Originaire de Dreux, « montée » à Paris, Catherine Corsini flashe sur son futur métier de réalisatrice en croisant des étudiants en cinéma. Jean-Luc Godard, Wim Wenders, Lars von Trier finissent de convaincre la jeune femme de passer derrière la caméra. Le septième art lui doit Poker, La Nouvelle Eve, La Répétition.... et aujourd'hui Partir avec Kristin Scott Thomas, Sergi Lopez et Yvan Attal. Moteur!
J’aborde effectivement ce sujet à travers tous mes films. Des femmes prennent le dessus dans celui que je prépare. J’essaie en fait de comprendre ce qui les anime, ce qui les met en branle, les touche. Je pars toujours de personnages féminins. Avec le dernier film je me suis demandée ce qui pourrait arriver à une femme mariée depuis des années dont la vie se déroule tranquillement et qui tout à coup voit son existence basculer. Elle a un bien-être matériel, les enfants sont grands, a envie de retravailler, une porte s’ouvre, un homme apparait et elle part. J’avais envie d’ausculter cette mutation, ce nouveau départ, ce rapport à un amour physique.
Le cinéma est fait pour être un peu au-delà de la vie, pour nous faire rêver à partir de situations quelque peu paroxystiques. Il faut que cela soit un peu emblématique de quelque chose d’un peu singulier avec des personnages qui se dépassent, se révèlent. Si il y a un cinéma plus réaliste, j’aime être dans celui qui raconte une histoire un peu au-dessus de la vie. C’est en cela que j’aime les films de Truffaut, le romanesque. C’est également la raison pour laquelle j’ai chois Kristin Scott Thomas, à cause de son côté hitchcockien. Elle a un petit plus, permet une représentation de la femme au-dessus des autres.
Je l’ai très vite convaincu en la rencontrant. Mais par moment certaines scènes se sont mises à la heurter, comme celles de l’abandon de ses enfants, quelques scènes d’amour, celles laissant entendre qu’elle n’a pas de remords. L’acteur vous donne sa confiance et tout d’un coup hésite. Le réalisateur souffle le chaud et le froid ce qui n’est pas toujours simple.
J’aime bien les bousculer. Je suis assez contente de moi pour la scène où elle dit à son amant de lui demander de partir. Elle ne sait plus si il joue ou pas. Au début elle la jouait de manière trop mécanique et puis n’en pouvant plus de la refaire, il y a eu comme un abandon. Ils ont lâché prise. C’était gagné. L’on cherche, l’on patauge et tout d’un coup un acteur lâche quelque chose, cela ressemble un peu à une partie de pêche quand, tout à coup, le poisson mord à l’hameçon. Bousculer est aussi ma manière de fonctionner, avec son charme et ses limites. Il me faut sentir l’investissement de tous, à moi de réussir à filmer ce qui nous rassemble.
Il est certain que s’est difficile, douloureux. Les acteurs ont souvent envie de jouer et quand ils le font se sentent protégés par ce quelqu’un d’autre qu’ils interprètent. Essayant d’obtenir plus, aimant chercher là où cela fait mal, ils peuvent se braquer un peu. J’aime qu’il y ait une profondeur, que le spectateur découvre un peu de la personnalité de l’acteur. Entre un personnage et un acteur il y a quelque chose de très mince, la paroi est infime, cela révèle un peu ce qu’ils sont.
J’aimais bien qu’il y ait cette dimension sociale, que le spectateur puisse voir le côté un peu féministe du propos de cette femme qui appartient à son mari, a beaucoup de choses matérielles satisfaisantes et qui, quand elle se décide de partir, se rend compte que son époux tient tout. Qu’elle est coincée, que tout sera compliqué. C’est un notable et elle a beau avoir élevé les enfants, aider, elle se retrouve dans l’adversité. L’homme dont elle est amoureuse est un déplacé, travaille au black, a fait un peu de prison. Le film montre qu’il est plus facile d’être du bon côté du manche.
Absolument, elle est en plus anglaise et lui espagnole.
Cette femme est à un âge où ce qui l’a satisfait pendant des années ne lui correspond plus. Elle a l’impression d’être passée à côté de quelque chose d’essentiel, d’important, loin de tout ce qui apporte son mari. Elle va donc vers quelque chose de plus épurer, de plus simple et qui lui fait du bien. Si ce n’est qu’il est difficile de vivre seulement d’amour et d’eau fraîche.
Il y a quelque chose de cela. Je voulais qu’il y ait un rapport à la sensualité, à l’épure. Dans la montagne, dans leur une cabane, ils sont débarrassés de tout les discours, de toutes les choses matérielles, nous sommes dans le romantique.
Oui, parce qu’il y a une espèce d’aliénation à la famille, au couple, au schéma classique d’appartenance un peu bourgeoise et tout d’un coup elle va vers l’obscure, l’épure, découvre des moments gracieux nés de ce rapport très pudique que peut avoir Sergi et en même temps très enveloppant, très englobant. En basculant, elle commence à casser cette espèce de carapace, de dureté.
Le mari a une manière de fonctionner classique. Il est dans la logique des signes extérieurs de richesse, odieux mais sincère. Il est affreux mais il souffre. C’est sa manière d’aimer. Plus il est aculé et plus il devient horrible, c’est sa seule défense. On le voit dans beaucoup de des couples ce qui nous amène à nous demander comment ils peuvent en être arrivés à se détester autant. Mon couple est traditionnel, correspond à l’establishment en province, à une certaine représentation. Ils ont la quarantaine et un peu plus. L’épouse choisit l’émancipation, le retour à l’adolescence, une vie qu’elle n’a jamais connu, chose que l’on voit plus souvent du côté des hommes. C’est en cela que le film a peut-être un côté féministe.
Ceux avec le mari sont violents. Ils s’attrapent, s’écharpent et il y a des scènes de corps, d’amour, de nudité, de tendresse, de plaisir, de bonheur, de sensualité, de pudeur.
Tout à fait. C’est découvrir des acteurs que je ne connaissais pas, un petit bout d’Espagne, la ville de Nîmes, monter une mayonnaise et se demander si elle va prendre. Avec Partir, tout se passe aussi dans la manière de filmer, il fallait être très simple tout en étant dense, arriver à faire que cette histoire arrive de manière inéluctable. J’ai travaillé un peu sans filet, sur l’os et à chaque fois l’on découvre. J’avais de vraies passions sur ce film, pour les décors, les endroits, les choix de ce que cela allait raconter. Pour la première fois, l’environnement m’a autant porté que les acteurs. J’avais envie de les mettre dans ces lieux.
Faire des films a quelque chose d’intense. C’est mettre une grande partie de sa vie dans la balance, un moment fort qu’l ne faut pas louper. Il faut que cela reste exigeant sans être douloureux. Il importe qu’il soit synonyme d’enrichissement, que l’on n’en sorte pas complètement indemne. C’est aussi pour cela que j’aime les gens en porte-à-faux.
Complètement.
Oui ! Le film leur donne, je crois, quelque chose. J’espère ne pas les avoir dérangés pour rien. Il s’est passé quelque chose mais comme le dit Truffaut l’on peut être très sincère et faire une merde. Il faut en conséquence une certaine dose d’engagements, de l’émotion. Il faut tout mettre sur la table et je pense sincèrement que chacun l’a fait. Ce qui n’est pas évident pour les acteurs. Ils n’ont pas toujours envie de faire plus. Si les scènes d’amour se sont bien passées, ils me faisaient souvent la gueule le lendemain car étonnés d’avoir été si loin. Il n’y a pas de recette dans ce métier. Chaque film est un prototype, indépendant d’un autre. Et tant mieux !
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