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Lee Isaac Chung : pour ne pas oublier

  • Lee Isaac Chung : pour ne pas oublierQuinze ans après le génocide rwandais, Lee Isaac Chung, fils d'immigrés coréens installé aux Etats-Unis, revient sur les racines de ce drame avec son premier long-métrage Munyurangabo. Offrant une réflexion intense sur l'histoire rwandaise, ce cinéaste nous éclaire sur l'importance pour cette jeunesse de ne rien oublier. Témoignage.

     

     

  • Par Laure Croiset (06/10/2009 à 15h32)
Pourriez-vous nous présenter votre parcours avant de réaliser ce premier long-métrage ?

J'ai suivi deux ans de formation dans une école de cinéma avant de réaliser Munyurangabo. Mon temps se partage à présent entre la production de films éducatifs pour une société privée et la réalisation de projets cinématographiques plus personnels.

 

Présentez-nous les circonstances dans lesquelles Munyurangabo est né.

Au cours de l'été 2006, Samuel Anderson, Jenny Lund (coscénariste et coproductrice du film, ndlr) et moi avons donné des cours de mise en scène et de photographie dans un camp humanitaire chrétien, le YWAM basé au Rwanda. En association avec cette organisation qui travaille beaucoup avec les enfants des rues et les jeunes à problème, nous avons produit Munyurangabo en tant que projet pour une classe de quinze étudiants rwandais. Nous avons ainsi permis aux orphelins du génocide, aux réfugiés de retour, aux fuyards, aux incultes et aux pauvres de ce pays de participer au casting et à l'équipe du film.

 

Où avez-vous rencontré les acteurs de Munyurangabo ?

Les acteurs ont tous été castés selon différents moyens. L'improvisation était un excellent moyen pour percevoir le personnage que nous souhaitions avoir à l'écran. Par exemple, pour le rôle du père et de la mère, nous avons été conduit jusqu'à la campagne et nous avons rencontré ces fermiers ruraux d'une grande précarité. Pour nos deux personnages principaux, nous les avons trouvés dans leur lieu de vie, c'est-à-dire dans des ghettos et dans la rue.

 

Pourquoi croyez-vous fermement à l'improvisation avec vos acteurs ?

Peut-être que j'aurais aimé qu'ils apprennent des lignes de texte si j'avais été capable d'écrire directement en kinyarwandais et si je m'étais senti capable d'écrire des dialogues crédibles et authentiques dans cette langue. Comme ce n'était pas le cas, il était plus important pour moi que les acteurs apportent leur propre manière de parler à leur jeu.

 

Comment s'est passé le tournage de ce film, dans une langue qui n'est pas la vôtre, dans un pays qui n'est pas le vôtre ? Avez-vous été déstabilisé ?

Pour être honnête, le problème de la langue ne fut pas le plus difficile. Il fallait faire preuve de patience et de bonne humeur tout au long de l'aventure. C'était impossible d'être juste 100 % du temps et de travailler à un rythme effréné. Mais ça a permis une attention constante sur chaque mot prononcé, qu'il soit répété deux fois, voire plus. A chaque problème présenté, il y avait sa solution. Dans un contexte où tout le monde parle le même langage, je pense qu'il y a aussi souvent de la place pour des zones d'incompréhension. Là, avec ce croisement de culture, il y avait la place à la surprise des deux côtés et nous pouvions discuté pour aller dans le même sens.

 

Ce film est un film sur la mémoire. Comment les acteurs ont-ils été confrontés à leur propre histoire ?

J'ai demandé aux acteurs de se sentir libre d'apporter leurs propres souvenirs et ce qu'ils souhaitaient partager. J'ai trouvé qu'au final, les acteurs s'étaient tous engagés dans une réflexion sur eux-mêmes et leurs souvenirs. En même temps, les situations dans lesquelles je les ai plongés ont permis aux souvenirs de se révéler.

 

Quel impact souhaitez-vous que ce film ait ?

Comme vous le disiez, Munyurangabo est un film sur la mémoire. Et j'espère que ce film participera à faciliter ce travail de mémoire.

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