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Son nom est Junior

  • Son nom est JuniorFashion Week, premier long métrage de Claude Jr Zidi, est une histoire de rencontres. Celle d'un chauffeur de taxi parisien et d'un mannequin japonais pendant la semaine de la mode, et celle de deux cultures que tout sépare et que Paris va pourtant rapprocher. Avant que le tournage ne débute cet été, le réalisateur évoque la genèse du film et ses premières impressions.

  • Par Florent Rodier, le 03 juillet 2008

 

Comment vous est venue l’idée d’une rencontre entre la culture japonaise et la culture française, point de départ de Fashion Week ?

Je suis allé voir mon scénariste Gil Rodrigues à Toronto, et on a imaginé une histoire entre un mannequin japonais et un chauffeur, pendant une fashion week à Paris. On s’est toujours demandé pourquoi certaines rencontres vous marquent toute une vie, pourquoi elles se logent dans une partie du cerveau et pourquoi on s’en souvient. Quel type de rencontres pourrait faire qu’un Parisien, un peu dans son jus, socialement intégré, évolue, ait envie de partir, de s’évader ? Et la culture japonaise est très refermée, les Japonais donnent peu d’indications, ils ne montrent pas trop d’expressions et quand on peut les voir, ils sont gênés.

 

Comment s’est déroulé le casting de la comédienne principale ?

On est partis faire un casting au Japon début janvier, on a casté une dizaine de Japonaises et Anne Watanabe, dès le début, a été incroyable. Elle a crevé l’écran, j’ai été scotché, j’ai tout de suite dit que c’était elle. Ce sera son premier rôle au cinéma. Elle a fait du mannequinat jusqu’à maintenant, elle a 21 ans. C’est la fille de Ken Watanabe et elle a un peu ça dans le sang. Elle a vraiment crevé l’écran pendant les essais. Elle sera incroyable. Elle a une sensibilité, des expressions, un attachement pour le personnage, en plus d’être très belle et d’avoir un physique incroyable.

 

Jocelyn Quivrin tiendra donc le rôle de Frédéric, le chauffeur d'Anne Watanabe. Pour un premier film, c'est une chance.

Je ne le connaissais pas et mon agent m’a parlé de lui pour le rôle. C’est devenu évident parce qu’il apporte une modernité au personnage. Ce n’est pas le beau mâle, le beau Parisien, le bellâtre. Il a des défauts et des qualités, une barbe de trois jours, les cheveux décoiffés. Il apporte une touche personnelle, une vraie modernité. Plus on m’en parlait et plus je me disais «c’est lui !». Jocelyn Quivrin a lu le script assez vite et a dit oui tout de suite. Il a accepté sans problèmes, alors qu’il ne me connaissait pas. Le courant est très bien passé. C’est quelqu’un d’incroyable qui adore ce métier et qui le fait pour les bonnes raisons : parce que les rôles et les rencontres l’intéressent.

 

Qui est Frédéric, au final ?

C’est le Parisien avec ses problèmes : c’est quelqu’un qui est extrêmement bien intégré socialement, qui a pleins d’amis, qui arrive très bien à vivre avec tous les petits boulots qu’il fait. Rien ne l’empêche de quitter Paris : il n’a pas de copine ici, il en a plus ou moins une à New York, et pour autant il ne quitte pas Paris, de peur de perdre son lien d’amitié. Ses amis le retardent et l’empêchent d’avancer, parce qu’il reste dans son jus. C’est une solution de facilité. Il n’a pas le courage de prendre ses cliques et ses claques et partir, pourquoi pas, tenter l’aventure. Paris, c’est un huis clos, et il peut très bien y vivre sans que rien ne change. Ces amis l’incitent un peu à ça en lui disant : « Ne pars pas, reste avec nous, on est bien entre nous ». Mais Ils ont tous une bonne situation. Lui est serveur dans des restaurants tenus par des amis, chauffeurs pendant la fashion week. Il vivote. Il ne le vit pas mal d'ailleurs, c’est ça qui est un peu absurde.

 

Vous allez travaillé avec Jean-Paul Gaultier. Quelle sera la nature de cette collaboration ?

On va tourné dans le lieu de Jean-Paul Gaultier qui est un immeuble rue Saint-Martin (ndlr : dans le 3e arrondissement à Paris). C’est un atelier, un show-room et une salle immense, incroyable, où il fait ses défilés de prêt-à-porter depuis quatre ou cinq ans maintenant. On va pouvoir tourner dans ce magnifique lieu qu’on n’a pas beaucoup vu au cinéma. On va reconstituer un défilé grandeur nature, avec des costumes Jean-Paul Gaultier.

 

Fashion Week se déroulera beaucoup en extérieur à Paris. Quelles facettes de la ville souhaiteriez-vous mettre en lumière ?

Je voudrais montrer Paris un peu comme on ne l’a pas connu, parce que je n’ai pas regardé de films dernièrement où on voit Paris incroyablement bien. Il y a Amélie Poulain, mais c’est un Paris totalement recréé, totalement fantasmé. J’aimerais montrer Paris comme les Parisiens le voient : plein d’endroits magnifiques et un peu glauques. Il y a des moments magnifiques comme des couchers, des levers de soleil, des perspectives qu’on voit peu dans les films, parce que c’est très difficile ou parce que ce n’est pas une priorité. Mais dans un film comme celui-ci, un peu à la Lost in Translation ou à la Garden State, l’ambiance est importante, la musique aussi, qui sera faite par Tahiti Boy. Il a vite compris l’ambiance lyrique, le côté road-movie urbain, et moderne, parce que le maître mot du film c’est la modernité. Paris, c’est le troisième personnage du film. Il y a eux dans cette voiture, et Paris. Et sans tomber dans le cliché : on ne va pas montrer le Pont des Arts ou tous les lieux-dits, mais un Paris réel : quand ils seront sur les Champs-Elysées et qu’ils tourneront, ils ne se retrouveront pas à Saint-Germain-des-Prés. Comme dans Chacun cherche son chat avec la rue Oberkampf et la Bastille. Il y aura une certaine cohérence.

 
 

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