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Dario Argento ou le diable au corps

  • Dario Argento ou le diable au corps30 ans d’âge, ça se fête. Une présence à Cannes Classics au mois de mai, une reprise au cinéma le 21 novembre, un DVD anthologique le 5 décembre… Rien n’est trop beau pour Suspiria, l’une des icônes cinématographiques du fantastique baroque des seventies. Pratiquement le même à 67 ans qu’à 37, Dario Argento revient sur son chef-d’œuvre son et lumière…

     

     

  • Par Marc Toullec (16/11/2007 à 17h33)
Nous sommes au Festival de Cannes et, trente ans après sa sortie, Suspiria y réapparaît, plus jeune que jamais…

Je crois que, si le film n’a pas vieilli, c’est surtout parce que je l’ai réalisé sans tenir compte des modes des années 70, des canons esthétiques de l’époque, vestimentaires même. Je l’ai fait à mon idée, comme un opéra hors du temps. En vérité, en trente ans, les choses n’ont pas vraiment changé pour Suspiria, sauf qu’il est désormais mieux compris, mieux accepté pour ce qu’il est. Son public non plus n’a pas changé. J’ai, aujourd’hui, l’impression de revoir les mêmes visages qu’à la fin des années 70, les mêmes spectateurs habillés de la même manière et parlant des mêmes choses. Une autre génération mais un même état d’esprit.

 

A propos d’esprit, on mesure aujourd’hui toute la dimension psychanalytique du film…

Certainement. En 1977, personne ou presque n’a remarqué que l’académie de danse où arrive l’héroïne est en réalité un espace mental. Plutôt que de suivre des séances de psychanalyse, j’ai fait un film dans lequel j’ai mis toutes mes idées, mes impulsions, mes sensations. Pendant le tournage, je n’ai cependant pas beaucoup réfléchi au sens profond car ma démarche artistique était plus instinctive que réellement cérébrale. Sur le coup, pendant que je travaillais sur le plateau, je n’ai pas remarqué que j'intégrais finalement beaucoup de mon inconscient. Ce n’est que longtemps après que j’ai relevé beaucoup d’inscriptions très personnelles qui, toutes, possèdent toujours une signification. A mes yeux du moins…

 

Certains ont poussé l’analyse très loin d’ailleurs…

Une journaliste américaine, Maitland McDonagh, y a même consacré des pages et des pages dans un livre me concernant. Je ne sais toujours pas si je suis d’accord avec elle dans la mesure où je n’ai rien compris à sa prose ! Il y a des choses très intimes dans Suspiria, mais ne comptez pas sur moi pour avouer précisément de quoi il s’agit. Je peux néanmoins dire qu’en étalant à l’écran mes rêves et cauchemars je vais dans la même direction que les surréalistes ! Récemment, un Français, Patrick Négrier, m’a envoyé un livre dans lequel il décortique le film. Il y parle de Freud, de Jung et de Bataille ! Encore des hypothèses, des théories très intéressantes, même si je n’y adhère pas !

 

Pourquoi Suspiria se déroule-t-il donc à Fribourg, en Allemagne ?

Parce qu’il s’agit de la patrie de l’expressionnisme cinématographique, de Fritz Lang, de Murnau et de tant d’autres. L’expressionnisme exerce une influence majeure sur Suspiria. Pour mieux lui rendre hommage, j’ai même engagé Rudolf Schündler, l’un des comédiens du Testament du Dr Mabuse en 1933, afin de tenir le rôle du professeur Milius ! Au-delà de l’aspect visuel, la musique des Goblin a aussi influé sur le film, surtout qu’elle a été composée avant que ne commence le tournage. Elle m’a, en quelque sorte, dicté les images, le style. Si elle avait été différente, le film lui-même aurait été différent. Admettons qu' Ennio Morricone ait écrit la partition des Frissons de l’angoisse et que je lui ai ensuite demandé de retravailler avec moi, Suspiria aurait sans doute pris une autre direction. Le destin que voulez-vous !

 

C’est aussi le destin qui a placé sur votre route Jessica Harper, qui interprète l’héroïne du film…

Oui. A New York, je l’ai découverte sur la scène de Broadway dans la comédie musicale Hair. Peu après, je l’ai revue dans Phantom of the Paradise. Ses grands yeux, son visage de poupée de porcelaine m’ont frappé. Elle ressemblait tant à Blanche Neige que je lui ai demandé de revoir le film d’animation de Disney. Suspiria n’est-il pas une sorte de conte de fées après tout ? Certes un peu plus sombre, un peu plus violent que les autres. Quoi que…

 

A l’instar des contes de fées, le long métrage met en scène des sorcières…

Effectivement. C’est d’ailleurs de ma passion pour les sorcières que le film est né. Avant d’écrire le scénario, j’ai beaucoup lu à leur sujet et, parcourant l’Italie, j’ai aussi rencontré des femmes qui se prétendaient sorcières, qui préparaient d’étranges potions et prédisaient l’avenir.

 

Aviez-vous déjà à l’esprit, sur le plateau de tournage, la possibilité des deux suites, Inferno trois ans plus tard et, tout récemment, La Terza Madre ?

Non, pas du tout. Ce n’est qu'une fois Suspiria terminé que j’ai pensé à Inferno. Et très rapidement j'ai souhaité faire mûrir ce projet. Par contre, La Terza Madre a nécessité davantage de temps. J’ai longtemps attendu l’idée juste, le bon état d’esprit, même si des opportunités de faire le film se sont présentées. Comme Suspiria, La Terza Madre est une œuvre très personnelle ; elle mêle également autobiographie, fantastique et mélancolie.

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