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Anna Karenine : la vie en russe

Anna Karenine - Keira KnightleyAprès Julien Duvivier et Vivien Leigh, Clarence Brown et Greta Garbo ou Bernard Rose et Sophie Marceau, c'est le duo Joe Wright et Keira Knightley qui s'attaque à l'oeuvre de Tolstoï, Anna Karenine. Un travail trop superficiel, qui nous fait oublier l'âme russe et passionnelle des autres adaptations.

 

Anna Karenine - Keira KnightleyJoe Wright, réalisateur de plusieurs adaptations ( Reviens-moi, Orgueil et Préjugés) s’attaque à un monument de la littérature, Anna Karenine, le roman fleuve de l’écrivain russe Léon Tolstoï. Un travail ambitieux qui se traduit aussi bien dans l’entreprise d’adaptation d’une telle œuvre, que dans la mise en scène que propose Joe Wright. Ambitieuse, c’est indéniablement ainsi que l’on peut qualifier la mise en scène de cet Anna Karenine. A travers la proposition initiale de Wright d’abord, celle de dérouler l’intrigue au centre d’un théâtre, la métaphore des interactions sociales vues comme des représentations constantes, prend vie et celle des personnages prend place au centre d’une scène, dans les coulisses ou encore dans la fosse avec les spectateurs. Cette dimension est encore plus appuyée par le fait que les scènes de campagnes se déroulent elles toutes au milieu de décors naturels. Dans ce monde vu comme un théâtre tout n’est alors qu’extravagance, sophistications, excentricité. Des tenues des personnages, à leurs danses ou encore les lieux qu’ils fréquentent, jusqu’aux effets de liaisons entre les plans stylisés à outrance, font du travail originel de Tolstoï, une œuvre baroque.

 

Anna Karenine - Keira Knightley, Aaron JohnsonLa puissance de l’intrigue d’Anna Karenine - le combat d’une femme pour sa liberté, la réflexion autour du pouvoir des sentiments sur la volonté de l’homme à travers la représentation de la vertu d’un mariage honnête opposé à la faute, d’une passion coupable, sur l’hérédité des valeurs et des biens matériels - est alors dissimulée derrière la démonstration formelle du réalisateur. Il a de fait de bonnes idées et propose un point de vue assez original et d’un rythme surtravaillé. Mais cette application au travail, traverse tout le long-métrage sans que le spectateur puisse l’oublier au profit de l’histoire racontée. La forme s’affiche en grosse lettre et nous rappelle aux souvenirs du Moulin Rouge de Baz Luhrmann. Mais là où Luhrmann réussissait à servir le fond par la stylisation de la forme, tout comme il l’avait déjà initié dans Roméo + Juliette avec les allusions à la scène théâtrale, Joe Wright laisse cette forme dévorer tout le propos. Il joue avec le feu en instaurant une illusion qu’il brise constamment en rappelant au spectateur que justement, elle n’est qu’illusion, artificialité.

 

Anna Karenine - Aaron JohnsonAnna Karenine perd de sa grandeur donnée par l’âme russe de son auteur, pour devenir une histoire d’amour parmi tant d’autres. Par tout ce qu’on a évoqué plus haut, mais également par le jeu trop figé et répétitif de Keira Knightley qui porte le film. Ses mimiques qui imitent les sentiments plutôt que de les transmettre, les ressentir et les faire ressentir nous lassent rapidement et se révèlent encore plus factices face au jeu tout en délicatesse d’ Alicia Vikander. Cette jeune suédoise, vue dans Royal Affair, éclipse totalement l’actrice britannique et offre avec, son partenaire Domhnall Gleeson, l’une des plus belles scènes du film, qui nous rappelle que Joe Wright vient d’un cinéma délicat et tout en retenue, qu’il a ici oublié quelque peu.


Par Camille Esnault (06/12/2012 à 15h09)
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