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Cinq films Hammer sortent actuellement en DVD chez Studio Canal. Aucun Dracula et Frankenstein parmi eux, mais d’autres démonstrations du savoir-faire d’une firme britannique qui, de 1955 à 1975, du Monstre à Une fille… pour le diable, enrichit le patrimoine du cinéma fantastique de plusieurs chefs d’œuvre. Dont l’un des cinq, le troublant Dr. Jekyll & Sister Hyde...
L’un des meilleurs films produits par Hammer dans ses cinq dernière années d’activité : une adaptation anticonformiste du roman de Robert Louis Stevenson qui, au lieu du double monstrueux libérant les bas instincts du bon scientifique, met en scène une femme. Séduisante, grande, elle n’en est pas moins dangereuse, prédatrice qui opère dans le quartier mal famé de Whitechapel. Le terrain de chasse de Jack l’Eventreur partagé avec un film qui exhume également Burke et Hare, deux fripouilles passées à la postérité pour avoir approvisionné universitaires et médecins en cadavres frais.
Au carrefour des mythes, Dr. Jekyll & Sister Hyde naît d’une blague salace de fin de repas, mais, déjà habitué à jongler avec les concepts les plus fous, Brian Clemens (producteur et scénariste sur «Chapeau melon et bottes de cuir») finit par prendre l’idée au sérieux, relayé par Roy Ward Baker qui en exploite merveilleusement toutes les ressources visuelles, par l’intermédiaire d’effets spéciaux artisanaux efficaces, à un montage habile et, surtout, la troublante ressemblance physique entre Martine Beswick et Ralph Bates. La meilleure garantie de ne jamais sombrer dans le ridicule et de faire accepter l’inacceptable. Une double interprétation fusionnelle, ingrédient indispensable à un climat plus proche de la fantasmagorie érotique que des frasques habituelles de la terreur gothique.
Début des seventies. Toute puissante dans le cinéma fantastique depuis la fin des années 50, la firme Hammer commence à vaciller sur ses fondations. La donne du fantastique change, le goût du public aussi et, de plus en plus, celui-ci se détourne de la terreur gothique pour une peur davantage encrée dans le réel, plus proche.
Inédit dans les salles françaises, Les Démons de l’esprit est particulièrement représentatif des grands courants qui irriguent à l’époque le genre.
Situé dans la Bavière de 1830, il s’appuie sur un Baron convaincu que ses deux enfants, une fille et un garçon amoureux l’un de l’autre, sont victimes d’une malédiction. Dans son château, il convoque un médecin magnéto-hypnotiseur dans l’espoir de les guérir tandis qu’un mystérieux tueur continue d’éliminer les jeunes femmes du village voisin, signant ses forfaits en recouvrant leur cadavre de pétales de roses rouges. A l’échec d’une première thérapie, le médecin essaie une seconde : faire passer une villageoise pour la défunte mère des enfants…
Inceste, consanguinité, folie, meurtres en série, fanatisme religieux… Le scénario met le paquet et, s’il patine dans la première partie, s’épanouit ensuite dans un maelström de scènes anthologiques, de morceaux de bravoure dont l’australien Peter Sykes exploite toutes les ressources.
A la fois dans la tradition Hammer par l’exploitation du somptueux décor du château et hors de cette tradition à rationaliser ce qu’un autre réalisateur aurait pu « charger » d’artifices, il réussit une œuvre brillante et douloureuse.
Dans la rédaction du scénario de Hurler de peur, Jimmy Sangster ne fait pas mystère de tirer sur les ficelles des Diaboliques. Même chose pour Fear in the Night qu’il met aussi en images. Et plutôt bien sur une histoire de complot machiavélique dont il apparaît dès le départ que l’épouse fragile d’un professeur est la victime. Victime ou folle à lier, elle qui prétend être harcelée par un maniaque. D’abord dans son appartement, ensuite dans le cadre d’une école privée où son mari ( Ralph Bates) vient d’obtenir un poste. Un établissement singulier d’ailleurs car aucun élève n’y apparaît jamais, en dépit de la présence plutôt inquiétante d’un proviseur ( Peter Cushing) qui agit comme si rien n’était. Et, dans le jeu, la femme du proviseur ( Joan Collins) ne semble pas plus claire...
Certainement pas un chef-d’œuvre de Hammer le thriller d’épouvante de Jimmy Sangster, quoi que, bien huilés, les rouages de la manipulation atténuent les invraisemblances.
Terriblement désert, d’une propreté immaculée et seulement agité de cris et cours enregistrés, le cadre de l’école suffit déjà à lui seul à distiller un climat d’angoisse et de paranoïa.
Le tout dernier film fantastique produit par une Hammer désormais à l’agonie.
Creusant le sillon «démoniaque» de L’Exorciste, Rosemary’s baby et de La Malédiction, la firme fait preuve d’opportunisme à mettre en scène une adolescente ( Nastassja Kinski) que ses parents confient à une secte obéissant à un prêtre défroqué ( Christopher Lee). Elevée dans une institution supposée religieuse où elle porte d’ailleurs les habits d’une nonne ordinaire, elle doit, à l’aube de son dix-huitième anniversaire, se prêter à une cérémonie occulte visant à donner forme humaine au démon Astaroth fraichement mis au monde. Ce qui pourrait se dérouler malgré l’intervention d’un écrivain américain ( Richard Widmark) expert en sciences occultes qu'engage le père accablé…
Décrié au moment de sa sortie pour sa propension à se conformer à une mode, Une fille… pour le diable n’en demeure pas moins un bon film fantastique. En rupture de tout folklore satanique, des breloques en usage dans les conventionnelles reconstitutions cinématographiques de messe noire, il accède à une effrayante authenticité dans le portrait des suppôts de Satan, ceux-ci apparaissant comme des gens ordinaires, capables de compassion et obéissant à une discipline de fer. Aucun manichéisme dans la démarche.
A ce titre, les scènes de l’accouchement et de l’envoûtement par le biais du téléphone s’avèrent particulièrement impressionnantes. La mise en scène sobre de Peter Sykes, l’innocence perverse de Nastassja Kinski, la caution apportée par un Christopher Lee plus ombrageux que jamais face à un Richard Widmark qui lui tient la dragée haute font le reste.
Dans le parcours de Hammer, Blood from the Mummy’s Tomb fait office d'œuvre maudite. Un comble pour une production qui illustre la malédiction des pharaons. Peter Cushing ne doit-il pas abandonner le rôle du professeur Fuchs pour courir au chevet de sa femme, mourante ? Le réalisateur, Seth Holt, ne succombe-t-il pas à une crise cardiaque deux semaines avant la fin du tournage ? Le remplace l’un des patrons de la firme, Michael Carreras.
Que du malheur pour la première adaptation du roman de Bram Stoker, « Le joyau des 7 étoiles » dont Mike Newell extrait La Malédiction de la vallée des rois huit ans après.
Au cœur de Blood from the Mummy’s Tomb : Tera, une reine maléfique de l’Egypte antique. Sacrifiée par des grands prêtres, elle revit des siècles plus tard à travers Margaret, la fille de l’archéologue profanateur de sa sépulture, une bague suffisant à assurer la transmission de sa conscience. Et, sous emprise, cette dernière d'assurer la vengeance d'outre-tombe…
De bons moments, il y a en dans le film de Seth Holt. Un préambule dans la grande tradition gothique du genre, les déchaînements de sauvagerie de Tera, la spectaculaire plastique de Valerie Leon… Des atouts qui ne compensent pas les bavardages, un tempo excessivement lent et un sentiment d’enfermement de l’action dans de trop rares décors. Un petit Hammer par conséquent, lourdement handicapé par les circonstances de sa production.
LES BONUS. Des éditions réduites au stricte minimum. Aucun supplément donc et surtout pas, à l’instar des zones 1, les commentaires audio de Sister Hyde (Martine Beswick, Brian Clemens et Roy Ward Baker réunis), l’interview de Valerie Leon et de Christopher Wicking (Blood from the Mummy’s Tomb)… Un peu dommage, même si l’économie en crise du support numérique justifie les restrictions éditoriales. Et le prix aussi : 9,99 €.
Sur le plan technique, si ce ne sont de sporadiques altérations, les images et le son mono rendent justice aux films. Les Démons de l’esprit doit se satisfaire d’une seule version originale, aucun doublage français n’existant.
Actuellement disponibles chez Studio Canal
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