Dans le cinéma français, Laetitia Colombani fait une entrée aussi remarquée avec un A la folie… pas du tout pour les besoins duquel elle métamorphose la « gentille » Audrey Tautou en psychopathe. Six ans plus tard, elle change radicalement de registre par l’intermédiaire de Mes Stars et moi, une comédie où elle s’attribue aussi le rôle d’une psy-chat-nalyse.
Pas du tout. C’est lors d’un voyage au Japon que j’ai rencontré cette idée. Quand une jeune comédienne m’a expliqué qu’un fan ultra collant l’appelait nuit et jour, qu’il finissait toujours par retrouver les numéros de téléphone qu’elle changeait régulièrement. Et ce n’est pas tout. Elle m’a aussi raconté que, sur un tournage, entourée de stars prestigieuses, ses partenaires connaissaient le même problème avec la même personne. En se parlant, toutes ces actrices ont évoqué la possibilité d’une action commune contre leur fan. Pour elles, l’histoire s’arrêtait là. Pas pour moi qui ait ensuite imaginé la suite, la contre-offensive de stars contre un pauvre admirateur dont elles finissent par pourrir la vie. En fait, tout le scénario se réduisant à la formule « elles étaient ses idoles, elles deviennent son pire cauchemar ! ».
Autant Catherine qu’Emmanuelle m’ont aussi raconté des histoires de fans envahissants, inquiétants et dont elles ont redouté des réactions agressives. Particulièrement Emmanuelle ! Pourtant, elle a accepté un fan dans son entourage le plus proche, quelqu’un qui est devenu un proche. Déjà, avant même qu’elle ne tourne Manon des Sources, alors qu’elle n’avait que seize ans, il était là. A force, alors qu’il faisait les cent pas devant son domicile, sous la pluie, elle l’a invité chez elle, à prendre un thé, curieuse de le connaître un peu plus. Depuis, ils sont amis. Jean-Pierre, ce fan était même là, sur le tournage de Mes Stars et moi. Le vrai Robert, c’est lui ! Il aurait finalement pu être mon conseiller technique et celui de Kad Merad.
Oui, vous avez raison. Après A la folie, je voulais faire le film le plus différent possible, m’engager dans une direction opposée, changer de genre et, pourtant, impossible de me débarrasser du thème de l’obsession ! Je dois être une obsédée de l’obsession. Si les personnages fixés sur un objectif m’intéressent tant, c’est par ce sont des gens qui vivent mal dans le réel, dans le quotidien et qui, pour s’en délivrer, se projettent dans un fantasme. Avec le rôle d’ Audrey Tautou dans A la folie, l’obsession relève de la psychiatrie. Avec Robert dans Mes Stars, je voulais un fan sympathique, qui ne soit ni un danger public ni un psychopathe. En fait, il n’est dangereux que pour lui-même quand il se met sa femme et sa fille à dos. Disons qu’il présente « une araignée au plafond » comme on dit, un petit grain de folie.
Je tenais à ce que les comédiennes puissent se moquer un peu d’elles-mêmes, exprimer une certaine autodérision. Cela n’a été possible que parce que les actrices incarnent des personnages de fiction, pas elles-mêmes. Dans le scénario, elles portent d’autres noms que le leur. Si je leur avais offert un projet où elles jouaient leur propre rôle, Catherine et Emmanuelle auraient certainement refusé. J’y ai pensé un moment, mais valait mieux pas s'engager dans cette direction… D’elles, j’ai cependant redouté jusqu’au bout qu’elles refusent les séquences où elles se balancent des vacheries assez dures. Non, finalement, elles y sont allées franchement, gaiement, sans censurer la moindre réplique. Une excellente surprise ! J’avais aussi à faire à des comédiens intelligentes, qui savent prendre du recul. Je ne crois pas qu’en leur nom propre elles auraient osé aller aussi loin. En vérité, elles ont dit sous un nom d’emprunt ce qu’elles n’auraient pas osé dire et faire sous leur propre nom. Je voulais qu’elles soient libres, à ce qu’elles s’amusent. Mais, forcément, quand une star interprète une autre star, il y a projection de la vie de l’une sur celle de l’autre.
Pourtant, au départ, Catherine a manifesté des réticences. Elle m’a dit : « jamais dans la vie, on ne se parlerait de cette manière, avec une telle franchise ! ». Et moi de lui répondre : « oui, justement, Catherine, nous ne sommes pas dans la vie. Nous sommes dans une comédie qui nous permet d’exprimer ouvertement ce qui, généralement, est réprimé, étouffé ». Vraiment, ça m’amusait d’exposer au grand jour les querelles que livrent certaines comédiennes, de leur mettre à la bouche ce qu’elles pensent réellement. Le cinéma français, ce n’est tout à fait la grande famille où tout le monde s’aime et dont beaucoup font la promotion dans les médias.
Dans la mesure où Catherine Deneuve et Emmanuelle Béart incarnaient des personnages de fiction, je devais généraliser le processus. Plus question que Patrice Leconte incarne Patrice Leconte, même si, à l’écran, ça reste lui. Idem pour Dominique Besnehard. Pourquoi Patrice ? Parce que c’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup, un homme généreux. Mon premier long-métrage, A la folie… pas du tout, il est allé le voir en salles, comme n’importe quel spectateur. Il a ensuite appelé mon producteur, Charles Gassot, pour lui dire à quel point il avait aimé, à quel point il me trouvait « prometteuse ». Une attitude touchante, rare. Nous avons fini par nous rencontrer et, lorsqu’il a fallu trouver un réalisateur acteur pour Mes Stars et moi, il a accepté, lui qui n’apparaît jamais sur des écrans de cinéma. « C’est la première et dernière fois » m’a-t-il répondu, avant de plaisanter sur une carrière de comédien plus courte, selon lui, que celle de James Dean.
Entretemps, je suis resté dans le monde du cinéma. J’ai tourné des courts métrages, fait la comédienne… Si, à vingt-cinq ans, j’ai fait A la folie très vite, j’ai ensuite rencontré beaucoup plus de difficulté à trouver une idée originale. Celle de Mes Stars. En clair, tout ce qui me venait à l’esprit me ramenait à A la folie, à la même thématique, aux mêmes séquences… Deux ans durant, jeune et inexpérimentée, j’ai tourné en rond ! Maintenant, quand je vois Mes Stars, je me rends à l’évidence des points communs avec A la folie, particulièrement le sujet de l’obsession. Mais, au-delà d’un thème partagé, les traitements n’ont rien à voir.
Un genre nouveau pour moi. C’est également pour cette raison que j’ai mis du temps à développer le projet. Jamais, auparavant, je n’avais touché à la comédie. Pas même dans mes courts-métrages ! Et j’avais tous ces personnages qu’il fallait placer dans le récit. Robert d’abord, ses stars ensuite, puis d’autres qui gravitent tout autour… Pas évident à organiser, à structurer un scénario sur ces éléments, trouver un juste équilibre entre les différents protagonistes. Un travail qui m’a demandé du temps, beaucoup de temps.
De plus, la comédie nécessite un travail considérable sur le rythme, les situations, les dialogues. Là où avec le thriller vous savez, sur la base du scénario, quel résultat vous allez obtenir à l’écran, avec la comédie, impossible d’anticiper, d’être assuré de faire mouche.
Parce que c’est Monsieur Tout le Monde, quelqu’un que l’on croise dans la rue sans le remarquer, d’humain. Pour avoir travaillé avec lui sur Je vais bien, ne t’en fais pas et La Tête de maman, mon producteur, Christophe Rossignon, m’a garanti que son registre s’étendait au-delà de la comédie pure, qu’il touchait aussi au drame. Pour moi, avant, Kad c’était le comique, le tandem de Kad & Olivier. J’étais loin de me douter de l’intensité, de l’émotion dont il était capable. Après l’avoir découvert dans les deux films produits par Christophe, je l’ai donc rencontré. Deux heures plus tard, j’étais convaincue que je tenais mon Robert. Kad possède cette énorme qualité : il amène sans forcer à l’identification de tous. Indispensable au rôle. Indispensable au film.
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