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Ouf - Eric Elmosnino : «On était vraiment entre nous, en confiance»

Eric Elmosnino, Yann CoridianAprès un court métrage très remarqué (Le Baiser), Yann Coridian se démarque de nouveau avec un premier long-métrage folk, singulier et poétique, qui offre le premier rôle à Eric Elmosnino. Rencontre complice entre deux grands enfants au coeur tendre.

 

 

 

Yann Coridian, Ouf intervient un peu comme une suite à votre court métrage Le Baiser.

Ouf - Eric ElmosninoYann Coridian : Oui, c'est une suite. D'ailleurs, c'est drôle, Le Baiser, c'est un long baiser de 3 minutes et là, dans Ouf, ils ne s'embrassent pas. Tout tourne autour de ce baiser, qui n'a pas lieu, mais peut-être que le baiser originel est dans mon court métrage. C'est comme si c'était la suite de ces deux personnages. Alors, ce ne sont pas les mêmes acteurs, c'est longtemps après, ils ont vécu quelque chose. Mais c'est vrai que c'est en tournant Le Baiser, que j'ai vu les deux acteurs installés tranquillement dans le canapé, comme un vieux couple que je me suis demandé ce qu'ils allaient devenir. Donc c'est parti de ce désir-là.

 

Eric Elmosnino, vous avez vu ce court métrage avant de commencer le tournage de Ouf ?

Eric Elmosnino : Ah non, j'ai pas voulu voir ça, je ne supporte pas les films où je ne suis pas (rires). Donc je ne vois pas pourquoi je m'infligerai un truc comme ça, voir d'autres acteurs et même si ça se trouve, ils sont bien. Donc non. (rires) Sérieusement, je ne l'ai pas vu.

 

Yann Coridian, vous teniez absolument à ce que ce soit Eric qui incarne votre François ?

Ouf - Eric ElmosninoYann Coridian : C'est à dire que je connaissais le travail d'Eric depuis longtemps. Et oui, ça s'est fait assez simplement. Pour le coup, on n'était pas copains dans la vie. Moi, j'avais déjà fait du casting avant, donc j'avais pu rencontrer Eric sur des projets où il avait interprété des petits rôles dans les films des autres. Puis, je lui ai envoyé le scénario, on s'est vu, on a parlé... J'adore son travail, puis c'était un François rêvé et maintenant un François réel. C'est un acteur avec lequel j'avais la sensation à la fois de partir vers quelque chose où je savais que j'allais être surpris, étonné, ému, amusé et en même temps, j'avais une espèce d'assurance d'y arriver avec lui, en lui laissant faire son métier aussi, en étant juste un petit tuteur - même si je suis le moins petit de nous deux - enfin voilà, j'avais la tranquillité de la surprise si je puis dire. Enfin, je savais que j'allais être surpris, mais je le savais tranquillement.

 

Et vous avez été surpris finalement ?

Yann Coridian : Oui, j'ai été surpris, ému, bouleversé, j'étais attendri. Pour le coup, ça a été un tournage assez rapide. Eric est de tous les plans, il était là tous les jours, il a dû ne pas être là deux journées sur 28 jours de tournage. Donc j'ai été récompensé, même si je n'avais pas à l'être. Donc oui, c'est un acteur avec qui travailler est un plaisir. Vraiment. Et je peux regarder le film, je le trouve absolument gracieux.

 

Eric Elmosnino, comment vous avez pris possession de votre personnage ?

Ouf - Eric Elmosnino, Brigitte SyEric Elmosnino : J'ai senti à la première lecture, intuitivement, que je pouvais l'incarner, j'ai entendu la petite musique interne de ce personnage en lisant le scénario. C'est évidemment pas le cas à chaque fois. Mais là, non seulement c'était bien écrit, mais en plus, ce qui est à mon avis primordial, c'est que cette écriture pouvait devenir un langage, pouvait s'incarner et devenir quelque chose de vivant. Donc à partir de là, j'ai eu envie de me glisser dans ce personnage.

 

C'est une comédie qui repose essentiellement sur le rythme. Comment vous avez travaillé le rythme propre à François ?

Eric Elmosnino : On l'avait défloré un peu en lecture avant. Parce que musicalement, c'était important d'entendre Yann, comment lui pouvait le dire, parce que ça permet de comprendre des choses. Moi ça ne me fait pas peur qu'on me montre ou qu'on me fasse entendre ce que je dois jouer. Je trouve qu'on gagne beaucoup de temps avec ça, plutôt qu'une espèce de psychologie. Je n'avais pas besoin de ces ressorts-là. Donc là, on s'est très vite mis d'accord sur le rythme de la pensée et du coup de la parole de ce François.

 

Yann Coridian : On n'a pas travaillé sur la psychologie effectivement. On a fait une lecture tous les deux où ça permettait de lever un peu les lièvres à venir pour des choses presque concrètes, c'est à dire ce mot là à cet endroit là, qu'est-ce qu'on peut faire. C'est vrai que c'est une écriture avec beaucoup de «quoi» dans les dialogues, ce qui n'est pas forcément très naturel quand on le lit, mais en fait, ça marchait bien, ça créait des points d'appui et les «quoi» devenaient les siens. Vraiment. Alors que c'est les miens, quoi. (rires)

 

Justement, votre film paraît très spontané. Qu'est-ce qui fait qu'on reste spontané, malgré l'effort ?

Ouf - Yann CoridianYann Coridian : On oublie que c'est long, il faut garder une espèce de foi enfantine, que ça va se faire, qu'on va y arriver. Il faut être un peu hargneux. Voilà. Il ne faut pas trop douter. Il faut douter mais pas trop. Mais pour le coup, une fois que c'est parti, les doutes sont envolés. Et il n'y avait pas trop le temps au doute. Le doute, je l'ai éprouvé dans ce long processus qui est un premier film. Pour le coup, je faisais à peu près tous les rôles chez moi, tout seul. Et là, venaient les doutes, les questionnements. Mais sur le plateau, on était dans une ambiance assez joyeuse de travail.

 

Eric Elmosnino : Oui, puis on était une petite équipe, on était tous assez soudé. Le film, c'était pas que nous deux, même s'il y avait un axe comme ça, parce que j'étais là pratiquement tous les jours, on voyait passer et l'un et l'autre. En plus, on était en dehors de Paris, donc on vivait le soir aussi ensemble. On l'a fabriqué vraiment comme une équipe, ce film. Et puis, je les connaissais un peu. Donc on était vraiment entre nous, en confiance. Donc pour moi, c'est sûr, c'était plus simple de faire ce film là avec des gens bienveillants. Sinon, c'est peut-être compliqué. Parce que t'as beau dire, tu te mets quand même au fond, quand tu joues ce genre de personnage, t'es dans un état un peu fragile, même si j'ai l'impression qu'on ne l'a pas trop extériorisé ou démontré, je pense qu'intérieurement, j'étais un peu fragile. Donc c'est vrai qu'il vaut mieux pouvoir faire ça avec des gens qui ont le regard juste là dessus.

 

En parlant d'équipe, vous avez créé un casting très riche, avec de vraies trouvailles comme Luis Rego... Comment est né ce casting ?

Ouf - Luis Rego, Eric ElmosninoYann Coridian : Pareil, petit à petit. Et puis, tout d'un coup, quand on vous dit que le film va se faire, c'est à ce moment que la réalité du travail de casting se fait, on peut penser à des gens, on peut changer d'avis. Par exemple, pour le père, je n'avais pas du tout pensé à Luis Rego avant. J'avais même rencontré un autre acteur qui était Jean-Luc Bideau, que j'aime bien. Puis, je trouvais que je n'avais pas assez travaillé. Puis, j'ai regardé Eric, donc il a fallu lui trouver un père. Mais le choix de Luis Rego ne s'est pas fait que dans une démarche de ressemblance. Le frère ne ressemble en rien à Eric. Mais quand je vois la scène, je vois deux frères. Et quand je vois Eric et Luis Rego, je vois vraiment un père et un fils. Mais je n'ai demandé qu'à des acteurs pour qui j'avais de l'admiration. Et le film était un endroit de nouveautés pour moi. Valeria Golino par exemple, quand elle vient, elle arrive d'ailleurs et c'est ça que le film racontait aussi. Et puis j'adore le cinéma italien et c'était une manière modeste de rendre hommage à ce cinéma. J'ai beaucoup d'admiration pour Mimmo Calopresti par exemple. Et il y a toujours un personnage italien dans le travail que je fais. Voilà. J'aime bien l'Italie.

 

D'ailleurs Mimmo Calopresti vous a dit que pour faire un bon film, il faut arrêter de fumer, faire un peu de sport et manger du jambon cuit. Alors ?

Yann Coridian : Bah j'ai fait à peu près tout. Enfin, je ne me suis pas contenté du jambon. (rires) Enfin, faut que je refasse un film pour refaire du sport, c'est ça le problème.

 

Qu'en est-il de la dimension de fable du film, qui commence dans un carton et termine dans une espèce d'eldorado ?

OufYann Coridian : Assez vite, j'avais envie de ces repères. Et puis, en allant faire les repérages, l'endroit de la fin qui était à mon sens assez compliqué à trouver. C'est un endroit, c'est rien quoi.

 

Eric Elmosnino : C'est sûr que c'est rien (rires).

 

Yann Coridian : Ça s'appelle «Le chemin des amoureux». Le bunker sert d'endroit de rencontres clandestines. Mais cet endroit, c'était rien et il fallait qu'il y ait tout.

 

Et vous n'aviez pas envie que ça s'achève sur un baiser pour boucler la boucle ?

Yann Coridian : Non, j'avais pas du tout envie de ça.

 

Eric Elmosnino : Moi, j'ai regretté ça. Mais c'est ça qui était bien. J'étais à ma place de personnage qui dit : «Qu'est-ce que cet endroit aura pour lui si personne s'embrasse ici ?» Et donc... bêtement, parce que je suis un être un peu conventionnel, je disais à Yann : «Alors, non ?» Et lui, il me dit non, repartez... D'accord, ça m'a énervé, mais j'ai fait ce qu'il voulait.

 

Yann Coridian : Mais c'est nécessaire ce genre de discussions, c'est pour ça que j'étais content de ce travail là, parce que ça a eu lieu. A un moment, on fait ce film là ensemble et je suis bien obligé de le prendre en compte. Mais moi, j'ai fait un film où ils s'embrassent pendant 3 minutes. C'est bon, j'ai fait mon quota de baiser. Puis en tant que spectateurs, parfois, je me dis que j'aime les films sans baiser.

 

Comment on se sent à la veille de présenter son film au grand public ?

Ouf - Eric ElmosninoYann Coridian : Ah, hyper mal. Si je veux être très honnête, je trouve que c'est vertigineux. Le vrai truc dont je n'avais pas conscience avant, c'est la solitude qu'entraîne bizarrement le fait de faire un film. Je trouve qu'on est dans une grande solitude. Je trouve que c'est un métier qui isole beaucoup, même au sein de ma propre famille. Mais après, c'est moi. J'ai le trac, j'aimerais bien que les gens soient touchés, émus.

 

Eric Elmosnino : Non, je n'ai pas le trac. Ça ne me met pas dans le même état que Yann. Après, je sais ce qu'on a fait. Le seul truc, c'est que j'ai fait tout ce qu'il y avait de possible pour en parler et que ce film ait une vie décente. Parce que je trouve qu'il y a parfois une espèce de brutalité pour ces films qui n'ont pas une exposition maximale. Bon, on sait, c'est la règle du jeu, c'est un premier film, on n'est pas allé non plus dans la grosse comédie pour aller chercher je ne sais pas quoi, et c'est ce qui fait sa beauté, sa fragilité, son côté un peu singulier, mais il faut sûrement payer le prix de ça à un moment, parce qu'effectivement, on ne rentre peut-être pas dans une case repérable et donc, maintenant, on va voir. On est très content que ce film existe.


Par Laure Croiset (01/03/2013 à 11h02)
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