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Albert Nobbs de Rodrigo García : Balzac et Zola s'en vont à Dublin

Albert Nobbs - Aaron Johnson, Mia WasikowskaAprès un thriller fantastique au succès mitigé ( Les Passagers) et un drame social récompensé ( Mother and Child), Rodrigo Garcia revient avec Albert Nobbs et une Glenn Close bien décidée à nous montrer qu'elle tient là le rôle de sa vie. Un film d'époque dont l'esthétique sobre sert bien le portrait de cette femme travestie en majordome pour gagner sa vie, mais qui nous laisse de marbre.

 

Albert Nobbs - Glenn CloseSi la critique a souvent reproché au réalisateur colombien un certain maniérisme, elle a toujours loué l'extrême délicatesse de son regard porté sur les femmes et qui magnifia le casting du bien nommé Ce que je sais d'elle...d'un simple regard, distingué à Cannes en 2000. Rodrigo Garcia confirme ce talent avec Albert Nobbs, sublimant l'étonnante Glenn Close, filmant chaque parcelle de son visage asexué, à l'affût des variations infimes de ce masque social tour à tour impassible et déchiré par la clarté d'une belle fragilité. Albert Nobbs, Glenn Close le connaît bien : elle l'a interprété au théâtre, dans les années 80, dans une pièce (La vie singulière d'Albert Nobbs) adaptée de la nouvelle d'un écrivain irlandais réaliste du 19ème siècle, George Moore. Habitée par ce rôle, l'actrice se mit en tête de porter la pièce sur les écrans et fit de cette obsession artistique le cheval de bataille de sa carrière.

 

Albert Nobbs - Jonathan Rhys Meyers, Mia WasikowskaSi la rencontre entre une (très grande) actrice et un (joli) rôle offre toujours un spectacle agréable, elle ne peut pas constituer l'unique intérêt d'un film, au risque de l'entraîner vers l'hagiographie un peu vaine. Rodrigo Garcia n'échappe pourtant pas à cet écueil : quoique le choix d'une mise en scène dépouillée s'avère tout à fait judicieux, accentuant les déboires du petit peuple qui s'active dans l'hôtel de Madame Baker ( Pauline Collins, parfaite en gérante cupide et condescendante), la cure d'austérité infligée à l'intrigue et aux personnages (vraiment) secondaires plombe le film, et le spectateur avec. Déguisement, misère et jeu des conventions sociales : il faut dire que le public a ingurgité cette pitance jusqu'à l'indigestion, l'étude du courant naturaliste en littérature constituant le passage obligé du lycéen en quête d'un goût esthétique et d'une culture bien française.

 

Albert Nobbs - Aaron Johnson, Mia WasikowskaBon élève, le film reconstitue avec fidélité l'Irlande du 19ème siècle : on y croise un maître d'hôtel économisant chaque centime dans l'espoir de s'acheter une petite boutique (Albert Nobbs), une femme de chambre déterminée à s'extirper de sa condition sociale (Helen, campée par Mia Wasikowska), et un homme de peine (Joe, campé par le mignon mais médiocre Aaron Johnson) lorgnant du côté de l'Amérique pour fuir la pauvreté et l'atavisme de l'alcoolisme. L'enjeu narratif est maigre : Albert Nobbs s'éprend d'Helen et commence à lui faire la cour, caressant l'idée d'en faire son épouse légitime, qui trônera derrière le comptoir de son échoppe. Joe, le petit ami, pousse Helen dans cette mascarade afin de presser la bourse de Nobbs et de financer le grand départ en Amérique. L'issue, prévisible, est un mélange de Nana et du Cousin Pons. Quelques rares moments d'émotion (l'essayage d'une robe, notamment) et le traitement subtil de la sexualité ne relèvent pas un film compassé vite oublié.


Par Elodie Vergelati (22/02/2012 à 12h01)
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