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A quelques semaines d’intervalle, chez deux éditeurs différents, sortent directement en DVD les adaptations de romans de Jack Ketchum, l’un des romanciers les plus dérangeants, les plus radicaux du moment. Un expert en perversion dont le cinéma n’adoucit pas le propos.
Stephen King dit le plus grand bien de lui, le comparant autant à Clive Barker qu’à Jim Thompson. Stephen King qui, en deuxième position derrière Cormac McCarthy, le classe parmi les plus grands romanciers vivants !
Flatteur. D’autres, par contre, à l’instar du critique littéraire du Village Voice, l’accusent de « pornographie de la violence » et demandent, pour ce motif, son inculpation !
En clair, Jack Ketchum suscite enthousiasme et haine. Jack Ketchum (la photo) ou le patronyme d’un hors-la-loi qui, dans les années 1800, acheva sa carrière au bout d’une corde. Parfait comme nom de scène pour Dallas Mayr qui, fan de dinosaures et d’ Elvis Presley dans son enfance, mène une vie de bohème avant de stabiliser dans l’écriture. Au fil des années, d’abord employé dans l’épicerie de son père, il exerce des métiers aussi différents qu’instituteur, éboueur, vendeur, agent littéraire, critique théâtral, rédacteur en chef d’un magazine de paléontologie… Pas une expérience de la vie, mais plusieurs. Puis vient la littérature, via, dans un premier temps, des nouvelles sous le pseudonyme de Jerzy Livingston. En 1980, Jack Ketchum publie Morte saison, un roman qui, sur le modèle « barbare » de La Dernière Maison sur la gauche et de La Colline a des yeux, confronte une poignée de citadins on ne plus peut civilisés à une famille d’hommes des bois cannibales. Un livre si dur, si extrême que sa version non expurgée n’arrivera en France qu’en 1999.
Depuis, Jack Ketchum a écrit une dizaine d’autres romans. Dont Une fille comme les autres et The Lost que, respectivement, The Girl next door et The Lost justement relaient à l’écran. Exclusivement en DVD.
Adapter un roman de Jack Ketchum, c’est – de fait – s’engager à ne pas l’édulcorer, aussi violent soit-il. C’est aussi prendre le risque de la complaisance morbide. Double piège pour le réalisateur Chris Sivertson et son parrain, Lucky McKee, un proche du sulfureux romancier. Deux pièges qu’il évite à faire le portrait de Ray Pye, un adolescent désaxé qui, sans motif aucun, abat une campeuse et plonge l’autre dans un profond coma. Des années plus tard, tandis que cette dernière rend son dernier souffle, un flic cherche à piéger Pye, désormais homme à tout faire dans le motel de sa mère où arrive une nouvelle femme de ménage. Une brebis comme appât pour un loup qui, autant sous la pression policière que par dépit amoureux, finit par faire un massacre.
Version horrifique et déjantée de La Fureur de vivre, The Lost ne cherche jamais à expliquer le comportement de son funeste héros, à lui trouver des circonstances atténuantes ; il le montre, tout simplement, tour à tour monstrueux dans l’expression de ses frustrations et pathétique à chercher à gagner plusieurs centimètres de taille. Troublant, même si, bloquée à la surface d’une folie, la mise en scène s’avère incapable d’y pénétrer davantage en profondeur.
Du film, de Jack Ketchum et de son « message », le réalisateur ne cause pas dans les suppléments du DVD puisque ceux-ci ne lui donnent pas la parole. Trois bonus cependant garnissent le menu : le court-métrage Jack & Jill que Chris Sivertson tourne à la demande de Lucky McKee pour May, un aperçu du story-board, une enfilade de scènes coupées au montage et rushes, ainsi que les auditions des principaux comédiens.
Si The Lost relate des actes horribles, la folie et l’extravagance sanguinaire de son héros en tempère l’abomination, faisant du personnage davantage une abstraction qu'une réalité. Rien de tel dans The Girl Next Door qui, en prenant pour cadre une bourgade paisible et pour bourreaux une femme et des enfants a priori ordinaires, décuple au contraire la portée de l’enfer que traverse une adolescente.
D’abord victime de brimades et de privations, elle est ensuite séquestrée, torturée et violée. Des sévices qui lui inflige la tante chez laquelle, elle et sa jeune femme handicapée, trouvent « refuge » après la mort de ses parents dans un accident de la route. Et, gravement névrosée par ses rapports avec les hommes, la tante de pousser ses garçons à commettre sur elle les actes les plus atroces. Si terribles que, choqués, certains spectateurs du Festival du Film Américain de Deauville s’en sont vivement pris au réalisateur, Gregory Wilson.
Vrai que The Girl Next Door est une chronique terrible, oppressante, reflet de nombreux faits-divers, dont l’un a justement guidé la plume de Jack Ketchum. Puis la caméra de Gregory Wilson qui, au réalisme documentaire et au fard du baroque, préfère un style en retrait, une lumière solaire, des images limpides et des cadres conventionnels. Une manière détournée de saisir le drame dans ses moindres détails, ses plus petits tressaillements. Manière faussement douce, manière redoutablement forte, d’autant que, prenant le public à revers, le réalisateur semble au départ s’engager sur les traces du Stand by me de Stephen King. Une référence assumée par la structure du récit, la posture du héros et l’époque du flash back.
Un seul supplément au menu du DVD : un making-of où l’un des scénaristes exprime son émotion à voir le projet, vieux de neuf ans, prendre enfin forme. « Je ne vois rien d’indécent là-dedans », s’y défend Gregory Wilson, arguments à l’appui et avouant même que c’est seulement après avoir discuté avec sa fiancée qu’il a accepté de porter le roman de Jack Ketchum. Long d'une trentaine de minutes, le documentaire aborde également d’autres aspects du film, depuis les maquillages jusqu’aux costumes et l’interprétation d’une comédienne visiblement éprouvée par son rôle.
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