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Inutile de tergiverser, les choses ne s’arrangent guère du côté de la Potsdamer Platz. La compétition continue de creuser le sillon d’une programmation en dents de scie où les rares bonnes surprises ne parviennent plus à atténuer un sentiment persistant de déception. Certes nous n’en sommes qu’à la moitié de la Berlinale, mais les festivaliers savent par expérience qu’une impression mitigée au départ est presque toujours difficile à faire oublier. Et cette cinquième journée de mardi aura - s’il en était besoin - illustré ce constat.
Après l’épique Indigènes et avant d’entamer le tournage de la suite de ce gros succès public, Rachid Bouchareb a donc tourné London River, fiction centrée sur les attentats de 2007 survenus dans les transports en commun londoniens. Elizabeth ( Brenda Blethyn), petite femme replète, à la voix aiguë, bavarde et catholique, est à la recherche de sa fille qui n’a plus donné de nouvelles depuis le jour fatidique. C’est dans ce contexte douloureux qu’elle croise la route d’Ousmane (extraordinaire Sotigui Kouyaté) dont le fils a également disparu. Un homme qui est son plus absolu contraire : noir, spectral, mutique et musulman. Une opposition qui, poussée ici à son plus parfait paroxysme, ressemble fort à une certain manichéisme démonstratif dont on redoute un temps qu’il ne contamine toute l’écriture. Sauf que Bouchareb, à force de filmer de loin ses héros dans leur quête hagarde, méthodique et mécanique traversant des lieux impersonnels (commissariats, hôpitaux, morgues), cueille l’émotion à contre-pied, préférant la laisser le plus souvent affleurer au détour d’une scène sans enjeu apparent.
Serait-il possible de conseiller les cinéastes ayant le désir de se coltiner à l’adaptation d’un grand classique de la littérature de filmer celle-ci dans des décors entièrement nus et des acteurs en tee-shirt ? Cela leur éviterait la tentation de ne construire leur cadre que dans l’unique but de rendre hommage à tous les corps de métiers ayant participé à l’élaboration du décor et des costumes. C’est le piège dans lequel fonce tête première le pourtant non débutant Stephen Frears avec Chéri, adapté de Colette. Un roman féroce réduit ici à des répliques qui se voudraient étincelantes et pleines d’esprit, mais qui perdent vite de leur saveur car diluées par une réalisation qui ne connaît que les plans larges et ne se donne même pas la peine de faire un quelconque effort de subtilité. Et, pire que tout, semble des désintéresser complètement de ses personnages. Une approche purement illustrative et une absence de point de vue empêchant au final de révéler la moindre cruauté tragique derrière la légèreté futile de ce monde du Paris des années 20. Ce qui est pourtant le cœur de cette histoire.
Voir les photos du Festival de Berlin 2009.
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