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Steve Evets : droit au but

  • Steve Evets : droit au butAnglais, formé à l’école du théâtre, n’ayant pas d’attirance particulière pour le football (un comble), quasiment inconnu avant de débarquer sur la Croisette, Steve Evets a enthousiasmé le Festival de Cannes, mais pas au point de taper dans l’œil du jury. Pas grave. Le héros de Looking for Eric, c’est lui. Buriné, simple, parfait, comme son personnage, il a roulé sa bosse, vécu des moments durs. Il est arrivé avec Eric Cantona et est reparti avec lui. Entre-temps, nous l’avons croisé.

     

     

  • Par Gwen Douguet (27/05/2009 à 16h17)
Cantona vous a-t-il appris quelque chose, et si oui quoi ?

Il m'a conforté dans mon approche de la vie, à savoir qu'il faut la prendre avec encore plus de gourmandise, et surtout pas au sérieux.

 

Quel est votre aphorisme préféré ?

«Je ne suis pas un homme, je suis Cantona.» Je l’adore. Mais ils sont tous bons, comme « ne jamais lancer les dés si vous ne faites pas un six

 

Comment avez-vous eu le rôle ? Et [l perso 18464]Ken Loach[/l] ayant un faible pour l’improvisation, vous y êtes-vous habitué ?

Assez. Tout acteur doit être capable d’improviser, tout du moins dans certaines circonstances et scènes, en se confrontant à certains personnages. J’ai passé des auditions, une première, puis une autre et encore une autre avant que le nombre de prétendants ne diminue, et que je touche au but après cinq passages.

 

Vous n’êtes pas branché foot - un comble -, mais jouer un tel rôle s’apparente-t-il à une sorte de match de foot ?

Complètement, d’autant que Ken Loach tourne dans la chronologie. Nous avions l’impression d’être un peu comme sur un terrain et de suivre les directives de l’entraîneur.

 

Alors vous ne saviez pas où vous alliez... Car votre personnage évolue, change de directio...

Je vis l’instant, compose avec. Je connais son passé, son présent mais ignore tout de son futur, ce qui m’a grandement aidé à le construire à partir de sensations, d’impressions, de ressenti sur le moment. Il m’a peu à peu habité, s’est installé en moi, et je lui ai fait une place de plus en plus grande. En rentrant le soir, il m’arrivait de revoir les buts de Cantona pour m’en imprégner, ressentir ce qui pouvait chatouiller Eric au moment de frapper, de marquer. C’était comme des devoirs du soir. Je devais savoir ce que je lui racontais le lendemain.

 

Vous semblez avoir des points communs avec Eric Cantona, comme l’intégrité, la fidélité envers les proches, un goût pour la liberté, l’auto-dérision...

En bon anglais, ils me faut en avoir, c’est un peu notre marque de fabrique. Il est indispensable d’être capable de se moquer de soi, sinon comment peut-on oser se moquer d’autrui ?

 

Mais tout le monde ne le fait pas ?

Vrai. Eric a cette faculté. Nous avons effectivement des points communs qui nous ont permis d’avancer sans heurts, avec bonheur.

 

Looking for Eric est très drôle, mais assez noir par moment. La peinture faite des relations entre les enfants et le père que vous êtes est loin d’être rose...

C’est un homme qui ne fait plus que payer les factures, quand il le peut. Il n’a plus goût à rien, aucun respect envers lui-même, pas la moindre dignité, aucune confiance. Il plonge et ne cesse de le faire. Personne ne le respecte surtout pas ses enfants. Son travail est une souffrance…

 

Il lui reste ses amis...

Exactement. Ce qui est déjà pas mal. C’est un sacré voyage. Il apprend à dire non, à se redresser, à redevenir lui-même, à parler, se battre pour ceux qu’il aime. Il est vrai que le film est assez noir par certains côtés, tout du moins au début. Ce fut, pour moi, un voyage on ne peut plus instructif.

 

Votre adolescence n’a pas été enrobée dans du coton - c'est un euphémisme... Vous avez quitté la maison jeune, vous êtes engagé dans la marine marchande, fait des tas de boulots... Cela vous a aidé à construire Eric Bishop, votre personnage ?

Sans aucun doute. Je me suis énormément identifié. Plus jeune, j’ai dû apprendre à me battre seul, à encaisser, à essayer de garder la tête hors de l’eau. Il fallait réfléchir assez vite pour ne pas sombrer. Je pense sincèrement que tout cela a contribué à la construction d’Eric Bishop. En débarquant de la marine marchande, j’ai fait un travail que je n’aimais guère juste pour subvenir au quotidien, me suis marié. Puis je me suis dit que j’allais dans le mur, que je ne faisais pas ce qui me plaisait. Je voulais être acteur, j’avais cela en moi sans me soucier d’acheter une belle voiture, une maison avec piscine. Ce n’était pas mon but, ne l’est toujours pas. J’ai une caisse pourrie, je loue un appartement. J’avais juste envie de jouer, de vivre, de profiter du moment, de créer. Quand je me retournerai sur ma vie, je veux pouvoir la regarder en face, me voir dans la glace sans problème. Pour en revenir à Eric, mon personnage a besoin de quelqu’un qui le pousse, le titille, et il le trouve en projetant sa propre personnalité dans celui qu’il admire le plus, Cantona.

 

Est-ce à dire qu’il faut avoir un mentor ou quelqu’un d’approchant pour avancer ?

Bien sûr. Mais ce n’est pas une obligation. Certains sont assez forts pour s’en passer. Mais ceux qui n’ont plus d’espoir, qui sont proches du précipice et n’ont plus de dignité peuvent refaire surface à travers une sorte de mentor. C’est pourquoi il faut encourager les enfants, souvent, tout le temps, leur expliquer, leur parler, être honnête, car vous ne pouvez pas être bon en tout.

 

C’est l’une des leçons du film, l’honnêteté envers soi, envers les autres ?

Totalement. C’est en cela qu’un tel film peut faire du bien. Ken le don de vous donner confiance, à vous laisser aller si vous en avez besoin. Il vous laisse prendre possession du personnage. C’est très libérateur pour un acteur.

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