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The Master : quand Paul Thomas Anderson maîtrise trop

The Master Paul Thomas Anderson synthétise les angoisses de l'Amérique d'après guerre à travers le portrait d'un soldat pris dans les griffes d'un maître à penser sectaire. Un grand film de cinéma qui commence par nous donner le tournis par sa virtuosité technique et finit par nous décevoir pour les mêmes raisons.

 

The Master - Joaquin PhoenixDès le premier plan The Master s'annonce comme un film de grand cinéma. L'image en 70mm nous évoque celui des années 60/70 et pas des moindres, de Ben-Hur en passant par Cléopâtre jusqu'à 2001, l'odyssée de l'espace. Cette impression d'excellence nous saisit par la minutie technique déployée par Paul Thomas Anderson, qui synthétise à lui seul le mythe de ce grand cinéma américain et de ses compositions de plans picturales, de ses contre-plongées radicales, de sa musique grandiloquente et opératique. Rien n'est laissé au hasard dans le travail de mise en scène du cinéaste, qui avait déjà prouvé qu'il n'était pas homme à se laisser aller dans son long-métrage There Will be Blood. Au commencement, cette maîtrise absolue de l'objet cinématographique nous fait tourner la tête, nous éblouit en nous rappelant directement aux souvenirs des grands cinéastes, Hitchcock, Kazan, Preminger. La performance des acteurs n'y est pas non plus étrangère, Joaquin Phoenix évoquant une sorte de croisement entre un James Dean brisé et un Brando trash, Philip Seymour Hoffman incarne lui la figure d'un imposant et charismatique maître à penser à la façon d' Orson Welles dans Citizen Kane.

 

The Master - Amy AdamsFilm de grand cinéma, The Master s'affiche clairement être en plus un film à performance. Les trois acteurs principaux dévoilent leur force de jeux, Joaquin Phoenix en homme sans repère, brisé par la guerre, Philip Seymour Hoffman tout en retenue dans ce rôle de mentor sûr de lui et Amy Adams qui prouve une nouvelle fois, après son rôle succinct, mais remarqué dans Sur la Route, toute l'étendue de son talent, en interprétant l'épouse réservée au premier abord, mais qui se révèle froide et la plus manipulatrice des deux. Ce qui dérange un peu plus, c'est cette démonstration flagrante de talent façon Actor's Studio. Joaquin Phoenix déforme son corps, à coups de cambrures sèches du dos, de crampes aux visage, de bégaiements ou autres atteintes au langage. A tel point qu'à trop vouloir donner vie à son personnage de Freddie Quell, il le noie finalement derrière sa prestation qui ne nous fait jamais oublier qu'il est en train de composer.

 

The Master - Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Rami MalekCette effet de démonstration s'impose vite, l'émerveillement devant la beauté de l'image et de la mise en scène passé, on a un peu de mal à voir finalement où veut en venir Paul Thomas Anderson, à part à un portrait précis de l'homme américain d'après-guerre. Portrait assez maîtrisé du reste, tout comme l'est la forme globale, révélatrice d'une Amérique des années 50 traumatisée par la guerre, cherchant à retrouver sa domination sur un monde en ruine, sans l'affaiblir encore plus. L'angle de la secte choisie est de plus judicieux, pour mettre en lumière les contradictions d'une nation à la fois construite sur de fortes fondations religieuses, mais qui, en quête d'identité (tout comme le personnage de Freddie), se tournera vers des industries décadentes comme celles du porno ou de l'alcool. Une fois le sujet installé le principal défaut du film d'Anderson est qu'il n'arrive jamais à le transcender, peut-être trop impressionné par la forme magistrale. Le film ne va jamais plus loin que ce qu'il dit ne laissant pas de place à la passion, aux frissons, aux grands emportements. La beauté évidente de la forme ne résiste pas au temps qui amenuise progressivement le souvenir de The Master, trop parfait peut-être pour nous emporter avec lui.


Par Camille Esnault (09/01/2013 à 10h25)
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