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Chris Waitt : zoom sur le sexe

  • Chris Waitt : zoom sur le sexe Chris Waitt n’est plus comme il était. Sa voix embrumée par une déprime sous-jacente, ses cheveux collés à une figure tailladée dans un mal-être, font place désormais à une bonne santé manifeste. Cet Anglais, maintes fois plaqué, a fait un film sur sa vie amoureuse. Plus jeune, il détournait Harry Potter en chevauchant son balai de réalisateur en herbe, enchaîne les courts métrages, la dérision l’habite, la BBC le remarque. Toute l’histoire de mes échecs sexuels est son premier long, présenté au festival de Sundance il y fut applaudit. Rencontre avec un futur marié.

     

  • Par Gwen Douguet (05/05/2009 à 15h39)

 

Si Alex vous a aidé, le film a également opéré comme un bon médicament ?

Je crois. En montant quelque 400 heures, il faut prendre certaines décisions. Nous avons essayé de garder des passages qui nous faisaient rire, pleurer, sans jamais chercher à exagérer, déformer la réalité. Nous avons simplement essayé de rendre les problèmes plus comiques et ce processus fut une forme de thérapie.

 

Avez-vous découvert un autre Chris Waitt dans la salle de montage?

Oui, absolument. Comme beaucoup de personnes, je n’aime pas le son de ma voix et encore moins me voir. Je me suis juste habitué en essayant de me voir avant tout comme un personnage à part entière ayant sa raison d‘être. Si tel n’avait pas été le cas, je serais devenu fou. J’ai essayé de prendre de la distance.

 

Ce film a-t-il apporté des réponses aux questions que vous vous posiez au début du film, sur votre comportement avec les filles ?

Le film a effectivement résolu nombre d’entre elles. Ayant rencontré des gens qui avaient écrit des autobiographies, ils me racontaient avoir eu peur au début. Une fois publiées, c’était comme si ils avaient tout mis sur un bateau et largué les amarres. Traitant de votre passé, de votre vie, le procédé est effectivement assez bizarre. Certains vous disent qu’il ne faut pas creuser le passé, encore moins ouvrir les placards. A chaque fois que je téléphonais à une ex, j’avais l’impression que nombre d’ennuis allaient resurgir de mon passé. Lors de la première projection en Angleterre, toutes mes ex étaient là, ma mère aussi, ce fut assez étrange. Après nous sommes tous sortis, avons bu, dansé et j’avais l’impression que tous mes problèmes dansaient avec moi tout en s’évaporant. Cela étant, je ne suis pas certain de recommander ce genre de processus pour gérer ses problèmes, même si ce fut bénéfique en ce qui me concerne.

 

Si vous avez été maintes fois largué, cela veut dire que vous avez autant de fois séduit. Nombreux sont ceux qui aimeraient avoir autant de conquêtes...

C’est ce que mon père m’a dit. Si tel n’avait pas été le cas, je n’aurais pas eu assez de matière.

 

Un tel film est-il une sorte de renaissance ?

J’aimerais le penser. C’est plus compliqué. Ce film va me hanter jusqu’à la fin de mes jours.

 

Jeune, vous n’aviez pas une grande confiance en vous ?

C’est sans doute vrai. Le film m’a permis de rire à mes dépens, de voir mes défauts, de regarder les gens qui ont croisé ma vie à un moment donné, de découvrir leurs sentiments à mon égard. Cela s’apparente à l’expérience d’un alcoolique. Ivre pendant des années il désaoule subitement, revisite tous les endroits où il a bu...

 

Vous avez des regrets concernant les endroits éventuellement visités, les filles rencontrées?

A la vision du film vous découvrez mon histoire avec Vicky. J’ai ainsi redécouvert le pourquoi de mon attirance pour l’une ou l’autre des jeunes femmes et tout ce que cela a pu engendrer. Retrouver Vicky fut déstabilisant, remuant, m’a permis de terminer cette histoire sur une note mélancolique. Je suis allé filmer son mariage, ce qui fut assez bizarre.

 

Vous êtes désormais pur intérieurement ?

Vous pouvez mettre cette formule en exergue. J’aimerais le penser. Mais curieusement, je suis plus propre même extérieurement.

 

Un mot revient souvent dans le dossier de presse : humiliation ?

Lors du premier montage, j’ai essayé de gommer tous mes aspects négatifs. Je les trouvais trop durs, pensais ne plus pouvoir travailler, que plus personne ne me parlerait. Et puis je me suis dit que cela maquillerait la réalité. Il fallait que je m’y fasse. Honnêtement, je pense avoir un coin caché de mon caractère qui me pousse vers l’humiliation. Je n’ai jamais été fouillé dans les tréfonds du pourquoi du comment, ne me suis jamais vraiment demandé si le film était en fait une bonne idée, mais je pensais que cela serait plus simple. Mon côté naïf. Je n’imaginais pas que cela soit aussi douloureux, humiliant pour ne pas dire plus, même si aujourd’hui je suis très content car le public semble y prendre du plaisir.

 

Vous êtes assez courageux, contrairement à l’homme en général qui est assez lâche, ce que les femmes lui reprochent assez. Vous êtes au bord de la falaise et vous sautez ?

Ce n’était pas intentionnel au début. A deux ou trois reprises j’ai voulu tout arrêter. J’ai appelé le producteur en lui disant que je n’arrivais pas à creuser mon passé, que la douleur était trop forte. Et puis je repartais à la bataille. Les producteurs ont également essayé deux fois d’arrêter. En voyant le premier montage de 3h30, je croyais que cela serait un désastre. Lors de la première projection, le public était tellement déprimé, furieux, que je n’avais qu’une envie, tout arrêter. Ce fut terriblement dur pour le rendre plus comique, plus léger, pour juste donner un aperçu de la réalité sans la tronquer.

 

C’est un film sociologique sur les relations entres hommes et femmes, qui ne sont jamais faciles ?

Et cela ne s’arrange pas.

 

Aujourd’hui, l’homme a souvent tendance à se dire que la femme est trop forte, trop intelligente, trop belle… Il se dit qu’elle n’est pas pour lui, et se demande comment elle pourrait le regarder...

C’est une parfaite description de la femme moderne. Ses attentes envers l’homme sont très élevées, elle voudrait qu’il soit charmant, intelligent, poli, masculin, mais pas trop, coquin, complexe, sensible… Beaucoup d’hommes essaient d’être à la hauteur mais échouent.

 

Votre vision de la femme a changé ?

En faisant ce film, j’ai découvert à quel point toutes ces femmes sont intelligentes, sensibles, deux ou trois sont en colère après mon échec. Mais elles savent ce qui n’allait pas en moi, ce que j’ai fait de mal. J’aime à penser qu’elles y ont aussi trouver leur compte, ont été payées en retour des mes erreurs. J’ai cherché à ne surtout pas modifier leurs propos : elles sont plus fortes que moi. Elles n'ont toutes signé qu’après le dernier montage. Elles m’ont demandé de retirer, de couper…

 

Ce fut un cauchemar ?

Oui, pour être franc. Les négociations furent terribles, longues. C’était parfois insensé. Mon frère a comparé cela à dix divorces en même temps.

 

Vous êtres prêt pour la suite ?

Oui, en pleine forme. J’ai trois projets en développement avec trois studios, mais ayant essoré mon passé, il me faut aller vers d’autres sujets. On va se marier avec Alex.

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