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Cinéma > Interviews écrites > Zoe Cassavetes, une fille sous influence

 

Zoe Cassavetes, une fille sous influence

  • Zoe Cassavetes, une fille sous influenceBroken English, c'est le titre d'une chanson signée Marianne Faithfull, empreinte de mélancolie et de douceur. Mais aussi le premier long-métrage de Zoe Cassavetes, qui nous offre une comédie romantique rafraîchissante, l'histoire d'un amour naissant entre une trentenaire new-yorkaise solitaire et un jeune artiste parisien. Rencontre.

     

  • Par Laure Croiset, le 11 juillet 2008
Broken English ou le destin d'une trentenaire, vivant à New York, cherchant le grand amour et qui va finir par rencontrer un Français... Toute ressemblance avec votre vie est forcément fortuite ?

 

C'est drôle, parce qu'au départ, j'ai écrit l'histoire d'une fille un peu paumée à New York. J'ai ensuite intégré cette romance avec ce Français. Puis, j'ai rencontré un Français, justement, qui est devenu mon mari. J'aime m'imprégner de tout ce qui m'entoure. New York est un bel endroit pour obtenir ce matériau. Tout le monde se promène dans la rue avec son téléphone à l'oreille, discutant de choses très personnelles. Il n'y a pas vraiment de frontière entre la vie privée et la vie publique. Donc, moi, je n'ai plus qu'à écouter et à prendre des notes.

 

L'amour est au centre de toutes vos histoires. Dans votre précédent film, le court-métrage Men Make Women Crazy, l'amour était l'une de vos obsessions.

 

Il y a tellement de formes différentes d'amour. Le pouvoir qu'il vous donne... Les différentes manières de l'appréhender... Comment votre entourage le gère... C'est un sujet sans fin. Personnellement, je suis assez bonne cliente en matière de comédies romantiques, du moment qu'elles sont bonnes. Dans ce genre de film, il ne faut pas avoir peur des clichés. Il aurait été impossible de les éviter. Parce que tout cliché part d'un fait réel, qui est arrivé plusieurs fois à plusieurs personnes. Les gens ont souvent du mal à l'accepter, mais c'est un fait. Nora, elle, vit avec ces clichés, avec ce cliché de l'amour, du french guy. Et là, elle croise la route d'un petit Français...

 

Votre premier film est très proche de l'univers de Sofia Coppola. Vous avez cette même approche des personnages, des jeunes new-yorkaises d'aujourd'hui, un peu à la dérive...

 

Sofia Coppola est une amie. Toutes les deux, nous nous intéressons beaucoup aux relations humaines. Nous avons la même approche dans la manière de concevoir des films. En plus, nous voilà toutes les deux en train de réaliser des films, en tant que femmes, la trentaine, ayant vécu à New York. Vous savez, il est difficile d'atteindre la légèreté dans ce qu'on fait. Dans mon film, l'humour vient couvrir la tristesse. Souvent, il ne suffit pas de parler de choses très profondes pour atteindre quelque chose de vrai. Par une simple blague, on peut toucher quelque chose de triste ou de mélancolique.

 

Dans votre film, vous développez toute une théorie sur les mères françaises. Vous pouvez nous en dire plus ?

 

Oui, mais je dois rendre à Parker Posey (l'actrice principale du film, ndlr) ce qu'il lui appartient. Un matin, il faisait très froid, il était très tôt, les caméras n'étaient pas prêtes, tout allait mal. Et là, Parker, qui a un sens de l'humour très développé, a commencé à me parler de cette théorie sur les mères françaises, qui sont amoureuses de leur fils et qui les tiennent par la nourriture. Ce qui expliquerait le comportement de certains petits Français. Et là, je me suis dit : ça y est, nous tenons quelque chose de bien. Je vais le mettre dans mon film.

 

Comment avez-vous eu l'idée de réunir Parker Posey et Melvil Poupaud ?

 

Vous savez, je suis vraiment ravie d'avoir eu cette idée. Je les ai rencontrés en même temps. Et là, quand j'ai commencé à les filmer, j'ai été vraiment émue de la chimie qui s'opérait entre eux deux. Mais c'est souvent ce qui arrive quand vous mettez une très belle femme en face d'un charmant garçon. Il aurait été difficile que ça se passe autrement. Mais j'aime avant tout Parker Posey et Melvil Poupaud pour ce qu'ils sont vraiment. Je savais déjà que c'était des gens sympas et cools. Lorsque j'ai proposé à Melvil de faire le film, plusieurs mois se sont ensuite écoulés avant le tournage. Nous avons donc eu le temps de faire connaissance. Parker, je l'ai juste rencontrée pour le film, mais j'étais vraiment une grande fan de son travail. Elle dégage quelque chose de vraiment unique aux Etats-Unis. Tout le monde est fan d'elle et se tuerait pour l'avoir dans son film. Et j'étais juste super contente de l'avoir dans le mien.

 

Vous avez une vision assez réconfortante des Parisiens. Vous les décrivez volontiers comme des gens ouverts et curieux. C'est assez éloigné du cliché qu'ils véhiculent.

 

C'est marrant, parce que tout le monde dit sans arrêt que les Français sont durs. Mais depuis que je vis à Paris, je me suis rendue compte que dès que tu commences à te promener, à t'installer en terrasse, à lire ton journal, les gens viennent naturellement vers toi pour discuter. Aux Etats-Unis et spécialement à New York, nous ne retrouvons pas cette ambiance. Pour moi, les Français sont des gens ouverts. Mais bon, avec le temps, je peux changer d'avis.

 

On ressent quelque chose de très léger et de très spontané dans votre film, à l'image des films de la Nouvelle Vague.

 

Oui, c'est une forme d'influence. Mais vous savez, quand vous tournez votre premier film, vous n'avez aucune idée de ce à quoi ça pourrait ressembler. J'aime intégrer du réalisme dans mon film. J'aime aussi les films fantastiques, mais ce qui me plaît, c'est d'intégrer des moments de vérité, la manière dont les gens se parlent, dont ils font les choses. J'aime utiliser ces petites choses du quotidien.

 

Qu'est-ce qu'on ressent lorsqu'on dirige sa mère (Gena Rowlands) pour son premier film ?

 

Elle est tellement professionnelle ! C'était facile. Tout le monde était enthousiaste à l'idée de tourner avec Gena. Et moi, j'arrivais là et je disais : « Gena, mets-toi là, fais-ci, fais-ça, etc. » Pour moi, faire du cinéma avec elle, c'était naturel. Nous parlions de cinéma tout le temps. C'est une chose normale de faire les films. Donc c'était facile. En plus, je la connais plutôt bien. Vous savez, quand j'ai commencé le montage de mon film et que je l'ai vue à l'écran, je me suis dit : « Elle est vraiment excellente ». Je le savais déjà, mais de la voir là, comme ça, c'était comme une évidence. Ma mère est vraiment très fière de moi, que je fasse mes propres choix. Nous avions parlé longuement au téléphone lorsque j'écrivais mon film. Elle était à Los Angeles et moi à New York. Elle s'est vraiment impliquée dans ce film. Normalement, elle n'aime pas voir les films dans lesquels elle joue, comme beaucoup d'acteurs. Mais là, elle l'a fait et elle a beaucoup aimé. En même temps, je ne peux pas m'imaginer une seconde que ma mère me dise qu'elle n'aime pas ce que je fais. (rires.)

 

Comment avez-vous travaillé avec le groupe français Scratch Massive pour la bande originale ?

 

J'ai quelque chose à vous avouer : jai épousé le membre de Scratch Massive. (rires) Mais avant tout, je les respecte en tant qu'artistes. J'aime beaucoup leur musique, et surtout leurs choix artistiques. Ce qui était intéressant, c'est qu'ils n'avaient pas cette approche américaine de la musique, avec une guitare omniprésente. Ils ont commencé à composer après le montage de mon film. Et vous savez, c'est assez marrant de travailler avec son mari, de se retrouver à se disputer autour de choix musicaux. Mais je suis vraiment contente du résultat. Mais si on a fait appel à eux, c'est aussi pour une question d'argent. Je pense vraiment que les restrictions budgétaires vous permettent de faire des choix artistiques intéressants.

 

Le titre de votre film « Broken English » est tiré d'une chanson de Marianne Faithfull. Pourquoi un tel choix ?

 

Oui, j'adore cette chanson. J'adore Marianne Faithfull et je déteste trouver un titre. Quand on est réalisateur, on se retrouve autour d'une table en train de mettre des mots sur un papier pour trouver ce qui serait le plus représentatif de son film. C'est un processus vraiment laborieux. Mais là, quand j'ai écouté Broken English, je me suis dit : ça y est, je l'ai ! Je ne me suis même pas posé la question de la langue, de son sens, ni de rien d'autres. Cette fois, je le tiens et j'aime beaucoup ce titre.

 
 

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