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Zaytoun - Eran Riklis : « Je crois que c'est un film très optimiste»

Zaytoun - Eran RiklisDans Zaytoun, Eran Riklis fait se rencontrer un pilote de l’armée israëlienne et un petit garçon palestinien. Ensemble ils montreront que la situation au Moyent-Orient n’a rien de fataliste. Nous avons pu rencontrer le réalisateur et avoir son opinion sur le sujet, en même temps que sur la crainte d’être mis dans une case en abordant une nouvelle fois, après Les Citronniers, le thème du conflit israëlo-palestinien.

 

L’histoire de Zaytoun se déroule dans les années 80, mais on sent qu’elle a une dimension intemporelle et que finalement c’est de notre époque dont elle parle, parce que rien n’a vraiment changé. Etait-ce plus facile d’aborder un thème si délicat en le plaçant dans une autre époque ?

Je vais vous dire il y a deux raisons à cela : la première est que nous voulions raconter l’histoire d’une rencontre entre un pilote de l’armée israëlienne et un garçon palestinien, et ça n’aurait pu se faire qu’en 1982, parce que après la guerre à cette date les palestinien ont été obligés de quitter le Liban, car les israëlien pénétrèrent dans le pays jusqu’à Bayrouth, et de partir pour la Tunisie pour la plupart. Donc sans placer l’intrigue à cette époque nous n’aurions pas pu raconter la même histoire. La deuxième raison était que c’était une période très dramatique pour les deux camps, israël et la Palestine. Dès 1980 il y avait des attaques quotidiennes du Liban sur Israël et au Liban même avait lieu, durant 7 ans une guerre civile entre les Palestiniens et les chrétiens, donc cette période s’est avérée très intéressante pour nous. C’est vrai, on pourrait avoir la même histoire aujourd’hui, car rien n’a vraiment changé, mais je pense que c’est toujours intéressant de repartir en arrière, parce que on a une certaine perspective, on sait plus de choses que sur les évènements qui se passent sous nos yeux. On avait alors deux choses essentielles : susciter vraiment la surprise et aussi apporter une grande connaissance des évènements et donc ça peut donner un point de vue intéressant sur le conflit actuel.

 

Êtes-vous devenu cinéaste pour donner votre avis sur le conflit israëlo-palestinien, tout du moins pour montrer ce qu’il se passe dans cette partie du monde ? Dans Les Citronniers, vous abordiez déjà ce conflit.

Zaytoun - Stephen Dorff, Abdallah El AkalJe pense que c’est le genre de conflit qui offre malheureusement de, nombreuses bonnes histoires. Un cinéaste peut y trouver du très bon matériel. Mais le sujet en lui-même est évidemment important pour moi, parce que vous savez, j’ai vécu là-bas et c’est important que l’art en général et surtout le cinéma, à cause de son grand pouvoir, débattent de ce genre de chose. Comme vous avez dit, quand on regarde en 1982, nous sommes aujourd’hui en 2013 et rien n’a changé, ça s’est peut-être même empiré. Mais c’est toujours la même chose, quand j’ai fait La fiancée Syrienne les gens disaient « on ne veut plus voir de film sur le conflit israëlo-palestinien, on en a assez ! » et plus tard, quand j’ai fait Les Citronniers, j’ai eu le droit au même genre de discours. Puis quand j’ai fait Le Voyage du directeur des ressources humaines, on m’a dit « Mais où est le conflit ? » c’est sans fin ! Mais pour moi il n’est pas question particulièrement de parler du conflit, il est question de faire du cinéma connecté à une certaine réalité, qu’elle soit politique, sociale, je suis toujours intéressée de mettre en scène une histoire avec des débats sociaux. C’est ce que j’appelle généralement du cinéma pertinent opposé au cinéma préfabriqué, divertissant, comme celui d’Hollywood…

 

Pensez-vous vraiment que l’art et le cinéma surtout, peuvent avoir une action sur le monde, changer les choses, du moins les mentalités ?

Oui, à long-terme. Je ne pense pas que l’art ait un pouvoir immédiat, mais je pense que tout le monde absorbe les faits lentement, provenant de la presse, de la télévision, de livres, de sources diverses. On peut entendre une chanson et voir les choses différemment, mais je suis persuadé que le cinéma a un des impacts les plus forts et a aussi une vie très longue. Vous allez au cinéma, ensuite le film est visible en VOD, DVD, à la télévision, il vient à vous de nombreuses manières différentes. Je dis souvent que pour moi c’est déjà beaucoup si les gens repensent à ce qu’ils croyaient être juste, aux idées préconçues qu’ils avaient sans le savoir, lorsqu’ils voient mes films. C’est assez s’ils permettent ça.

 

Zaytoun - Abdallah El AkalZaytoun est vraiment joyeux, positif pour un film qui traite d’un tel sujet. C’est quelque chose que vous souhaitiez, ne jamais tomber dans le pathos et insuffler de l’espoir ?

Oui, je crois que c’est un film vraiment optimiste, même s’il contient des moments tragiques et violents dans lesquels des gens meurent et que la fin reste un peu sombre, parce qu’on ne sait pas ce qui va arriver au garçon. J’ai voulu faire quelque chose de communicatif et donner la sensation que peut-être les gens et les choses peuvent changer.

 

Vous avez toujours cet espoir ?

Oui je l’ai toujours, à cette heure précise en tout cas ! (Rires)

 

Le héros de votre film est un enfant. Comment s’est passé le tournage avec l’acteur qui l’incarne, Abdallah El Akal et comment l’avez-vous casté pour le rôle ?

Zaytoun - Abdallah El AkalJ’avais déjà fait un court-métrage avec lui il y a environ 3 ans. C’est encore un enfant, mais il a déjà tourné dans de nombreux films en Israël, mais il est aussi encore authentique, donc c’est un mélange intéressant entre une certaine fraîcheur et un professionnalisme. Je pense profondément qu’il était le meilleur choix pour le rôle de Fahed parce qu’il y a quelque chose à propos de lui de vraiment incroyable, il a la technique d’un acteur expérimenté, mais il c’est également encore un enfant avec sa naïveté. Je l’aime beaucoup et nous avons fait un travail très intense ensemble et à la fin de la journée je me rends compte qu’il était très facile de travailler avec lui. Bien-sûr, comme tous les enfants, à quatre heures du matin il peut se plaindre et être un peu capricieux « je suis fatigué, je veux dormir », mais non il ne pouvait pas et ça se passait assez bien au final.

 

Et concernant Stephen Dorff, pourquoi ne pas avoir choisi un acteur israëlien ?

Zaytoun - Stephen DorffNous avions un gros budget pour ce film et c’est vraiment toute une histoire, parce que moi je voulais un acteur israëlien, mais les financiers ont dit « non nous avons besoin d’un nom sur l’affiche», pas un grand nom, mais Dtephen Dorff en a un quand même. Quand je l’ai rencontré ensuite, j’ai appelé les producteurs et je leur ai dit « hors de question ! ». Il a ce type très californien, très sympathique, mais pas du tout connecté au Moyen-Orient. Puis je l’ai rencontré encore plusieurs fois après ça et je l’ai vu très intéressé par le rôle, très impliqué et nous avons beaucoup travaillé, nous avons passé cinq semaine ensemble, je l’ai amené à Tel-Aviv pour qu’il puisse se confronter à la mentalité israëlienne et je suis en définitive très heureux de ce qu’il a fait, il fait vraiment du bon travail, il est très impressionnant. Même pour les israëliens, il sonne juste, il est crédible. Je pense qu’après cinq minutes vous oubliez qu’il est Stephen Dorff.

 

Vous avez tourné en Israël. Avez-vous rencontré certaines difficultés ? Avez-vous eu à affronter certains challenges ?

Nous sommes allés tourner dans de nombreux villages et ce n’était pas un problème, le gros challenge était Beyrouth, parce que Beyrouth est une grande ville très moderne d’une certaine façon, elle était appelé le Paris du Moyen-Orient, donc le challenge était de trouver une ville similaire, qui pourrait être le Beyrtouth de 1982. J’ai alors trouvé une grande ville au nord du pays dans laquelle nous avons trouvé de très bons décors, mais nous avons fait aussi beaucoup de travail de post-production : avec beaucoup d’effets spéciaux, nous avons ajouté des choses, de bâtiments ce genre de choses.

 

Dans votre film vous mélangez plusieurs genres : le film de guerre, le road-movie, le récit d’initiation, comment voyez-vous le film ? Quelle était la partie la plus importante à vos yeux ?

Zaytoun - Abdallah El AkalJe pense qu’en définitive c’était pour moi un film sur la relation entre deux personnages, que tout ce que vous venez de dire est dans le film et que c’est bien de mélanger les genres. Mais ce qui compte vraiment c’est cette relation entre ce pilote israëlien adulte et ce garçon, qui se retrouvent tous les deux en plein milieux d’un pays presqu’en guerre, de cet enfant avec cet arbre. Si vous mettez de côté la notion de genre, ce qui est vraiment essentiel c’est de garder cette relation entre les deux personnages crédible, drôle, émouvante toujours. Mais je pense qu’utiliser les conventions de tous les genres, comme le road-movie qui les fait toujours avancer et rencontrer des gens, le film de potes aussi, je pense que ça a marché, en tout cas pour moi je trouve que ça accompagne bien l’histoire.

 

C’est intéressant parce que le film adopte le point de vue de Fahed, le jeune garçon, on se demande alors si vous avez voulu raconter son histoire ou alors celle de la rencontre ou alors une plus large ?

C’est marrant vous savez parce que quand le scénariste m’a donné le scénario, ce dernier comprenait quelque chose comme 20 pages à propos du pilote, et ces événements se passaient avant que toute l’histoire au Liban commence. J’ai dis que pour moi il devait juste y avoir ce pilote qui tombe du ciel et c’est tout, je pensais que ça devait vraiment être l’histoire du petit garçon. Si vous faites attention, l’histoire est toujours avec lui, vue à travers ses yeux. J’ai vraiment essayé de rester avec lui, je pense que c’est ce qui est intéressant : cet enfant palestinien, perdu dans Beyrouth, qui perd son père, qui est entraîné pour être un soldat, je pense que c’est le personnage principal du film. Le pilote lui arrive soudainement dans sa vie et change tout. Oui, je pense que le centre émotionnel est le garçon, nous ressentons ce qu’il ressent.

 

Comment a été reçu le film jusqu’ici, parce que vous l’avez montré au festival de Toronto et à Londres aussi ?

Zaytoun - Stephen Dorff, Abdallah El AkalToronto a été formidable. Nous avons été aussi à Madrid, Montréal et Los Angeles, mais Toronto était la première fois que nous le montrions à un public et ça s’est vraiment bien passé, nous avons été bien accueillis et nous avons reçu le deuxième ou troisième prix du public, ce qui était agréable ! A Londres et Los Angeles tout s’est très bien passé également. Je pense que Zaytoun est d’une certaine façon un film pour le public, vous savez ce n’est pas Batman, mais il a une espèce de style de mise en scène populaire, ce n’est pas un film lourd et compliqué, même s’il traite d’un sujet qui l’est lui, mais comme vous avez dit il en parle en amenant une certaine lumière, un optimisme qui le rend facile à regarder. J’ai le sentiment qu’il est apprécié par le public, nous verrons ce qu’il en est en France, parce qu’en France c’est particulier, j’ai normalement un public assez favorable ici, mais il est exigeant aussi. On verra ! (Rires)

 

Votre précédent film, qui avait reçu un très bon accueil en France, s’intitulait Les Citronniers, aujourd’hui vous sortez Zaytoun, qui signifie olivier en arabe.

Qu’est-ce qui viendra après ? Le Fraisier peut-être ! (Rires)

 

Ah pourquoi pas ! Mais quelle est la symbolique que vous invoquez à travers l’image de l’arbre ?

C’est intéressant, parce que quand j’ai écrit Les Citronniers, qui est basé sur une histoire vraie et dans cette histoire il s’agissait en fait d’un olivier. Mais je me suis dit que c’était trop cliché et que ce serait plus intéressant de prendre un citronnier. Puis quand j’ai reçu ce scénario appelé Zaytoun, je me suis dit « Ahh, encore ! » j’ai vraiment détesté ce titre. Mais finalement ce n’est pas ce qui compte, tout le film ne repose pas sur ça, le titre est le titre. En Hébreux ont dit, je pense que c’est tiré de la Bible « l’homme est semblable à l’arbre dans un champ », vous savez avec l’image des racines notamment. Mais je n’aime pas tellement le symbolique et l’arbre est important parce qu’il appartenait au père de Fahed, qui voulait le replanter dans son sol originel, en Palestine, de ce point de vue de l’histoire, qui savait sûrement qu’il ne le ferait jamais, mais le garçon se donne le but d’y arriver. C’est très symbolique, mais également très pratique.

 

Qu’est-ce que vous souhaitez que le spectateur retienne à la fin du film, qu’il emporte avec lui ?

Zaytoun - Stephen Dorff, Abdallah El AkalPour moi ce serait de peut-être garder l’esprit ouvert, d’une certaine façon. Nous vivons dans un monde aujourd’hui, pas que au Moyen-Orient, partout, c’est la même chose en France, dans lequel les relations entre blancs et noirs, musulmans et chrétiens, sont très difficiles, intenses et parfois violentes. Je pense que c’est dû parfois à des gens qui ne pensent pas assez à ce qu’ils disent, à l’impact de leurs paroles, avant qu’ils les délivrent ou qu’ils fassent quelque chose. Pour moi le film est un bon exemple de deux complets opposés : Le garçon a toutes les raisons de haïr Israël parce qu’il a tué son père, il a toujours été entraîné à la détester et soudainement il réalise que ça pourrait être différent et je pense que c’est la même chose pour le pilote, il est toujours au-dessus de tout, il lâche une bombe et ne voit pas concrètement ce qu’elle engendre, et là peut-être pour la première fois de sa vie, il est sur le sol, il voit les choses. Pour tous les deux c’est un voyage initiatique. Le message du film est de respecter, pas nécessairement ton ennemi, mais les gens différents, qui ne pensent pas la même chose. D’apprendre aussi ces choses sur eux et après de décider si quoi penser d’eux.

 

Sur quoi travaillez-vous ensuite ?

En ce moment je travaille sur un film intitulé Dancing Arabes qui est quelque peu comique, qui est basé sur une très bonne histoire écrite par un Arabe très populaire en ce moment en Israël. Il donne une vision très sarcastique, mordante de ce qu’est être Arabe aujourd’hui en Israël, « comment être un Arabe dans un pays juif et comment survivre» ? C’est une comédie et je commence le tournage très bientôt, dans un mois, 2012 a été chargée pour moi. Après ça, je débute un film appelé Safe House, qui est lui plutôt un thriller que je tournerai ici, à Paris.

 

Vous vous éloignez du conflit qui se joue au Moyent-Orient ?

Non pas vraiment, c’est aussi quelque peu en rapport, c’est connecté.

 

Vous n’avez pas peur d’être catégorisé « Réalisateur spécialiste du conflit israëlo-palestinien », d’être enfermé dans une case ?

Le Voyage du directeur des ressources humainesNon, parce que vous savez avant Zaytoun j’ai fait Le Voyage du directeur des Ressources Humaines, qui était une histoire complètement différente, qui a été un grand succès et a gagné une récompense académique. J’ai ensuite fait Playoff qui était encore complètement à l’opposé de ce que j’avais déjà fait, j’ai tourné en Allemagne, c’était une histoire sur l’Holocauste. Je ne pense pas qu’on me mette dans une case, je pense que, comme nous l’avons dit, quand vous faites plusieurs films sur le sujet, les gens se plaignent, puis quand vous faites autre chose, ils se plaignent aussi ! Au bout du compte je n’ai pas vraiment d’agenda, c’est plutôt en rapport avec la qualité des histoires que je trouve. Si je suis confronté à des bons scénarios : une femme se battant pour protéger ses arbres, contre le ministre de la Défense, c’est une bonne histoire, une mariée syrienne vivant à la frontière et ne peut se marier, c’est une bonne histoire, un petit garçon palestinien qui rencontre un pilote israëlien, c’est une bonne histoire. Ce qui m’anime c’est en premier lieu l’histoire, puis je vois si elle fait sens et si elle parle d’une situation au Moyen-Orient au reste du monde c’est bien aussi, c’est presque comme un bonus. Je pense que j’ai un intérêt naturel envers ce genre de sujet, donc elles viennent à moi ou à mes amis assez naturellement, mais je n’ai pas de démarche automatique à propos de ça.


Par Camille Esnault (27/02/2013 à 17h03)
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