Cube en a fait l’un des chouchous de la sphère SF. Nourri au sein de « Métal hurlant », Vincenzo Natali reviendra dans quelques mois avec Hybrid, son nouveau bébé, dans lequel Adrien Brody et Sarah Polley donnent le meilleur d’eux-même et le pire de la science. Interview et premières photos exclusives.
Oui. Cela fait plus de 10 ans que je travaille de manière sérieuse sur ce film. J’ai failli le faire en 2000, juste après Cube. J’ai bossé intensément pendant un an sur le design, le storyboard, et j’étais prêt à tourner. Mais au dernier moment, le producteur canadien a jugé le film trop cher pour lui. J’ai bien cru qu’il ne verrait jamais le jour, car il est très ambitieux, et très peu de gens sont capables de permettre à un film comme celui-ci de se faire.
Je pense que tous les films sont faits pour de mauvais raisons. C’est la nature de ce business. Personne ne fait un film pour la beauté de son scénario, ou pour les gens qui y sont impliqués. Cela peut être l’une des raisons, mais pas LA raison ! (rires) C’est toujours quelque chose de beaucoup plus stupide. Si les vaches sont à la mode cette année, alors on va faire un film sur les vaches. C’est comme ça que ça marche. Et dans le cas d’Hybrid, je pense que c’est grâce à la grève des scénaristes. Elle était imminente. Nos financiers n’avaient que deux options. Soit faire le film immédiatement, ou alors, ne probablement jamais le tourner. S’ils n’avaient pas été forcés par les circonstances, ils auraient attendu, attendu, et le film n’aurait jamais vu le jour.
Un ensemble d’événements concomitants a permis ça. Dans un certain sens, Hybrid était prédestiné à être filmé aujourd’hui. S’il avait été tourné 10 ans plus tôt, la technologie n’aurait pas été au point, et moi-même, en tant que réalisateur, je n’aurai sûrement pas été en mesure d’exploiter convenablement le sujet. Surtout, il y a 10 ans, la science n’était pas prête. Les concepts développés dans le scénario étaient dignes de la science-fiction. Mais la génétique a fait de tels progrès, qu’elle a rattrapé ma fiction, et que les sujets abordés sont plus que jamais d’actualité. Je pense que c’est l’accumulation de ces trois facteurs, plus quelques coïncidences heureuses, qui ont placé ce projet dans les bonnes mains, lesquelles ont rendu Hybrid possible.
Vous avez raison, mais ce n’est pas conscient. Je pense être fasciné par le monstre qui dort en chacun de nous. Dans un sens, ils sont plus terrifiants que ceux que vous pouvez imaginer dans un film d’horreur. C’est d’ailleurs l’idée centrale du film : les gens qui imaginent la créature sont finalement plus effrayants que la créature elle-même. Et ils le sont encore plus quand ils ont l’air sympa. C’est pour ça que j’ai choisi Adrien Brody et Sarah Polley. Quoiqu’ils fassent, ils inspirent la sympathie.
Totalement. J’ai grandi avec le Frankenstein de James Whale. Et jamais je n’en ferai un remake. Ces films appartiennent à leur époque, et ont une sensibilité légèrement gothique, ce qui n’est pas mon rayon. Mais j’étais intéressé par l’idée de prendre quelques codes de ces films, et de les moderniser. En fait, ce qui m’a inspiré, ce n’est pas un film, c’est une souris. Une souris qui, suite à une expérience génétique, s’est vue transplanter une oreille humaine sur le dos. Ce n’était évidemment pas une vraie oreille, mais une structure synthétique en polymère. La souris a ensuite développé des tissus, qui auraient pu permettre une greffe sur un humain. Les scientifiques ont fait cette expérience pour prouver que si vous perdez une oreille, vous pouvez en faire pousser une sur une souris et vous la faire transplanter. C’était une image choquante ( visible là, beurk, NDR). Comme une peinture de Salvador Dali. J’ai instantanément senti que je tenais là une idée pour un film. Je n’avais donc pas en tête Frankenstein, Mary Shelley, et le mythe prométhéen, même si finalement, ça a transcendé ces thèmes.
C’est aussi la preuve que je suis un scénariste extrêmement lent, les scientifiques ayant pris moins de temps pour séquencer le génome humain que moi pour finir mon scénario ! (rires) C’est également la démonstration des progrès exponentiels et fulgurants de la science.
Il y a plusieurs types de films de monstres. L’un de mes préférés est Alien, de Ridley Scott, qui est quasi parfait. Mais Hybrid n’a rien à voir avec ça. Dans Alien, le monstre n’est pas en nous, il est tapi dans l’ombre et nous menace. Dans mon film, le monstre est l’être humain. C’est presque une pièce dramatique, le film comportant très peu de personnages – il n’y a que cinq rôles « dialogués ». D’un côté, c’est effectivement un film de créatures. D’autant qu’il y en a plus à l’écran dans Hybrid que dans bon nombre de films du genre. Mais c’est aussi, et à part égale, un triangle amoureux. Et plus le film avance, plus l’émotion grandit… L’une des raisons pour lesquelles je voulais tourner ce scénario immédiatement après Cube, c’est que Cube racontait l’histoire d’un groupe de gens innocents face à un dilemme horrible, au point de perdre leur innocence. Celle d’Hybrid vient de ses personnages, de leurs besoins. Ils sont directement responsables de leurs destins. Sous de nombreux aspects, je trouvais que c’était intéressant à explorer. Et je pense que ce qui fait la spécificité du film, c’est que le monstre est né du désir d’Elsa, la scientifique, d’avoir un enfant, ce dont elle est psychologiquement incapable. Au final, c’est aussi intéressant de voir quelqu’un créer un monstre, que de voir ce même monstre traquer un personnage.
La scène du laboratoire, dans laquelle le « face hugger » est caché dans le labo dans Alien ? Oui, j’y ai pensé. C’est un hommage dans la mise en scène mais aussi sur le fond, avec la notion de créature et de métamorphose. Je pense que Dren est d’ailleurs un lointain ancêtre du xénomorphe d’Alien. Et d’une certaine manière, c’est l’histoire d’Alien du point de vue de l’alien. Hybrid est un… hybride de nombreuses influences, Alien n’étant que l’une d’elles. J’espère surtout que le résultat global va au-delà d’une collection de scènes hommages.
Le triangle amoureux est le moteur du film, sa raison d’être. La complexité de la relation entre les créateurs et leur créature fait naviguer Hybrid dans des eaux à la fois troubles et excitantes.
En apparence, la relation entre Clive et Elsa d’un côté, et Dren de l’autre, est simple : elle est purement scientifique. Ils veulent élever la technologie à un niveau jamais atteint et voient en Dren un moyen d’inventer de nouveaux traitements. Mais les motivations profondes de la curiosité scientifique sont complexes, et très personnelles. Dans le cas d’Elsa, cela vient d’une enfance malheureuse, et d’une relation difficile avec une mère abusive. Ce qui l’a d’ailleurs empêché d’avoir des enfants avec Clive. En créant Dren, Elsa découvre un autre moyen de satisfaire son instinct maternel. Elle se révèle capable de maîtriser une situation, dont elle aurait perdu le contrôle en temps normaux. Comme Clive le lui dit à un moment dans le film, « Tu n’as jamais voulu un enfant, mais une expérience, ce n’est pas la même chose. » Clive, de son côté, ne voit pas Dren comme sa fille. Mais en grandissant, elle développe une beauté exotique, et surtout une sexualité latente, perverse, qui va aboutir à une situation tenant autant du triangle amoureux que du drame familial. C’est incestueux, œdipien, terrible en tous points… Et il en ressort que les humains peuvent avoir des comportements plus monstrueux que les monstres eux-mêmes. C’est ce qui distingue Hybrid des autres films de monstres.
Hybrid, à mon sens, va là où aucun film d’horreur n’a jamais été. Le triangle amoureux est un élément permanent du film. Réellement. Les personnages ont des relations très… proches avec la créature. Je trouve ça dangereux. C’est d’ailleurs, à mon avis, l’une des raisons qui ont fait que le film a mis 10 ans à se monter. Aucun studio ne voudrait financer un film comme celui-ci, où l’idée d’une relation sexuelle entre un humain et une créature est clairement évoquée. Je pense que c’est une part non négligeable, et éternelle, de notre psyché. C’est ce qui me fascine dans les champs qu’ouvrent aujourd’hui la technologie. Les concepts de Centaure, de Sirène, existent depuis des siècles. Et aujourd’hui, nous sommes dans la position de pouvoir donner le jour à ces créatures. Après tout, en Grande-Bretagne, ils ont déjà créé des hybrides mi-humains mi-animaux, même s’ils n’ont pas dépassé le stade embryonnaire. J’étais très intrigué par une question : qu’arriverait-il si la technologie arrivait à faire sauter dans nos esprits les verrous de portes fermées depuis des siècles ? Je crois que derrière ces portes se cache l’idée d’un désir mutuel d’accouplement avec quelque chose de non-humain. Peut-être est-ce lié à l’évolution, à notre souhait d’évoluer ? C’est un archétype du désir dans le Fantastique. Et c’était réellement excitant pour moi de traiter un sujet aussi ancien et ancré dans nos subconscients, afin de lui donner une réalité scientifique.
Je n’aime pas cette métaphore, trop facile, mais ce film a été pour moi une renaissance. Pour la conception d’un être humain, il faut des millions de spermatozoïde pour en voir un atteindre l’ovule, et donner naissance à un bébé. C’est un peu ce qui s’est passé avec Hybrid. Beaucoup de gens ont tenté de monter le film, mais sans succès. Et il y a trois ou quatre ans, j’ai rencontré Guillermo Del Toro au cours d’un festival, qui m’a dit « Tu sais mec, j’aimerais bien produire un film pour toi ». J’ai pensé à Hybrid. Je n’ai pas osé lui en parler à l’époque, mais quelques temps plus tard, via un autre producteur, Don Murphy, le script lui est parvenu. Et il a décidé de le produire. En parallèle, le film avait été proposé à Gaumont, que je connaissais, et à Steve Hoban, un producteur canadien. Bien que personne ne se connaisse, ils ont trouvé un moyen de travailler tous ensemble. Résultat : le film est hybride ; c’est une production franco-canadienne. Il a de nombreux pères et mères. Guillermo n’a pas eu une implication directe forte dans le film, mais le fait que son nom y soit associé l’a crédibilisé. Tous ceux qui croyaient avoir affaire à un énième film d’horreur ont considéré les choses autrement dès qu’ils ont eu connaissance de sa participation.
Adrien est une bénédiction, car il réunit toutes les qualités. Il est connu, bien sûr, et excellent acteur, mais surtout, il dégage de la sympathie, de la sensibilité. Normalement, son personnage devrait apparaître méprisable. Mais lui le rend séduisant. Il a en plus l’âge idéal. Ni trop vieux ni trop jeune. Les castings de Clive, Elsa et Dren ont été les décisions les plus critiques à prendre. Voire les plus effrayantes. Le film étant franco-canadien, on devait avoir dans l’un des rôles principaux un canadien ou un européen. Nous n’avions pas le droit d’avoir deux américains. Et quand vous devez trouver une femme pour incarner une généticienne, d’un âge compris entre 27 et 35 ans, il n’y a, dans le monde entier, que quelques personnes capables de bien faire le boulot. Donc ça a été difficile. Et comme nous avions Adrien, ce devait être une canadienne ou une européenne. Bizarrement, il y a dix ans, même si elle était très jeune à l’époque, Sarah Polley était sur ma short-list.
En fait, la question ne s’est jamais posée. D’une part, car cela aurait coûté beaucoup trop cher, d’autre part jamais nous n’aurions obtenu une créature à laquelle le spectateur puisse se lier émotionnellement. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour utiliser de vrais gens ou des effets spéciaux mécaniques. Je suis un grand fan des effets spéciaux numériques. Mais j’ai le sentiment qu’ils sont toujours mieux utilisés quand ils ne sont pas là pour mimer le réel, surtout dans un film comme celui-ci. Je ne voulais pas que Dren soit fantastique. Si Gollum fonctionne dans Le Seigneur des Anneaux, c’est qu’il s’agit d’un film d’heroic-fantasy, et que dans un monde comme celui-ci, on accepte de voir ça. Un peu comme les films de Ray Harryhausen. Les créatures n’ont pas besoin de paraître réelles pour fonctionner. Mais dans Hybrid, on part du postula que Dren pourrait vraiment exister. J’ai toujours dit à l’équipe que nous ne faisions pas un film de science-fiction. L’histoire se déroule de nos jours, ou tout comme, et quand vous voyez les laboratoires du film, ils ne sont pas impressionnants. J’ai bien veillé à ne pas construire un labo de génétique hollywoodien, mais plutôt un lieu bien ancré dans la réalité. J’ai passé du temps dans ces endroits pendant que je faisais des recherches pour le film, et ils ressemblent peu ou prou à une classe de sciences d’un lycée. C’est un peu « cracra », et le matériel se résume à des éprouvettes, des réchauds, des frigos. Il y a finalement peu d’équipements high-tech. J’ai donc voulu être fidèle à ça, pour que les spectateurs ressentent bien qu’on est dans notre univers, et que la créature que l’on va voir est bien réelle. Quand nous avons casté Dren nous savions donc que ce serait une étape cruciale.
La beauté - mais pas dans le sens où nous l’attendons - et un peu d’androgynie. Finalement, on marche un peu sur un fil, car j’aimerais que les spectateurs, homme et femmes, soient attirés par Dren, et que, quelque soit leur sexe, ils se sentent un peu coupables. L’équilibre était donc difficile à créer : si on allait trop loin dans son côté monstrueux, elle pouvait devenir répulsive, mais si on accentuait son côté humain, alors elle ne l’était pas assez. C’est le mariage délicat de ces deux émotions que Dren devait personnifier. Et Delphine Chaneac possède ses qualités. C’est une très belle femme, mais elle a ce quelque chose d’un peu androgyne, un peu comme David Bowie, qui lui donne à mes yeux un je ne sais quoi qui n’est pas humain. Je suis sûr qu’elle va vers son androgenèse. (rires) Comme l’espèce humaine d’ailleurs ! Je suis sûr qu’un jour, elle va muter vers une forme polymorphe… Dren, dans mon esprit, est la prochaine étape de l’évolution. Pour autant, je ne savais pas vraiment ce que je cherchais. Finalement, je ne l’ai su qu’en la voyant. Ironie de la chose, quand je suis venu à Paris pour le casting, la première personne qui est entrée dans la pièce est Delphine. Mais c’était trop beau, alors je me suis senti obligé de voir d’autres personnes. (rires) Pour finalement revenir à elle. Elle est incroyable. Elle a effectué une performance inouïe.
En fait, on ne l’a pas prise tout de suite. Elle est venue à Toronto. Evidemment, on ne lui a pas rasé la tête, mais elle a porté une prothèse chauve et joué le rôle. L’équipe des effets spéciaux était là pour faire des tests et des photos, car on devait poursuivre le travail de conception autour d’elle. Ça n’est qu’après tout ça que j’ai décidé qu’elle serait Dren. Je l’ai aussi fait pour tester sa résistance physique, car c’est un rôle très exigeant de ce point de vue, et il me fallait quelqu’un à la hauteur.
En dehors de Dren bébé, c’est un mélange d’humain, de digital, et de prothèses. Et j’ai toujours su que ce serait le cas, même il y a 10 ans. D’ailleurs, à l’époque, j’avais déjà fait des essais avec une actrice… Tout est dans la subtilité. Comment doit-elle marcher par exemple ? Sur ces pieds ou non ? Jusqu’où devait-on aller ? Finalement, nous avons pris ce que je pense être une bonne résolution. Nous avons décidé d’en faire le moins possible. D’enlever plutôt que d’ajouter. Dans la plupart des films de créatures, on part d’une forme humaine, et on y ajoute des choses. Or, il nous a semblé plus intéressant d’en enlever, et d’en changer d’autres de manière subtile. Je pense que si vous modifiez très légèrement un visage humain, comme nous l’avons fait avec Delphine, le résultat est plus choquant que si vous faites de grandes modifications. C’est un peu devenu notre devise et cela donne le ton du film.
Dren doit en effet inspirer les deux. Tout est question de dosage. Je ne voulais pas faire E.T., même si, je ne peux pas le nier, il y a un peu de lui dans Dren. Je voulais que la créature puisse être mortelle. C’était essentiel. Je pensais aussi qu’il était important que Clive et Elsa donnent naissance à une créature anthropomorphe, afin qu’on ne sache jamais vraiment ce qui peut se passer dans l’esprit de Dren.
Ginger et Fred sont comme deux gros organes sexuels, pourvus chacun de caractéristiques masculines et féminines. C’est un choix délibéré, supposé rappeler aux spectateurs que la reproduction est la force motrice de la vie. C’est la « fonction première » de tout organisme. Y compris Dren et les scientifiques, Clive et Elsa. Ce qui m’intéressait dans Hybrid, c’était de voir ce qui se produit quand les émotions et les désirs sexuels rentrent en conflit avec notre développement technologique. En tant que scientifiques, Clive et Elsa sont supposés être émotionnellement déconnectés de leurs expériences, mais cela s’avère impossible. Et nous voyons combien, en tant qu’humains, nous sommes guidés par des besoins existentiels profonds…
Hybrid l’est également un peu. Mais j’ai essayé de m’effacer devant le film. Je ne voulais pas d’une mise en scène trop stricte. Cypher, à mon sens, était presque un exercice de style expressionniste. Car c’était ce que l’histoire demandait. Mais là, j’avais peur qu’une mise en scène trop symétrique n’éloigne le spectateur. J’ai pris cette décision pour le meilleur comme pour le pire. Difficile de savoir. C’est toujours effrayant, car pour moi, il est plus difficile de tourner de manière conventionnelle que d’être excentrique. Mais j’ai tenté de museler mes désirs de geek.
Le film est divisé en deux univers : le laboratoire, et la grange, qui est la maison de Dren. Deux lieux antithétiques. Le labo est tel qu’on imagine ce genre d’endroit, tout en froideur, tandis que la grange est chaleureuse, organique. Je trouvais que ça reflétait bien l’essence de l’histoire : ils ont créé quelque chose qu’ils pensaient pouvoir contrôler, comme tous les scientifiques, mais évidemment, la vie est plus complexe que ça. Et l’existence de Dren impacte non seulement le monde mais aussi leurs vies. Le film suit donc l’évolution de Dren, depuis l’univers hermétique du laboratoire jusqu’au monde organique et ouvert de la grange. Jusqu’à finir dans la nature.
Complètement. Même si le film se déroule dans un univers clos, on a vraiment l’impression d’une progression, d’un monde à un autre. Je l’ai vraiment ressenti avec Cube. En changeant la couleur de la pièce, on avait l’impression d’avoir changé d’endroit. Je suis totalement conscient que les histoires impliquant un petit nombre de personnages ont besoin d’évoluer visuellement.
J’avais déjà travaillé avec lui sur le segment de Paris, je t’aime. Je voulais éviter au film un côté bande-dessinée, et lui offrir une certaine richesse. Et Tetsuo est connu comme le « Prince des Ténèbres ». Il n’a pas son pareil pour donner de la texture à la pénombre. Donc il m’a semblé tout désigné.
Ça ne fait aucune différence. Car c’est 100 fois plus gros et difficile. Voire 200. Honnêtement, la chose la plus dure que j’ai faite dans ma vie est Cube. Je n’irai pas jusqu’à dire que tourner Hybrid, avec l’argent dont nous disposions, a été aussi difficile, mais ça n’en a pas été loin. Vraiment. Car Dren ne vit pas terrée dans l’ombre. On ne peut pas tricher avec elle. Ridley Scott, avec toute son intelligence, ne montre l’alien que quelques secondes par-ci par-là, un peu comme Steven Spielberg le fait avec le requin dans Les Dents de la mer. C’est une technique classique. Mais Dren ne peut pas être cachée dans un coin sombre. C’est donc un effet spécial permanent de la 20e à la 120e minute du film, qui a absorbé la plus grande partie de nos 27 millions. Et il devait en être ainsi, car Dren se devait d’être parfaite. J’espère qu’elle l’est. Je touche du bois ! (il tape la table devant lui) La réalité est que quand nous avons commencé le film, nous ne savions pas comment nous parviendrions à le finir avec l’argent dont nous disposions. Chaque image a son prix, et chacune a compté. Certains disent connaître chaque image de leur film. Eh bien moi, c’est chaque pixel ! (rires)
Ça me tue de dire ça, mais je me dis que les restrictions vous forcent toujours à prendre de grandes décisions, et que celles-ci vont toujours dans le sens de l’histoire du film. Donc, finalement, je suis convaincu que tous ces petites gourmandises qui me feraient grimper au ciel en tant que réalisateur ne sont rien, à la fin de la journée, en regard de l’importance de l’histoire et des personnages. C’est ce qui fera que le film fonctionne auprès du public.
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