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L'Odyssée de Pi : masterclass d'Ang Lee

L'Odyssée de Pi - Ang LeeLe 26 novembre dernier nous avons eu le chance de passer presque une heure à écouter Ang Lee. Il nous a parlé de ses appréhensions face à l'adaptation du plus inadaptable des romans d'aventure, La vie de Pi de Yann Martel, de se craintes, ses envies de la 3D aussi. Voici quelques moments choisis de cette rencontre avec un maître du cinéma et de l'émotion, toujours humble et reconnaissant.

 

L'adaptation du roman de Yann Martel

« Quand j'ai lu le livre, je n'ai pas senti que c'était un livre qui pourrait faire un film, pour des raisons évidentes et quiconque d'un peu raisonnable ne l'envisagerait même pas ! C'est une grande aventure et en même temps un grand drame. Il y avait beaucoup de choses en fait, dans ce livre, l'Inde qui a vraiment cet aspect fascinant aussi. Je pense que le problème que j'avais vraiment se trouvait dans la fin, qui est un examen, une rupture de l'illusion et c'est tout ce que vous ne voulez pas faire dans un L'Odyssée de Pi - Suraj Sharmafilm. La question était surtout : comment amener cette deuxième histoire sans ruiner toute l'illusion qui s'était construite ? La production m'a demandé il y a cinq ans de le faire ils 'est avéré qu'elle n'était pas intéressée par la deuxième histoire, qu'elle voulait surtout un film d'aventure. On m'a donné un budget conséquent, que je ne trouvais pas assez élevé au début, je ne faisais que demander « mais vous êtes sûr, vraiment ? » Je pense que c'est quand un projet semble impossible qu'il a vraiment une chance, puis j'ai trouvé ça très excitant et je me suis senti capable de le faire. Je me suis dit que j'arriverais peut-être à trouver quelque chose que les autres n'auraient pas trouvé et ce sont tous ces peut-être, techniques et artistiques, qui m'ont permis de tenir durant ces quatre années difficiles, durant lesquelles je suis devenu ce Pi et j'ai eu l'impression moi aussi d'être à la dérive avec un tigre du Bengale dans mon canoë de survie. Expliquer pourquoi j'ai voulu faire ce film est compliqué, ça reste un mystère. »

 

3D

« Lorsque James Cameron a dit que mon film était une révolution en terme de film en 3D, ma vanité était flattée, mais de l'autre côté ça ne voulait rien dire, parce que personne n'est vraiment encore maître de la 3D, on en est encore au début, je suis très humble et lui aussi vis à vis de cette technique. C'est un nouveau langage ciné, nous savons qu'il faut trouver une expression en relation avec la caméra qu'on choisit, c'est encore nouveau. C'est très inspirant, ça aide à examiner l'illusion dans la fabrication d'un cinéma. La caméra montre la réalité, mais vos yeux voient des choses à travers plusieurs prismes, celui de la culture, de la langue...La 3D touche aux sens et non à l'action en elle-même, c'est une expérience intéressante. »

 

Acteur principal

L'Odyssée de Pi - Ang Lee, Suraj Sharma« Il n'y a pas de star de 16 ans en Inde il fallait trouver un nouveau visage, sans lui il n'y aurait pas de film. J'aurais beau pu prouver que je suis capable de faire ce film, il fallait ce nouveau visage pour que ce dernier existe. Ça a été un long processus, J' ai auditionné 3000 gamins et la première fois que je l'ai vu, j'ai commencé à voir le film. Je ne sais pas si c'est mon expérience professionnelle ou juste une intuition, mais j'ai eu ce sentiment qu'il ressemblait à Pi, quand vous relisez le livre, c'est un enfant plein de ressources, mais il ressemble à n'importe qui. Mais quand j'ai vu Suraj Sharma j'ai eu le sentiment que c'était Pi. Quand on le regarde, c'est un garçon qui est a un regard très profond et intelligent, on sent qu'il est à la recherche de quelque chose. Je ne savais pas ce que ça donnerait en 3D, mais en tout cas en 2D la caméra l'aime beaucoup et moi aussi. Ce qui était surprenant c'était que quand il a passé le casting, il a raconté la deuxième histoire, c'est un monologue de deux pages, qui prend peut-être cinq ou huit minutes à l'écran. Je lui ai demandé de le refaire encore et encore, en lui donnant quelques indications. J'ai vraiment fait des équations méthodiques, simples en lui disant imagine que c'est ta mère ou ton frère qui est là. Je voulais qu'il ressente la chaleur de l'Inde ou du Mexique, et je le voyais changer, tout son corps, ses molécules se transformaient en Pi. Pour moi le talent se trouve là, pas dans les gens qui savent jouer, mais qui ont la capacité de croire et de faire en sorte que tout leur corps fonctionne en conséquence. Dans le film plus tard il est en sanglot, et à ce moment on le sait, c'est Pi, il est là. Il y a eu beaucoup d'entraînement, éprouvant, bien-sûr, de travail, avant d'arriver là. »

 

Autres personnages de ses films

« Oui ils se transforment tous, arrivent où il ne sont pas attendus. C'est une question intéressante, mon thème est toujours le changement, tous mes personnages ressemblent à Pi, ils cherchent quelque chose à laquelle croire, ça me ressemble aussi évidemment. Le processus d'initiation est le même. J'ai fait des drames familiaux, des histoires d'amour, la vie évolue change tout le temps et on est tout le temps en train d'essayer de capturer ces changements. On a toujours cet espoir que les choses évoluent. C'est ce qui me motive à faire des films et j'espère que je ne ferai pas tous mes films sur le même sujet, mais pour l'instant je suis à un moment de ma vie où c'est ce vers quoi je me tourne. »

 

Thème de ses films toujours autour de l'Identité (sociale) (sexuelle, double)

« Je pense que comme je suis du signe Balance, je suis toujours en train de peser ce qui est juste, ce qui est injuste et c'est de cette façon que j'ai été éduqué, à travers le confusionnisme et que je suis toujours à la recherche du bon équilibre. Raison et sentiments interrogeait aussi ce que le tigre à l'intérieur de vous, ce qu'il vous demande de faire. Dans mes premiers films, c'est plus à travers la satyre sociale que j'exprimais ça, puis je me suis dirigé vers des idées différentes, mais je Le Secret de Brokeback Mountain - Heath Ledger, Ang Leepense que celui-ci relève de ça aussi, à travers la famille indienne. Avec Le Secret de Brokeback Mountain, c'était l'identité sexuelle que j'interrogeais, je me suis d'ailleurs demandé si je n'étais pas fou de faire ce film, si quelqu'un n'allait pas m'abattre au beau milieu de la rue pour l'avoir réalisé. Mais je l'ai fait quand même. Un film est quelque part toujours lié à l'émotion, le point de départ en tout cas. Peu importe à quel point ce que vous faites est intéressant, il faut mettre votre cœur dedans pour que les gens puissent s'identifier. »


Par Camille Esnault (19/12/2012 à 11h14)
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