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Stéphanie Murat - Max : « il ne faut jamais prendre les gens comme on les voit »

MaxNous avons rencontré Stéphanie Murat, la réalisatrice et co-scénariste de Max pour qu'elle nous parle un peu du film, qu'elle partage aussi son expérience et ce qu'elle retient de cette aventure. Rencontre agréable avec la scénariste qui s'est livrée avec le sourire pour notre plus grand plaisir !

 

 

A l'écran vous réunissez deux acteurs qu'on ne s'attend pas forcément à voir partager l'affiche, surtout Mathilde Seigner et Joey Starr que nous n'avons pas eu l'occasion de découvrir dans ce registre là. Il résulte de ce duo une grande douceur, comment avez-vous procédé pour que ça transparaisse à l'écran ?

En allant les chercher pour raconter cette histoire, j'imagine que si ça les a touché c'est que ça leur ressemblait, ça ne m'a pas semblé difficile de les amener vers de la douceur et de la tendresse. Je pense que ce sont deux personnes extrêmement fragiles et tendres qui par peur sont plutôt forts, font du bruit Max - Aeryn Ptakmais en vrai je pense que nous sommes tous semblables au départ, nous avons tous des failles, de la douceur. Cela m'intéressait plus d'aller chercher des gens qui a priori représentaient autre chose plutôt que des gens qui représentaient la douceur. C'est plus important pour moi d'être spectatrice de quelque chose qui allait m'étonner aussi. C'est aussi parce-que je n'aime pas laisser les gens à leur place, on trimballe tous une image qui est souvent fausse et c'est difficile de montrer qui on est, son intimité etc mais je pense que Mathilde et Didier n'ont pas eu de difficultés à me montrer cette part d'eux.

 

Vous n'avez pas eu peur que l'alchimie entre les deux acteurs ne prenne pas ?

Bizarrement j'ai peur de pleins de choses mais pas de ça. Je ne sais pas pourquoi c'était une évidence pour moi et tous les matins j'allais sur le plateau sans savoir exactement comment ça allait se passer ni comment on allait faire entre la petite et tout ça, c'était un tournage un peu chaotique mais dans le bon sens du terme c'est à dire que c'était vraiment la foire, on a rigolé, c'était très très sympathique mais je savais que ça ils le portaient en eux et là-dessus je ne me suis pas trompée.

 

Quand vous avez écrit le scénario vous pensiez déjà à Mathilde Seigner et Joey Starr ou pas du tout ?

Alors en fait, j'ai écrit le rôle pour Didier et Jean-Pierre Marielle, Mathilde elle est venue ensuite, je ne savais pas bien comment allait être Rose et j'ai vu Mathilde chez des amis communs et c'était une évidence pour moi que ça devait être elle le personnage de Rose.

 

La première fois que Mathilde Seigner apparaît à l'écran, elle est très maquillée et est habillée vulgairement pourtant elle est très douce et pas du tout indélicate, c'est surprenant.

Oui tout le monde me dit ça (rire). Les gens qui souvent dans la vie nous font le plus peur sont en fait les plus tendres et eux-mêmes ont tellement peur que la seule possibilité pour eux d'assumer leur rapport à l'autre, leur timidité c'est de parler plus fort, se faire remarquer mais en vrai ce sont souvent des gens hyper sensibles. C'est à mon avis le béa bas, souvent on rencontre des gens très désagréables qui en réalité ne le sont pas.

 

Comment s'est passée la collaboration avec l'enfant ( Shana Castera) puisqu'elle est jeune mais avait quand même des obligations sur le plateau ?

Super ! On a plutôt nous essayé d'aller vers elle, c'est-à-dire dans son monde ludique, c'est pour ça qu'on a beaucoup rit. En fait, c'est un film raconté par une petite fille donc il y a un côté très enfantin, la part d'enfance de chaque personnage est très présente dans le film. Pareil sur le plateau, on a essayé nous d'aller dans son univers d'enfant sans lui demander d'aller dans notre monde d'adulte et bien souvent elle était plus adulte que nous, par exemple quand il faisait hyper froid la nuit etc, il y en avait qu'une qui était au garde à vous c'est fou, c'était elle. Tout le monde se plaignait et tout, elle était vraiment dans un jeu, c'était extra.

 

Ce n'était pas un peu fatiguant pour vous justement de devoir diriger deux tranches d'âge ?

Non c'est tellement passionnant de faire ça, je crois que si je ne le faisais pas je serais hyper malheureuse donc non.

 

Et quand vous arrivez sur un plateau, vous savez précisément ce que vous Max - Mathilde Seignerallez faire ? Quelle ambiance recherchez vous ?

Déjà je me dis que j'ai beaucoup de chance, chaque jour, que c'est un métier d'amour et que j'ai une chance incroyable de faire ce que je fais, c'est une première chose. Deuxièmement, je n'aime que la bonne humeur alors même si c'est un peu utopique, je fais toujours en sorte que chacun ait sa place, participe et contribue au projet et crée lui aussi. Un film c'est une équipe et non pas une seule personne et je pense qu'on réussi parce-qu'on est un groupe et donc il faut absolument que ce groupe vive, s'exprime, se confronte donc c'était extrêmement familiale comme un grand déjeuner de campagne qui aurait duré pendant deux mois.

 

Il y a une scène frappante, à la fin du film, Max passe à côté d'un enclos où il y a un tigre et on y voit inscrit : « Barrière à ne pas franchir », est-ce que ce n'est pas ça finalement l'antithèse du film et qu'il faut au contraire dépasser les limites, dépasser les barrières ?

Alors vous voyez, ça c'est ce qui me plait le plus au cinéma, on écrit un scénario avec une histoire, des dialogues etc, ensuite on va rencontrer le chef décorateur, des acteurs, des personnalités, des visages et puis il y a le tournage et toujours des choses imprévues qui se passent, vient le montage, quelques mois plus tard on se retrouve avec des spectateurs ou des journalistes comme vous qui voient le film et qui nous racontent une histoire de ce qu'ils ont perçu ou de ce qu'ils ont remarqué et ça c'est le plus troublant et le plus attachant quand quelqu'un dit ce que vous venez de dire c'est-à-dire « tiens j'ai remarqué telle chose  » , chacun a son petit exemple. Alors cette scène a été tournée le premier jour de tournage de Shana ( Castera), c'était la première fois qu'on tournait avec elle, pour la mettre à l'aise je lui ai dit « Tiens marche à côté des animaux », elle a donc marché à côté de ce tigre qui la suivait et effectivement je voulais filmer cette scène en silence en faisant des allers-retours avec ce tigre. Cette scène devait venir au début du film mais on a décidé de l'enlever car c'était trop long et ça ralentissait le début. Et j'ai voulu la remettre à la fin, comme une solitude, comme cette enfant qui va se réfugier au Zoo car elle n'a pas obtenu ce qu'elle voulait et je m'imaginais qu'elle racontait quelque chose au tigre. Je me disais « est-ce que je ne mets pas une voix-off disant mon père ne me comprend pas, pourquoi Rose est partie? », et puis en fait je me suis dit « le silence c'est vachement bien ». Le panneau dont vous parlé, je n'ai pas pensé à ça mais plutôt qu'on avait besoin de limites, d'avoir un cadre et mine de rien Toni ( Joey Starr), il essaye quand même de donner un cadre à sa fille, malgré le fait que ce soit « un petit voyou » mais même pas parce-qu'il vole pour manger. Mais j'adore cette interprétation car comme le dirait tous les metteurs en scène, le film il ne m'appartient plus du tout, à partir du moment où les gens le voient, ils s'approprient l'histoire et ça c'est merveilleux. Enfin moi je trouve ça extra ! On a toujours peur d'inclure des moments de silence mais ce moment est hyper beau, je l'aime beaucoup.

 

Avez-vous voulu faire passer un message pour dire qu'en fait les choses ne son pas ce qu'elles sont et que nous nous fions souvent qu'à l'apparence et que c'est superficiel ?

Beaucoup de gens souffrent de ça. Dans notre vie, on voit si les gens ont les moyens ou pas. L'autre jour je voyais un truc sur les gosses, il y avait des gamines qui disaient « nous on voit si les gens portent de la marque », j'étais fascinée parce que je ne sais pas si ça a toujours été comme ça mais en tout cas, la société dans laquelle on vit on se fie beaucoup aux apparences, à l'image qu'on véhicule mais en vrai il ne faut jamais prendre les gens comme on les voit, il faut toujours creuser.

 

N'avez-vous pas peur des mauvais retours concernant le film?

Forcément ça touche, je ne suis pas capable de les entendre aujourd'hui car c'est trop frais. Je pense que je pourrais vraiment parler de mon film dans trois-quatre ans, de ses défauts, des choses qui ne vont pas et je n'aurais pas d'excuse car de toute façon je l'ai fait comme je voulais. Quant aux critiques de la presse, je ne les lis pas car qu'elles soient bonnes ou mauvaises, on pourrait y croire, rien n'est jamais acquis, il faut toujours recommencer donc je n'ai pas envie de me dire « lui il a adoré, lui il a détesté ». Après, le film il aura sa vie et ça ne changera pas le fait que nous avons été heureux de le faire, qu'on l'a fait un fond et que ça a été un moment merveilleux. On est heureux d'avoir fait ce film là, ça c'est acquis !

 

Avez-vous eu des moments de doutes pendant le tournage ? Des choses que vous auriez voulu modifiées ?

Il y a toujours des choses à modifier mais à un moment donné, il faut savoir dire « stop », évidemment qu'on est dans le doute, tout le temps, il y a des fois au montage ou au mixage on faisait des projections du films, parfois j'adorais et d'autres fois je trouvais ça mauvais. Je suis passée par un milliard de truc donc le doute, oui il est là tout le temps mais il faut savoir dire « maintenant j'arrête » et faire avec ce qui a été fait parce que sinon on ne fait jamais rien.

 

En prenant Mathilde Seigner et Joey Starr on vous a peut-être dit que ce n'était pas une bonne idée car peu habitués à exposer leurs sentiments ?

Cela étonne tous les gens qui voient le film mais j'ai eu la prétention de croire qu'ils me livreraient leurs faces cachées, leur douceur et ils ont bien voulu donc c'est une chance. Mais c'est aussi un lien qu'on a eu, une histoire qui s'est passée, on a vécu un truc hyper fort.

 

Est-ce que cette aventure de rencontres vous apporte beaucoup sur le plan humain ?

Ah ouais beaucoup sur le plan humain ! Je vais retourner avec Didier moi j'ai du mal à quitter les acteurs, j'espère retourner avec Mathilde aussi rapidement. Bon là, il y a un film que j'avais écrit pour Didier donc je vais refaire un film avec lui. C'est vrai que je travaille toujours un peu avec les mêmes gens.


Par Anne-Laure Thirion (22/01/2013 à 15h43)
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