurité, de la menace d’une présence physique écrasante ( Raymond Burr), machiavélique à faire coïncider l’heure de la vengeance avec celle de l’exécution, le film atteste déjà de l’immense talent du débutant qui le dirige. Morceau d’anthologie sec et baroque, le règlement de comptes final dans une cage d’escalier digne d’un film d’épouvante en constitue l’une des preuves.

Actuellement disponible en DVD aux Editions Montparnasse/Collection RKO

 

 

L’Inconnu du 3e étage

L'inconnu du 3ème étageOfficiellement, l’un des premiers, sinon le premier, films noirs produits par Hollywood. Effectivement, l'essentiel y est déjà, parfois mal dégrossi mais bel et bien présent. Les jeux d’ombre et de lumière, le goût des ténèbres, l’enquête, l’assassin pervers, les pensées du héros en voix off, la ville inquiétante… New York où un journaliste témoigne contre le chauffeur de taxi qu’il est convaincu avoir vu commettre un meurtre. Les cris d’innocence de l’accusé que le jury condamne le poussent cependant à remettre en question sa propre version des événements et à reprendre l’enquête à zéro, sur les lieux même du drame. Y rôde encore un inquiétant et pathétique petite bonhomme ( Peter Lorre) qui, on l’aura immédiatement compris, est le véritable tueur… Plutôt éventé le récit.

 

En optant pour une esthétique sous perfusion de l’expressionnisme allemand, Boris Ingster l'emballe néanmoins dans un magnifique écrin, anticipant même sur le style feutré des films d’épouvante produits par Val Lewton chez également RKO.

Modeste film certes cet Inconnu du 3e étage, mais passionnant à se poster à la croisée des chemins de M. le Maudit (à ce titre, la participation de Peter Lorre est un aveu) et de La Féline.

Actuellement disponible en DVD aux Editions Montparnasse/Collection RKO

 

 

Le Pigeon d’argile

Le Pigeon d'argileAu terme de deux ans de coma, partiellement amnésique, un ancien prisonnier de guerre se réveille pour se rendre à l’évidence que sa hiérarchie le soupçonne d’avoir, dans un camp de prisonniers aux Philippines, trahi ses camarades en faveur de meilleures dispositions des Japonais à son égard. Ni une ni deux, il file, persuade la veuve d’un soldat de son innocence. Sur ses traces se lancent deux tueurs à la solde d’une étrange agence immobilière et un ancien gardien nippon redouté pour sa cruauté...

 

Aucun temps mort dans ce film noir au scénario qui botte en touche à ne se préoccuper de la clef de l’énigme que dans les ultimes instants, comme si la « charge » était trop encombrante, trop lourde pour le déroulement du récit. Le sacrifice du fond au profit du rythme en somme. Du tempo, Richard Fleischer s'en acquitte d'ailleurs si bien que Le Pigeon d'argile survit aux tardives explications.

Actuellement disponible en DVD aux Editions Montparnasse/Collection RKO.

 

 

En bonus, trois des quatre films RKO présentent la traditionnelle préface de Serge Bromberg, seul Bodyguard s’en affranchissant. Les masters noir et blanc se situent tous dans une honnête moyenne, ainsi que les sons mono.

Si Desperate est le seul à afficher une version française, celle-ci, visiblement récente, détonne un peu sur les images.


Par Marc Toullec (29/09/2009 à 13h42)
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