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Des Abeilles et des hommes - Markus Imhoof : «Cet individualisme qui détruit tout»

Des Abeilles et des Hommes Markus Imhoof était présent à Paris la semaine dernière pour parler de son documentaire, Des Abeilles et des Hommes. Nous l'avons rejoint à son hôtel et le réalisateur a répondu à nos questions avec simplicité et générosité.

 

 

 

Comment est né ce projet ?

Des Abeilles et des HommesMarkus Imhoof: J'étais en train d'écrire un scénario sur une personne qui voulait devenir quelqu'un d'autre, c'était aussi lié à la crise, une histoire d'extrême individualisme et en même temps, j'étais en contact avec ma famille. Mon gendre et ma fille sont scientifiques des abeilles, je savais ce qu'il se passait avec les abeilles, mon grand-père était apiculteur, ce sont des animaux de famille. C'est devenu un thème d'importance mondial, c'était vraiment le contraire de ce que j'étais en train de faire. L histoire des abeilles nous raconte comment les choses sont liées ensemble, les insectes, les plantes, le commerce mondial, nourrir le monde entier, cette urgence m'a fait changer de projet, je ne savais pas que ça allait durer 5 ans et filmer sur 4 continents, ça prend du temps !

 

Quelles réactions voudriez-vous que cela suscite ?

MI: J'ai été très étonné que les gens ne connaissent pas la différence entre une guêpe et une abeille et qu'ils ne connaissent pas l'importance des abeilles pour nous tous, pour la nourriture, la nature : 70% des plantes sont pollinisées par les abeilles et 30% de ce qu'on mange est également pollinisé par les abeilles. Alors ça changerait beaucoup le monde, le public est stupéfait par ce genre de faits, moi je le sais depuis que je suis tout petit car mon grand-père me l'a expliqué, mais j'étais étonné que beaucoup de monde l'ignore. J'espère que cet étonnement va engendrer des réactions qui pourraient servir à changer un peu le monde.

 

Vous pensez que les gens devraient être plus informés ?

Des Abeilles et des HommesMI: Oui, parce que si on s'aperçoit dans le futur qu'il n'y a plus de salade, d'oignons, de moutarde ou de ketchup dans le hamburger et une viande d'une vache qui n'a jamais mangé de trèfle, ce sera trop tard. Je trouve que toutes ces interactions, c'est fascinant, plus qu'un jeu vidéo ! Dans le jeu vidéo c'est nous qui agissons en pressant le bouton par exemple.

 

Quelles seraient selon vous, les solutions à apporter maintenant ?

MI: Pour moi, la question fondamentale que je pose et qui étonne les gens tellement elle est simple est : « L'homme fait-il partie de la nature ou au contraire est-il en dehors de la nature ? ». L'homme a peut-être peur de ce côté nature, c'est une question simple mais fondamentale car je crois que l'être humain veut être supérieur aux autres hommes, aux animaux mais lorsqu'on fait partie d'un orchestre, on doit être attentif et écouter les autres pour bien jouer. Si chaque violon veut être le meilleur, ça détruit tout, c'est l'ensemble qui fait la musique. Mais cette question de supériorité est à la base de toutes les erreurs dont on souffre maintenant. Je trouve que c'est plus joyeux si on peut coopérer avec les animaux.

 

Ne pensez-vous pas que plus le temps passe et plus les hommes veulent dominer la nature ne laissant plus aucune place à la nature ?

Des Abeilles et des HommesMI: Oui, chaque pays veut contrôler un autre pays, c'est cet individualisme qui détruit tout. On ne peut pas tout copier des abeilles mais une abeille seule ne peut pas survivre, un homme seul ne le pourrait pas non plus, il a besoin des autres hommes. Si chacun veut être le chef, ça ne crée que des problèmes. L'altruisme peut être utile à l'égoïsme aussi, il y a des recherches qui ont été faites pour montrer la valeur de l'altruisme sur l'égo mais on ne peut pas être altruiste par égoïsme. L'altruisme est un mot dangereux car on pense que c'est trop sage et inutile. Chez les abeilles, on pense généralement, à tort, que c'est la reine qui décide tout alors que les ouvrières peuvent décider quant elles veulent une nouvelle reine, c'est à elles de décider. Cette coopération est intéressante car chacun en tire des bénéfices.

 

Devrions-nous prendre un peu exemple sur les abeilles ?

MI: On ne peut pas tout copier, on ne pourrait pas tuer en automne tous les hommes du sexe masculin qui passeraient l'hiver sans être utiles mais c'est intéressant de voir comment ça fonctionne . J'ai voulu montrer un autre univers qu'on ne connait pas qui semble presque relever de la science fiction mais qui est pourtant bien réel.

 

N'y a-t-il pas eu des moments difficiles pendant le tournage ?

MI: Les difficultés du tournages résidaient dans la coordination avec la nature. Par exemple, les amandiers sont en fleurs normalement le 15 mais si cette année ils avaient été en fleurs le 7, on n'y serait pas arrivé. Heureusement cette année, ils étaient en fleurs le 14 ! Les conditions les plus difficiles étaient en Chine car nous avons tourné sans permis car si nous avions demandé des permis, ils ne nous les auraient pas donné. Nous sommes donc entrés comme des touristes. La marchande de pollen devenait de plus en plus méfiante, elle nous demandait pourquoi on lui posait des questions aussi précises, si on avait un permis, comme nous n'en avions pas, elle a menacé d'aller voir la police alors nous nous sommes enfuis ! Mais j'aurais volontiers filmer encore deux, trois jours de plus. Pour filmer les abeilles on a du faire beaucoup d'inventions, on s'est beaucoup fait piquer. Pour filmer l'intérieur des ruches, nous avons utiliser des objectifs endoscopiques qu'on utilise pour les opérations du corps humain, nous avons également travaillé avec des petits hélicoptères. La scène la plus difficile était celle du vol nuptial de la reine, les faux bourdons se regroupent à 13h30 et à 16h, ils attendent les princesses. Nous avons donc construit une tour de 10 mètres avec un ballon météorologique auquel nous avons attaché de l'odeur de la reine, cela a pris 10 jours pour 30 secondes de film.

 

N'était-ce pas difficile d'être spectateur de cette disparition des abeilles ?

Des Abeilles et des HommesMI: C'était dur de ne pas se disputer avec les gens, l'américain (John Miller) qui est aussi responsable de cette disparition d'une certaine manière, on ne pouvait pas discuter avec lui. J'étais content de pouvoir discuter avec lui et qu'il analyse si bien la situation. Il trouve toujours une excuse pour justifier le fait que ce n'est pas possible de faire autrement. C'était lourd de ne pas pouvoir réagir tout de suite vis-à-vis de ce problème qui touche les abeilles.

 

Mais justement cet apiculteur américain (John Miller), c'est un peu un paradoxe parce-qu'il est conscient que ce qu'il fait n'est pas bon mais il a besoin d'argent.

MI: Il dit que son grand père avait 10 fois moins d'abeilles, il ne dit pas qu'il gagnait moins mais ça suffisait quand même pour nourrir une famille. Peut-être qu'il (John Miller) gagne trop, il collaborait avec Armstrong pour lui vendre du miel qu'on injecte dans les tubes en plastique qui permettent de pouvoir s'alimenter pendant une course, peut-être pour prouver que son dopage était naturel ! Ils ont une entreprise ensemble qui développe ce genre de choses c'est-à-dire faire plus, plus vite, dominer le monde par n'importe quel moyen.

 

Lorsque nous avons assisté à la projection du documentaire, devant nous était assis quelqu'un outré par ce qu'il entendait n'avait de cesse de secouer la tête, signe de son mécontentement...

MI: C'est exactement comme ça que je voudrais que l'opinion public réagisse, que ça crée des réactions politiques. Ca m'intéresse beaucoup que les jeunes se rendent compte de cette situation, que ça les fassent réagir et qu'ils ne se contentent pas d'accepter le monde comme il est.

 

Avez-vous un autre projet ?

MI: C'est trop tôt pour en parler. Je suis très heureux de ce que j'entends et des commentaires concernant mon documentaire, il est diffusé dans 20 pays, ça me fait beaucoup de travail mais je le fais volontiers car ça me tient à coeur qu'on en parle. En Suisse par exemple, c'est le film qui a eu le plus de succès cette année, ça me donne l'espoir que les choses vont évoluer dans le bon sens.

 

Votre documentaire est poignant, il touche le coeur...

Des Abeilles et des HommesMI: Merci ! Le but était de raconter une histoire émouvante, qu'on puisse s'identifier avec les abeilles. C'était important pour moi de montrer qu'on peut aimer les abeilles, les comprendre, et qu'on peut se mobiliser pour elles. D'habitude je fais plus des films de fiction avec des acteurs. Peut-être que ça m'a aidé un peu pour faire un récit qui raconte cette histoire.

 

Vous attendiez-vous à ce que votre documentaire soit si bien accueilli ?

MI: J'espérais que ça ferait 50000 entrées en Suisse et on en est déjà à plus de 20000, je ne m'attendais pas à ça mais naturellement je suis très heureux. Il y a aussi des pétitions contre les pesticides qui circulent et qui ont récolté plus de 3,2 millions de signatures, je trouve ça formidable ! On va aussi faire une projection au parlement européen, j'espère que ça va bouger un peu. Je suis inquiet car j'ai entendu parler des apicultures qui ne sont pas content de mon documentaire car ils pensent que les gens n'aillent plus acheter du miel. Certains devraient réfléchir mais la plupart sont heureux qu'on parle des abeilles. Hier, je suis allé dans un magasins et sur les pots de miel c'était marqué que c'était du miel mélangé. il devrait y avoir une étiquette où il est marqué que les abeilles sont bien traitées, qu'elles ont bien mangé ! C'est un peu comme ce qui se passe actuellement avec la viande de cheval dans les produits Findus !


Par Anne-Laure Thirion (20/02/2013 à 11h23)
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