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Shadow Dancer : un thriller sans frisson

Shadow DancerL'Anglais James Marsh s'attaque au conflit qui a opposé l'Irlande et l'Angleterre, depuis 1919, sans jamais avoir vraiment pris fin, en évacuant la passion inhérente à un tel sujet et présente dans la plupart des films de son compatriote Ken Loach. Un long-métrage à l'esthétique et à l'ambiance aussi austère que son sujet et les lieux qu'il a habité.

 

Shadow Dancer - Clive OwenReparti avec l' Hitchcock d'or au dernier festival du film britannique de Dinard, Shadow Dancer est un thriller à l'ancienne. Pur exercice de style, son image à l'esthétique rétro, sa mise en scène tendue et d'un classicisme épuré, nous rappellent le cinéma politique des années 70, comme Le Suspect de Francesco Maselli ou encore Les Hommes du Président de Alan J.Pakula. James Marsh, plus habitué aux documentaires, installe une tension palpable, avec un minimum de moyen et nous entraîne dans les labyrinthes du métro londonien, comme dans ceux de la pensée du personnage principal, Colette, partagé entre la dévotion à sa cause, à sa famille et son désir de paix et de fin à la spirale de la violence. Mais à trop vouloir l'exploiter cette tension se retourne contre elle-même et se fait vite oublier, donnant un aspect assez atone à l'ensemble du film, avec aucun climax dans la tension, ni emportement. L'explosion finale tombe à l'eau alors, nous laissant un goût de « tout ça pour ça ! ».

 

Shadow DancerOn ne peut cependant s'empêcher de sentir les bonnes intentions du réalisateur qui n'a justement pas voulu verser dans le sensationnel, mais coller au plus prêt du réel souhaitant plus marcher du côté du drame intimiste que du thriller pur ou du film d'action, vers lequel son sujet aurait pu le diriger. C'est en effet le conflit entre l'Angleterre et l'Irlande pendant les années 90, surtout le terrorisme exercé par l'IRA, qui est au centre du long-métrage. La première scène donne le ton, le très jeune frère de Colette est victime de tirs croisés entre les activistes irlandais et les forces de l'ordre dans les rues de Belfast, détournant ainsi le propos du discours politique pour le rediriger vers le drame humain. C'est justement le problème de Shadow Dancer, entre drame humain film engagé, il ne sait jamais quoi choisir, ne développant alors qu'à moitié chaque dimension, laissant ainsi chacune des parties inachevées.

 

Shadow Dancer - Andrea RiseboroughLes personnages restent trop flous pour être étudiés, les liens d'amour fraternels qui les unissent aussi, représentant pourtant la raison de l'engagement de la protagoniste. Le discours militant est lui aussi effleuré et moins passionné et passionnant que celui d'un Le vent se lève de Ken Loach, abordant pourtant les mêmes questions, aussi bien politiques qu'humaines. Même si les deux acteurs principaux, Andrea Riseberough et Clive Owen n'ont rien à se reprocher, jouant les personnages à la faible épaisseur qui leur ont été donnés, jusqu'au dénouement final, eux et l'intrigue garderont leurs secrets aussi insolubles que le conflit qui oppose les deux camps.


Par Camille Esnault (06/02/2013 à 15h46)
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