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À ne pas manquer : Parfum de Femme de Dino Risi

Parfum de femmeFer de lance d'une «comédie à l'italienne» dont il a été l'un de ceux qui lui ont donné ses lettres de noblesse avec Scola ou Monicelli, Dino Risi signe en 1975 un de ses plus beaux films où, derrière les rires cyniques du genre, se cachent mélancolie et solitude : Parfum de Femme.

 

 

Parfum de femme - Vittorio Gassman, Alessandro MomoAlors qu'il est en permission, le jeune soldat Giovanni ( Alessandro Momo, décédé tragiquement à la fin du tournage) est chargé de s'occuper du capitaine à la retraite Fausto ( Vittorio Gassman), qu'il doit accompagner pour un voyage tout au long de l'Italie, de Turin à Naples. Devenu aveugle et amputé de la main gauche après l'explosion d'une bombe, ce dernier est un homme acerbe, agressif, qui se plait à mal se conduire et être grossier en public - parfois sous couvert de son handicap - et dont l'infirmité lui a permis de développer un autre de ses sens : un odorat, quasi animal, avec lequel il est capable de déceler la présence des femmes dans les alentours grâce à leurs parfums. Commence alors pour ce duo improbable une virée grivoise et étonnante à travers le pays dont l'ultime destination est un mystère bien moins tendre...

 

Parfum de femme - Agostina Belli, Vittorio GassmanC'est dans la pure farce Italienne, si chère à Dino Risi, que semble débuter Parfum de Femme. Répliques cyniques et cinglantes («Le sexe, les cuisses, deux belles fesses : voilà la seule religion, la seule idée politique, la vraie patrie de l’homme» lance l'aveugle à son frère prêtre), comique de situation (celui qui voit le moins n'est pas toujours celui qu'on croit...), virées chez les prostituées de Gênes, on voyage dans une Italie de cinéma (filmée avec un académisme d'ailleurs étonnant), chaude mais cruelle, classique mais changeante. Mais finalement, quelque chose ne tourne pas tout à fait rond dans Parfum de Femme. Un arrière-gout de mélancolie vient alors peu à peu parasiter la bouffonnerie à laquelle on aurait pu s'attendre et laisse un grand vide derrière cette apparente virée macho et sans gêne, principalement grâce au talent et à la démesure du grand Vittorio Gassman, comédien fétiche de Dino Risi avec lequel il a tourné plus d'une dizaine de films et qui a reçu pour ce film, à l'occasion du festival de Cannes 1975, le prix d'interprétation masculine.

 

Parfum de femmeS'offrant toutes les libertés possibles dans ce rôle d'un homme diminué qui cherche dans la provocation et l'ironie des boucliers face au monde, Gassman crève l'écran, est à la fois charmeur et infect, souriant et détestable, handicapé et ignoble. Et quand nous apparaissent les vraies raisons du voyage de Fausto une fois à Naples, on découvre un homme perdu, se cachant derrière la méchanceté pour noyer ses craintes. Face à une Agostina Belli à l'abandon superbe, Fausto rejette ainsi l'amour qu'on lui offre, ayant trop peur qu'il ne soit motivé que par une pitié qu'il exècre et le ramène irrémédiablement à son infirmité.

 

Parfum de femme - Vittorio Gassman, Alessandro MomoRecevant son prix à Cannes, Gassman disait « Parfum de femme n’est pas une histoire de cécité, mais de solitude». Les dernières minutes du film, cruelles et mémorables en font finalement un «drame à l'italienne» à l'universalité telle qu'Hollywood en fera, en 1992, un remake avec Al Pacino, intitulé Le Temps d'un Week-End. Mais face à la dramaturgie pataude de cette américanisation, on préfèrera la fougue originelle signée Dino Risi.

 

Ce soir à 20h50 sur Arte.


Par Emilien Villeroy (26/11/2012 à 11h55)
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