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À ne pas manquer : Thérèse Desqueyroux de Georges Franju sur France 3

Thérèse Desqueyroux - Philippe Noiret, Edith ScobRoman de François Mauriac publié en 1927, Thérèse Desqueyroux narre le sombre destin d'une femme emprisonnée dans un mariage sans amour. Un drame déchirant que le grand Georges Franju a adapté au cinéma en 1962, avec l'aide d'acteurs éblouissants.

 

Thérèse Desqueyroux - Sami Frey, Emmanuelle Riva«Pour Thérèse Desqueyroux, j'ai utilisé des procédés qui venaient du cinéma : l'ouverture soudaine, le manque d'explications et puis la venue des flash-back. Tout cela semblait très neuf et surprenant à l'époque...» expliquait François Mauriac en 1953. Pas d'étonnement donc à le retrouver neuf ans plus tard se chargeant lui-même de l'adaptation de son propre roman avec l'aide de son fils, Claude Mauriac, et de Georges Franju. C'est d'ailleurs sur le même mystère que s'ouvrent le livre et le film : une femme sort du palais de Justice. Un non-lieu a été prononcé contre elle, mais son avocat et son père la savent parfaitement coupable. De quoi ? Pourquoi ? Du trajet qui la ramènera de la ville jusqu'à sa maison au milieu des Landes, Thérèse Desqueyroux se souvient et essaie de rassembler les pièces du puzzle qu'est devenu sa vie.

 

Thérèse Desqueyroux - Philippe Noiret, Emmanuelle RivaNarration en voix-off et écriture littéraire directement tirée du roman original : c'est une adaptation fidèle que signe Georges Franju pour son quatrième film, s'accrochant au texte de Mauriac pour essayer dans recréer le plus fidèlement possible son atmosphère étouffante et ses Landes ternes, rendues d'autant plus tristes par un noir et blanc bien pale et la composition dramatique d'un Maurice Jarre discret. On est certes loin du visionnaire Les Yeux sans visage, mais cette réalisation plus classique lui permet de se concentrer sur la véritable clé de voute de ce film : sa brillante distribution.

 

Thérèse Desqueyroux - Emmanuelle RivaCar c'est le regard vide et désespéré de la grande Emmanuelle Riva qui reviendra hanter le spectateur. Elle est Thérèse, sachant faire vivre à l'écran toutes les contradictions et les parts d'ombre de ce personnage fascinant, autant victime que bourreau, enfermée dans la médiocrité d'une condition qu'elle aurait pourtant voulu embrasser. Et sa voix, lente, grave et précise (familière aux amateurs du grand Hiroshima, mon amour) fait honneur aux mots de Mauriac en leur rendant toute leur tragédie sourde et ordinaire. A ses côtés, Philippe Noiret est aussi horrible qu'inoffensif en mari médiocre, ce Bernard Desqueyroux ne pensant qu'à ses terres. Et puis il y a Édith Scob (que Franju retrouve deux ans après Les Yeux sans visage), jouant la belle-sœur de Thérèse, jeune et terriblement heureuse : «Excuse-moi Thérèse de te parler de mon bonheur comme si tu ne le connaissait pas» lui lance-elle innocemment dans un des nombreux moments cruels qui viennent frapper de plein fouet le spectateur, désarmé face à un tel drame.

 

Car si le film de Franju ne parvient pas à s'affranchir totalement de son statut d'adaptation littéraire fidèle, il réussit cependant avec talent à offrir un visage, et donc une vie, à un des plus beaux et cruels romans français du XXème siècle.

 

Pour ceux qui aiment : les Madame Bovary et autres Jeanne Dielman.

 

Diffusion dans la nuit du dimanche 3 au lundi 4 Février à 0h20 sur France 3


Par Emilien Villeroy (03/02/2013 à 14h46)
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