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Critique - Tête de Turc de Pascal Elbé

Pour une première mise en scène Pascal Elbé cogne dur, tape dans le mille. Sa peinture sociale sans concession sur une société se consumant de l’intérieur embrase les sens.

 

Tête de Turc - Pascal ElbéEst-ce la mode ? Faut croire. Qu’ils soient acteurs, comédiennes, tous, ou presque, veulent passer derrière la caméra. Ils se la jouent « réal », pensent être équipés pour, tant dans la forme que le fond. Seulement voilà, ce n’est pas toujours le cas, loin de là. Mais comme partout, il y a des exceptions, de bonnes surprises synonymes de révélation, voir Pascal Elbé. Déjà fort à son aise devant l’objectif, le comédien démontre sa puissance de feu l’œil collé au viseur. A partir d’un sujet délicat, celui de la vie en banlieue avec tout ce qu’elle englobe, intégration, rejet de l’autre, violence, drogue, flics, rapports parents-enfants, travail, désœuvrement … il prend aux tripes, canarde les préjugés, dégoupille des grenades dans les zones gardées par l’intolérance.

 

Une caméra proche du réel

Tête de Turc - Samir MakhloufA partir d’un cocktail Molotov jeté d’un toit sur un véhicule porteur d’un gyrophare, d’une voiture en feu, de son occupant, un médecin, luttant entre la vie et la mort, d’un frère flic désireux de retrouver les coupables, d’un adolescent tiraillé entre le désir de se dénoncer car responsable du méfait et le fait qu’il doit être décoré pour avoir, pris de remords, sorti des flammes le conducteur, le cinéaste en herbe ne mégote pas. Il cerne le propos, vise juste. Sa caméra colle au plus prés des doutes, des luttes. Que ce soient celles du jeune héros, de ses voisins, des autorités désireuses de récupérer le fait divers, d’une famille, celle de la victime, muselée par le poids d’un secret.

 

Tête de Turc - Roschdy ZemSe décrivant comme un oiseau exotique, Pascal Elbé parle avec justesse, avec le cœur du regard de l’autre, des méfaits du mépris, des difficultés de toute intégration, des répercussions d’une politique battant de l’aile, privée de direction. Désireux ne pas juger, il filme à fleur de peau. Sans rien lâcher, il cogne pratiquement à mains nues sur la faculté que l'on a à se laisser enfermer par son éducation, ses principes, sa religion. Le cinéaste appuie sur le détonateur d’un égoïsme croissant, effrayant, d’un refus d’écouter et donc de tenter de comprendre l’autre. Ce fils de rapatrié d’Algérie connaît le prix de la différence et le dénonce sans haine, ni caricature. Avec une caméra volontairement tremblante, hésitante, guidée par l’urgence, il zoome sur la difficulté qu’il y a à choisir, à ne pas se laisser embrumer l’esprit.

 

Un casting qui fait mouche

Tête de Turc - Samir MakhloufEn composant son casting, il aurait pu se fourvoyer. Erreur ! Sa mise en scène est servie par un jeune acteur Samir Makhlouf renversant de fragilité, miné par les répercussions de ses actes. Par un Roschdy Zem écartelé entre son désir de vengeance, la loi, une culpabilité étouffante transmise par des parents refusant de cracher le morceau. Par une Ronit Elkabetz estomaquante de sincérité en mère étrangère refusant de baisser les bras désireuse de s’intégrer. Devant et derrière la caméra, Pascal parle de l’actualité de milliers de gens, de leur quotidien englué dans une incompréhension galopante, une peur grandissante.

 

Il y a du James Gray chez Pascal Elbé, l’humain avec un grand H occupe le terrain. Impossible après cela de le prendre comme Tête de Turc, au contraire.


Par Gwen Douguet (31/03/2010 à 11h14)
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